‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 182 sur 327 · TURENNE AMÈNE A HENRI UN CORPS D’ALLEMANDS · texte numérisé non relu

TURENNE AMÈNE A HENRI UN CORPS D’ALLEMANDS

vait M. le vicomte de Turenne, qui vint « trouver le Roy au jeu de « paulme où il jouait » ; il lui annonçait « que son armée estran- « gère était à une journée près ». Sans perdre de temps, Henri part « pour aller la voir », et le 27 il était à Attigny, « où il vit un beau « mesnage », car les soldats de son avant-garde avaient pillé cette petite ville, qui appartenait au chapitre de l’église de Reims, et mis « la plume de tous les lits au vent !». De là il se rendit aux plaines de Vandy, où les Allemands, au nombre de 16,000, tant reitres que lansquenets avec 10 à 19 canons, l’attendaient « en bataille rangée » (29 septembre) ; il y parut accompagné d’une brillante noblesse, parcourut les rangs deses alliés, et embrassa les uns après les autres les colonels.

Après quoi, le lendemain, 1 octobre, il alla provoquer sous les murs de Verdun l’armée de la ligue, grossie des troupes du pape, mais sans que Mayenne et. le duc de Lorraine erussent prudent d'accepter le combat?. Il n’y eut qu'une légère escarmouche (le 2),

1 C'est d’Attigny que, le 29, il adressa aux Châlonnais cette lettre que M. Barbat a donnée dans son Hist. de Chälons (p. 363), et où, après leur avoir exprimé son intention de leur envoyer « bon nombre de cavalerie » pour favoriser leurs vendanges, sauf, de leur part, à contribuer « par « quelque impôt sur les vins » à « la despence et l’entretènement des « dicts gens de guerre », il leur dit que déjà son « arrivée a été cause de la « réduction des châteaux de Han et Sarnay ». (Sernay dans la transcription de la lettre au Registre des conclusions ; Cernay [en Dormois] dans l'orthographe moderne. M. Barbat s’est trompé en lisant ici

Epernay).

Du reste le bourg seul de Hans avait été pris par Turenne à son arrivée en Champagne ; quant au château de Cernay, le Mémoire des choses plus notables, etc., en marque la prise à la date du 7 septembre (p. 129), au lendemain sans doute de celle de Hans, car Turenne « était pressé d'aller trouver le roy auquel il voulait présenter l’armée entière » : c’est pourquoi il hésita, « tant à cause de la bonne contenance de la garnison que de la force de la place, à attaquer le château de Hans, au grand déplaisir des habitants de Châlons et de Sainte-Menehould », qui en auraient voulu la destruction. Ce château s'était done, depuis le 28 novembre 1590, relevé de ses ruines (V. ci-dessus, p. 344, note 6).

2? Palma Cayet, ibid., p. 307 et suivantes, et Mémoire des choses plus notables, ete., p. 132. Pendant qu’ils étaient à Verdun, les deux princes, se liant par un traité secret, auraient juré « de se tenir toujours unis, de ne

NE J'en ss. OMR RS LME. à | x Re ca

où « les arquebusiers à cheval du roy, qu’on appelait Dragons », montrèrent de la vigueur. De retour de cette corvée à Attigny, et après avoir aidé le due de Nevers à prendre le château d’Haumont (6 octobre), en pointant lui-même le canon si heureusement que le capitaine, le lieutenant et l’enseigne de la garnison furent tués du coup, il regagna Sedan (11 octobre).

Pendant qu'il séjournait en cette ville, les Châlonnais lui écerivirent, le 12, pour obtenir qu'il les délivrât de Vitry et de Reims, d’où leur venaient, depuis trois ans, tant de pertes et d’incommodités. Le lendemain 13, ils suppliaient le due de Nevers de les protéger contre le voisinage de Vitry, et de démolir les châteaux ennemis, notamment celui d’'Heiïltz-le-Maurupt.

L'occasion était bonne pour Henri de faire appel, de son côté, à la générosité des Châlonnais. Sur sa demande, ils lui avancèrent, pour subvenir à ses urgentes affaires, la somme de 4,000 écus sol, notamment pour payer messire François, seigneur et baron de Dompmartin, colonel de 1,500 chevaux reîtres entretenus à son service. Il n’était, en effet, détresse pareille à celle de Henri. Vainement versait-on au trésor public le produit des tailles, taillon, impositions nouvelles, décimes, etc., le trésor était toujours vide, ressemblant en cela au tonneau des Danaïdes. Aussi, commandants de troupes, fournisseurs, ouvriers avaient-ils beau présenter aux trésoriers de France à Châlons requêtes et sommations pour obtenir le paiement de ce qui leur était dû : «Il n’y a point d'argent », telle était la réponse invariable qu’ils recevaient, et, si on les renvoyait soit au trésorier de l’épargne, soit au receveur des parties casuelles, soit au receveur spécial de l'impôt pour l'artillerie ou de l'extraordinaire

.des guerres, aucun ne recevait complète satisfaction.

Les trésoriers généraux, du reste, n'étaient pas toujours heureux dans leurs efforts pour faire rentrer les deniers de l'Etat. Les temps étaient si malheureux et les difficultés de parcours si grandes, que les collecteurs ne pouvaient ou n’osaient remplir leur mission. M. de

permettre jamais qu’on élevât au trône aucun prince étranger et qui fût d'autre maison que la leur, sinon en cas de nécessité, de ne donner les mains qu’à l’élection d’un prince du sang, de religion catholique, sans consentir en aucune sorte qu'on entreprit de diviser ni encore moins daliéner le royaume » (Davila, livre XII, t. Ul, p. 464).

Page 1