SUITE DU MÉMOIRE PRÉPARE
« y recepvoir ses commandementz etles faire entendre à sa province, « à ce que lesdictz depputez ayent à maintenir la correspondance, « liaison et union qui est si nécessaire pour le bien et salut de « l'Estat ».
Enfin, comme il est impossible de soutenir le faix de la guerre, « si le chef souverain n’est aydé et secouru des provinces, et que « c’est chose par trop honteuse et indigne de la repputation fran- « çoyse de s'appuyer du tout sur les moyens de nos voisins, V’as- « semblée sera requise de faire fond de quelque notable somme de « deniers pour estre destinée tant à cest effect qu’à l’entretènement « de la maison de mondiet seigneur... et de la prélever sur toute « imposition peu dommageable au peuple ! ».
N’ya-t-il dans ces dispositions que le désir légitime de fortifier le pouvoir pour arriver plus sûrement au triomphe désintéressé de la religion, ou la sollicitude de Mayenne pour le bien public eache-t-elle une ambition assez habile pour se ménager ? nous ne savons ; mais il faut convenir que, si le due n’a pas été complètement pur de toute ambition, il a eu assez d’honnêteté et de patriotisme pour faire passer le bien de la France avant la gloire de porter une couronne. Assez homme pour y aspirer du fond de son âme, il à été assez grand pour s'empresser, en se soumettant, de l’affermir sur la tête du prince que ses succès et sa conversion désignaient comme l'élu de Dieu.
Quoi qu’il en soit, le Mémoire ne vit pas le jour, faute d’assemblée suffisante, et les fruits que Mayenne s’en était promis furent perdus pour lui avec l’occasion de donner le spectacle de sa puissance au nonce du pape.
Marsile Landriano était arrivé le 13 mai à Reims « presque à l’im- « proviste » et sans grand équipage. On le croyait évêque et on le reçut de manière à lui donner «contentement »; mais ce n'était qu’un référendaire en la chancellerie romaine, un clere à simple tonsure. Il apportait « une lettre de change de 15,000 francs pour
4 V. Articles et mémoires pour l'assemblée, p. 274 à 286, dans la Correspondance de Mayenne, t. A.
2 V. le jugement qu’en une autre occasion M. René de Bouillé porte sur Mayenne (Addit. à la 1° édition).
« un mois de la garnison de Paris ! », et les fameuses bulles monitoriales du pape. Si Mayenne attendait de celles-ei quelque bien, ainsi que le témoigne sa correspondance, ses illusions s'évanouirent promptement. Publiées le dimanche 16 mai dans la cathédrale, à peine eurent-elles été imprimées ? et expédiées par ordre du duc, qu’elles déterminèrent une formidable explosion de mécontentements et de colères. Le roi proteste, un peu à la huguenote ÿ ; le parlement de Châlons (10 juin) et, peu après (5 août), celui de Tours opposent aux bulles des arrêts « dont la brutale violence, « allant jusqu’à contester à un pape reconnu de toute l'Eglise sa « qualité même et son titre, était plus propre à indigner qu’à rame- « ner les consciences catholiques # » : le clergé lui-même, sans méconnaître l’autorité du Saint-Siège, en appelle au pape mieuxéclairé de l’état du royaume, et tient sa sentence pour nulle (21 septembre) *. De son côté, le parlement de Paris, frappant de nullité les arrêts des cours de Châlons (8 juillet) et de Tours (24 septembre)f, les fait lacérer et brûler au pied des grands degrés du palais, tandis que
1 Correspondance, t. Al, p. 249.
2 Chez Jean de Foigny, libraire de l’archevêche.
3 [l rappela les promesses qu’il avait faites à son avénement (V. plus haut, p. 325, note 1).
4 Les luttes religieuses en France au XVI siècle par le vicomte de Meaux, p. 258. — Le parlement annulait les bulles comme « libelles inju- « rieux, scandaleux et diffamatoires », et ordonnaït qu’ils fussent lacérés « l'audience tenant »; puis, le 29 août, il déclarait lesdites bulles « nulles « et abusives, scandaleuses, pleines d’impostures », ordonnait qu'elles « seraient brûlées par la main de l’exécuteur de la justice », et décrétait
Landriano de prise de corps.
5 Il est bon de remarquer que, sur plus de 100 évêques royalistes, l’assemblée de Chartres ne comptait pas plus de 9 prélats et un petit nombre d’ecclésiastiques du second ordre. Cosme Clausse, évêque de Châlons, alors exilé de cette cité par le conseil de ville, fut l’un des signataires de l'acte du 21 septembre. En disant que cet acte fut signé par nombre de prélats, dom François montre un peu le bout de l'oreille.
6 [sambert, Recueil général des anciennes lois françaises, t. XV, p. 241, n. 3etp. 32. Il n’est pas inutile de faire observer que l'arrêt rendu contre la cour de Châlons ne fut publié que le 22 décembre.