LE ROI COMBAT LES SCRUPULES DU DUC DE NEVERS
« vice », pour se retirer en sa maison. Et ainsi avait-il fait dans le courant de mars 1591, non toutefois sans promettre de revenir, quand il plairait au roi « l’accompagner de forces suffisantes » : car encore bien que « la débilité de sa personne » requit des ménagements, il n’était pas homme à préférer « à sa réputation et au salut de la « province sa santé ». Henri n’avait rien épargné pour aiguillonner son amour-propre : « Mon cousin », lui écrivait-il à la date du 24 mars, « j'ai advis que le capitaine Saint-Pol a esté à Maisières, où il « s’est fait déclarer, par cry publie, duc de Rethelloïis, en vertu du « don qu'il dit en avoir eu du pape, et publié partout que vous « estiez mort. Il a fait publier ses hommages. Encore que je eroye « que vous en aurez eu advis d’ailleurs, je n’ay voulu laisser de vous « le mander, et vous témoigner combien je trouve estrange l’outre- « cuidance dudit Saint-Pol. J'espère que nous l'en ferons mentir « dans peu de temps, et que Dieu me fera la grâce de le rendre « aussy petit compagnon qu'il ait jamais esté. Je participe du tort « qu'il vous fait, si tant est que vous en puissiez recevoir d’un tel « homme que lui2 ».
A la fin, piqué au vif, le duc de Nevers s'était laissé ramener, vers le milieu de juin, en Champagne, sans grande suite, mais assuré de l'appui des villes royales, qui l’aidèrent à reprendre quelques « bicoques » situées entre Provins et Châlons. Aïnsi parvint-il à s'établir dans le grand et le petit Mareuil, et à obtenir, le 22 juillet 1591, la remise du château que le commandant Vaulgré « rendit « d’un lâche courage ? », à la suite d'une convention signée le ven- « dredi 49 juilleti ». :
Le roi ne manque pas de l’en féliciter (31 juillet) : «Ge sont là », lui écrit-il, « les effets de votre présence ». Mais, pendant que Nevers assiégeait Mareuil, Saint-Pol, quittant Maubert, était venu avec les troupes du prince d’Ascoli, investir Omnont, qu’il avait réduit à capi-
1 Mayenne, en récompense de ses services, lui avait fait don, le 26 février 1591, des revenus du duché de Rethelois, lequel appartenait au duc de Nevers.
2? Lettres missives d'Henri IV.
3 Mémoires de Jean Pussot, ann. 1591.
4 N. cette convention aux pièces justificat. de lÆist. d’Avenay de M. Paris, t. IL, p. 246.
tuler (29 juillet). De là, après avoir fait mine d'attaquer la Cassine, il avait envoyé au secours de Noyon, et était retourné à Reims.
Ce fut pour Nevers l’occasion de se rendre à Donchery et de dénicher les petites garnisons du voisinage qui infestaient le pays. À cette nouvelle, Saint-Pol accourt pour l’attaquer ; mais le trouvant en forces, il juge prudent de battre en retraite. Nevers s’attache à sa poursuite et taille en pièces son arrière-garde. Malheureusement Saint-Pol lui échappe !. Le nouveau due de Rethel ne subira pas le châtiment de son insolente usurpation.
C’est pour Nevers le sujet d’un vif dépit et d’une violente sortie contre l’indiscipline des soldats et des gentilshommes champenois, « habitués à cresmer la substance du peuple ». Il a beau les « ra- « brouer terriblement et publiquement, ces véritables oiseaux de « proie continuent ou désertent, ou se retirent en maisons-fortes ?». Aussi ne cessait-il d'appeler le roi de tous ses vœux : sa présence seule pouvait remédier au désordre. Et les Châlonnais joignaient leurs sollicitations aux siennes, et le roi d'y répondre par de continuelles protestations de bon vouloir: « Il s’acheminera vers eux en personne avec son armée, incontinent après la prise de cette « ville de Chartres, » qu’il tient assiégée ; puis le siège de Chartres abandonné, ce sera après celui de Noyon . Enfin: « Nous partons « dans deux jours, leur avait écrit Henri, pour nous acheminer » à Châlons, « ayant été tellement assisté de la grâce de Dieu en ce « siège de Noyon que nous avons pris ladite ville. Nous espérons « qu’il nous assistera de même à reprendre les villes que nos enne- « mys occupent en nostre pays de Champaigne ». Le roi a tenu parole cette fois, et le duc de Nevers a la joie de le festoyer.
Mais déjà Henri a quitté la Cassine, et le 23 septembre, il faisait son entrée à Sedan, où mademoiselle de Bouillon le recevait au milieu du bruit de l'artillerie du château et de la ville. Le lendemain arri-
1 « Vous aurez entendu, écrit-il aux Châlonnais le 25 août, la honteuse fuite que Saint-Pol a faict devant moy, après qu’il c'était venu exprès pour me combattre ».
2 Henri, La Réforme et la Ligue en Champagne, p. 189.
3 Lethres missives des 22 février, 2 mars, 20 mars, 29 juillet, 8 août.
4 Lettres missives conservées à la bibliothèque de Châlons, 19 août 1591. La ville s'était rendue le 17 août.