‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 186 sur 327 · PROJET DU DISCOURS D'OUVERTURE DE MAYENNE · texte numérisé non relu

PROJET DU DISCOURS D'OUVERTURE DE MAYENNE

roi hérétique! Mais la honte est surtout pour les oppresseurs du peuple, et c’est contre eux que le mémoire dirige ses principaux ‘traits.

« Les gouverneurs, en la plupart des villes et des provinces... se « sont, en effet, addonnez à l’avarice et aux exactions », faisant plus de compte de remplir leurs bourses que d'acquérir de l'honneur ; butinant les meubles de leurs partisans plutôt que d'en gagner sur l'ennemi ; épuisant les finances de l’Etat en dépenses et garnisons excessives, au point de compromettre l’entretien des armées. « Plus « convoiteux de gloire que de bien », on se plaisait autrefois à entretenir des « compagnies tant de pied que de cheval plus fortes « en nombre que l’état ne le portait ». Mais aujourd’hui « l’art et « l’industrie des gens de guerre » est de compter 50 lances pour une vingtaine, un régiment de gens de piedpour deux ou trois cents soldats mal équipés, « et de convertir et tourner à leur proffit les « deniers qui leur sont distribuez pour faire leurs levées entières et « complettes, d’où il advient qu’ils perdent aisément les places, « soit par surprinse ou par siège, ayant peu d'hommes en effect « pour les disputer et ne s’y oppiniastrans pour sauver leur « bagage ».

Dans leur « avarice effrénée », ils n’épargnent auleune nature de « deniers, et n’y a coffres de recette qu’ilz ne rompent, caves, « greniers et granges qu'ilz ne vindent, ny bestail qu'ilz n’égorgent, « bastiments qu'ilz ne démolissent, et semble que le ravage du « peuple leur soit un object et le subject sur lequel ils exercent et « font l’essay et preuve de leur valeur »!.

De là des «suites pernicieuses » qui entraineraient, s’il n’y était promptement pourvu, « une vaste solitude et désolation entière, « estant déjà la meilleure partie des terres déserte et inculte, les « villages et bourgs habandonnés, et tout le plat païs dépeuplé.… ;

1 Les trésoriers de Champagne écrivaient, le 9 mars, au Conseil d'Etat : « Il n’y a [ici] sy petit gouverneur et seigneur de places particulières qui ne s’ingère de s’en emparer, faisans plusieurz levées et exactions sur le plat pays tant en deniers et munitions exceddans de beaucoup celles de S. M., oultre ce que les ennemys tiennent la campagne, font pareilles et plus grandes levées avec telle oppression du pauvre peuple que bien qu’il ayt la volonté, il n’a le moien d'y satisfaire, ne lui restant que la parolc.... » (Arch. dép., G. 2591, 1 registre in-4°, {° 118).

« pour le regard des villes, le commerce et traffict n'ayant plus de « cours, qui est l’un des principaux nerfs de la vie et société hu- « maine, et les greniers à scel, qui est un cinquième élément, sans « fourniture » : tous maux ayant Qinfailliblement » pour conséquence la « famine générale », « la dépopulation des subjets et la « totale subversion de l’'Estat ».

La bourgeoisie elle-même n’est pas sans reproche, car il est des villes, parmi les principales, qui «se sont licenciées d’estendre les « bornes de leur puissance au préjudice de l’authorité du chef, et « par une domination trop indiscrette qui tournerait avec le temps « en anarchie », de faire fuir « plusieurs gentilzhommes de leurs « voisins, desquelz ilz pouvaient tirer secours et force ». Or «iln’y « a jalousie qui touche si avant au cueur du Françoys, de son natu- « rel généreux et courageux, que l’apréhension d’un Estat populaire « et tumultueux et de l’establissement d’une républicque, en laquelle & il n’y ayt point distinction des rangs et qualitez des personnes, ny « différence de leur naissance et extraction à celle des hommes de « basse condition ».

Comment excuser aussi « l’atteintat et entreprinse d’aulcuns « maires et eschevins sur l’authorité des gouverneurs, leur déreiglé « mesnage en la dispensation des finances qui ne leur appartient par « droictny privileige quelconque, leur dureté etrigueur contre plu- « sieurs de leurs concitoyens qu'ilz travaillent soulz la couverture « de la cause publique ».

Telles sont les principales fautes qui ont «divisé les volontez », et qu'il importede corriger. « Et comme c’est une reïgle de méde- « cine que les maladies se guairissent par leurs contraires, qui peut « être appliquée au maniement des monarchies, le vray moyen de « remettre noz affaires est de nous gouverner tout aultrement que « nous n'avons faict jusques icy ».

On cessera donc de pressurer le pauvre peuple et d'empiétersurle bien ou l’autorité d'autrui. Surtout on se ralliera étroitement à Monseigneur le duc de Mayenne « establi chef de l'Estat », etl’on suivra docilement sa direction. A cet effet le due juge bon « de renforcer « le Conseil d'Estat d’ung nombre d’aultres personnaiges d’hon-

« neur, de qualité et de longue expérience, nourriz et versez au ma-

« niment des affaires ». Il exprime ensuite le vœu « qu’un depputé

« de chascune des provinces soit assidu et ordinaire à sa suite, pour

Page 1