SIÈGE DE ROUEN
« selon le chemyn deulx arpens de terre semez du costé de la Brie. « De mesmes et les hostelleryes vuides, les maisons ouvertes où il « n’y croist que l'herbe, bref, la plus grande désolation partout ». Et cependant les tailles sont toujours exigées ; il faut, pour les acquitter, vendre « vaches, chevaulx, pourceaulx, berbis». Aussi « les pauvres gens n’en peuvent plus », et c’est «une chose esmer- « veillable comme ilz en peuvent échapper ».
Henri était parti le 19 octobre, impatient d'aller mettre le siège devant Rouen (11 novembre). Ge fut pour les Châlonnais un amer sujet de regret ; mais ils n’en resteraient pas moins fidèles au roi, quoi qu’il leur en coûtât (26 octobre). Aussi bien, l’armée ligueuse devait-elle bientôt ! quitter ses quartiers et la Champagne pour aller au-devant du duc de Parme et marcher avec les Espagnols au secours de Rouen.
$ IT. — DE LA CONVOGATION DES Erars DE Rerms, 20 mar 1591, À LEUR DISSOLUTION, 4 AVRIL 1592.
Mayenne, en perdant le cardinal de Bourbon, songe plus sérieusement que jamais à convoquer les états généraux. — Il se décide à les réunir à Reims et tient prêt le discours d'ouverture. — Analyse de ce discours. — Le pape en même temps lance des bulles moniloriales dont Mayenne pense s'appuyer, — Mais les parlements de Châlons et de Tours les condamnent par des arrêts que le parlement de Paris fait lacérer. — De leur côté, les députés tardent à venir et sont rares. -— Énfin le duc de Guise, échappant à la captivité, arrive en Champagne et va trouver son oncle à Rethel. — Mayenne donne vainement rendez-vous aux députés dans la ville de Laon: peu répondent à son appel, retenus par les périls du voyage, et sur ces entrefaites, des troubles l'appellent à Paris.
Les maux de la guerre en faisaient vivement désirer la fin, et les ligueurs pensaient trouver celle-ci dans l'élection d’un roi catholique par les états généraux. Mayenne, après avoir présenté ces états « comme le plus prompt, puissant et seul remède, de tout temps em- « ployé ès grands troubles et déréglements du royaume », n'avait pas manqué, fidèle à ses engagements, de les convoquer à Paris, dès
1 Le 28 décembre, tous les princes, sauf M. de Guise (V. ci-dessous, p. 367) sont à La Fère. Ils partent en janvier 1592 dans la direction de Ham, puis entrent en Normandie (La Réforme et la Ligue, À. Il, p. 14, MAS).
l’année 1589, pour le 15 juillet ; puis à Melun, en 1590, pour le 20 mars ; puis à Orléans pour le 20 janvier 1591. Des obstacles sans cesse renaissants en avaient toujours jusque-là fait ajourner la réunion ; mais le décès du cardinal de Bourbon ! en commandait impérieusement la tenue, et les circonstances semblaient la favoriser. Le pape Sixte-Quint, qui, après avoir successivement excommunié Henri de Bourbon et Henri IIL?, avait poussé la condescendance pour la ligue jusqu’à lui envoyer un légat3, était mort, le 27 août 1590, dans des sentiments moins hostiles au Béarnais, et son successeur, Grégoire XIV‘, entièrement dévoué aux intérêts de l'Espagne, avait, le Le mars 1591, donné à Rome deux bulles monitoriales qui, renouvelant l’excommunication contre le roi de Navarre, le déclaraient déchu de ses royaume et seigneuries comme hérétique et relaps. L’une de ces bulles invitait en conséquence la noblesse, les gens de justice et le peuple à l’abandonner, tandis que l’autre menaçait de l’excommunication et de la privation de leurs charge et bénéfices les prélats et autres ecclésiastiques de son parti, si, dans quinze jours, ils ne se retiraient de son obéissance, de sa suite et de ses terres.
Mayenne s'était donc décidé à faire une nouvelle convocation des états, et dans cette pensée il avait, dès les premiers jours d’avril, envoyé à Madrid, pour sonder les dispositions de Philippe à son égard, le président Jeannin, magistrat d’un grand sens et d’un dévouement éprouvé 5. Les temps, il est vrai, ne permettaient pas de donner à l’assemblée la « forme d’Estatz-Générautx », mais Mayenne espérait bien, « quelle n’aurait moins de poix et ne produirait « moins de fruicts et d’effects par une convocation particulière de « certains depputés des villes et provinces, choisiz et esleuz. .…. en
1 Il était mort le 9 mai 1590 à Fontenay-le-Comte,
$ Le cardinal Cajétano, qui fit son entrée à Troyes le 9 janvier 1590. Ce prélat fut rappelé à Rome sous le coup d’une disgrâce, mais à son arrivée Sixte V n’était plus.
4 Le successeur immédiat de Sixte V fut véritablement Urbain VIT, mais ce pontife ne régna que 43 jours. Grégoire XIV monta sur le trône
le 5 décembre 1590.
® Jeannin arrivait à Madrid le 23 avril (Correspondance de Mayenne, t. IL, p. 253).