CONVOCATION DES ÉTATS A REIMS
« chascun des troys ordres! ». Obligé de renoncer à Orléans depuis qu'était assiégée la ville de Chartres, qui devait se rendre le 18 avril 1591, il avait choisi Reims, ville du sacre et place frontière peu éloignée de Paris. Pour y arriver, les passages étaient libres: il n'avait qu'un pas à faire de Soissons ou de Château-Thierry. Les députés du nord pouvaient y venir directement ; ceux du centre et de l’ouest par Orléans, Paris, Château-Thierry, Laon et Soissons ; ceux du midi et de l’est par Lyon, Dijon, Nancy et Verdun. Les Rémois, d'autre part, semblaient des ligueurs ou plutôt des guisards dévoués ; Mayenne espérait diriger leurs passions à son profit. En conséquence, il convoqua les députés à Reims pour le 20 mai 1591 : lui-même il se rendit vers le 20 avril dans cette ville, pour presser l'arrivée des députés les plus proches et « avancer le bon œuvre « des états ». Le duc a pourvu à tout: siles maires ne peuvent venir en personne, qu'on leur substitue des eschevins, «sans, pour « ladicte députation, faire aultre assemblée que du corps de ville, « pour éviter toutes les longueurs ». Ce qui lui importe, c’est que le peuple soit largement représenté, car on ne peut « nier qu'il ne « retienne en son cœur sa créance et dévotion première », tandis qu’il faut bien reconnaître que « le plus grand nombre des ecclé- « siastiques, principaux prélats et aultres, se sont fort légèrement « retranchez de l'union de l'Eglise pour adhérer à ung prince héré- « tique ? », et que « cette mesme honte et reproche tombe sur plu- « sieurs de la noblesse, lesquels, forlignant de la piété de leurs « pères, taschent à mettre le sceptre royal entre les mains d’un « prince qui ruinerait puis aprez la religion, les fortunes et la vie
1 Correspondance de Mayenne, t. I, p. 274: Articles et mémoires pour l'assemblée.
? Henri avait pour lui les 5/6 du haut clergé de France, y compris l'évêque de Paris. Sur les quatre prélats de la Champagne (car le siège de Reïms était vacant depuis la mort du cardinal de Guise, et celui de Meaux, depuis le décès de Louis de Brézé, chancelier de la Ligue, survenu le 15 septembre 1589), deux étaient royalistes, M. de Beauffremont, évêque de Troyes, et Charles d'Escars, évêque de Langres, qui avait fait sa soumission en 1590, sans cesser toutefois d’être suspect à ses farouches ouailles ; Cosme Clausse passait pour ligueur aux yeux des Châlonnais, qui le tenaient exilé, et Sens avait pour archevêque Nicolas de Pellevé, un des plus ardents ligueurs.
« de ses propres fauteurs! ... ». Chacun des députés recevra « ung « mémoire du chemin » qu'il devra suivre, « avec ung passeport bien ample, par lequel est mandé à tous gouverneurs de le conduire « seurement? ». Mayenne avait même obtenu quele roy de Navarre leur délivrât des saufs-conduits ; mais celui-ci les « à révocquez des- « puis sur certains ombrages qu’il a pris que ce qui se traiterait en « l'assemblée ne portast préjudice à ses affaires 5 ».
Le discours officiel d'ouverture, que doit lire le chancelier, est prêt. À peine y est-il fait allusion « à la création d’ung roy « catholicque ». Il semble que l'unique affaire du moment soit de fortifier la discipline du parti, en réformant les abus qui s’y sont glissés et en assurant au chef la parfaite obéissance des membres ; mais on ne manque pas de faire ressortir le caractère de ce chef : « Nous l'avons recongneu pour lieutenant « général de l’Estat royal et couronne de France, représentant « la mesme personne d’un légitime roy et avec tel pouvoir, « hormis le nom, comme à la vérité il est très certain que « nous, estants nez soubs la monarchie et ayant à combattre ung « prince qui en usurpe faulcement le titre, nous ne pouvons « subsister et moins vaincre que soubz les enseignes et gouverneurs « d’un chef qui soit en esgalle aucthorité et proéminance ; ung « souverain en l’église et en ung royaume, mesme en celluy de « France, n’estant moins nécessaire que la teste au cors humain, « sans laquelle il n’est qu'un tronc sans vie et sans respiration ; et « toutesfois nous nous sommes bien avant oubliez pour la pluspart « en la révérence et obéissance qui lui estait deue, non seulement
« pour sa valeur et ses mérites, mais aultant encore pour nostre « conservation propre ».
Quelle responsabilité n’encourent pas le clergé et la noblesse quand ils oublient le serment qu'ils ont fait aux états généraux de Blois de ne se soumettre jamais à l’autorité d’un
1 Articles et mémoires pour l'assemblée (Correspondance de Mayenne, t. Il, p. 277 et 278).
2 Corresp. de Mayenne, lettre aux villes, du 15 mai, p. 228.
8 Corresp. de Mayenne, 371° lettre, à la cour de parlement d'Aix, 22
avril, p. 467. Dans une lettre du même jour à la comtesse de Seault, il
dit : « feust au préjudice de ses prétentions », p. 169.