LE DUC DE GUISE S'ÉCHAPPE DE SA PRISON
les prédicateurs de la ligue tonnent dans les chaires, et que les quatrains, les sonnets se croisent en tous sens !.
Au milieu de l'émotion générale, et alors que, les hostilités se rallumant dans la province, le duc de Nevers tenait la campagne dans le Rémois et le Rethélois, comment les députés aux états ne se seraient-ils pas montrés circonspects ? Aussi ne vit-on apparaître les premiers que le 7 juin : c’étaient ceux d’Abbeville ; quinze jours après se présentent ceux de la ville de Lens (21 juin) ; « puis, à de « longs intervalles, parfois de deux en deux mois, presque toujours « à la suite d’un prince ou d’une princesse, quelques Champenois, « Bourguignons, Picards, Parisiens, Normands, Berrichons ; en tout « trente ou quarante députés ? ». Ils passent leur temps en discussions oiseuses, attendant l’arrivée de nouveaux collègues, et une direction que les nombreux intérêts qui se disputent son activité ne permettent pas à Mayenne de leur donner.
Sur ces entrefaites, un événement imprévu vint accroître les embarras du chef de la ligue : le duc de Guise, prisonnier depuis le meurtre de son père, s'était échappé du château de Tours, le jour de l’Assomption (15 août). Ce fut tout d’abord pour Henri IV un sujet de grand souci, mais il se consola par la réflexion qu'un chef de plus dans la ligue en accroîtrait la division, et de fait la joie enthousiaste qui accueillit à Paris la nouvelle de l'évasion du jeune due, les espérances que fondèrent aussitôt sur lui les exaltés du parti, l’accueil qu'il reçut dans les différentes villes qu'il parcourut, ne furent pas sans porter ombrage à Mayenne, ni sans lui causer une certaine inquiétude.
Pour surcroît de chagrin, cinq jours après cet incident (20 août) 5, arrivait à Reims le président Jeannin, de retour de sa mission, qui lui apprenait qu’il devait renoncer pour sa candidature à l’appui de l'Espagne, et que Philippe I n’accorderait à l’Union ses secours qu'à la seule condition de la reconnaissance de sa fille pour « reine
‘ L’Estoile, p. 57 et 62. — L'affaire réveilla le zèle des prédicateurs de Châlons ; mais le Parlement le réprima avec vigueur (V. dans les Documents sur la Réforme et la Ligue, t. Il, p. 390-391, diverses sentences portées contre plusieurs de ces prédicateurs).
? Henri, p. 296.
3 L’Estoile, p. 61.
« propriétaire de Franée ». À ce prix, auquel Jeannin avait paru souscrire, le roi promettait la solde de deux armées, que commanderaient les ducs de Parme et de Mayenne, mais sans s'engager à n'employer que de l'infanterie française ou suisse, comme le demandait le négociateur, et à la charge que les Etats seraient assemblés en même temps pour ratifier le choix de l'infante Isabelle. C'était la ruine des prétentions de Mayenne, déjà tenues en échec par les prétentions rivales des ducs de Lorraine et de Savoie, auxquelles menaçaient encore de s'ajouter celles du duc Charles de Guise. 3
Charles n’avait pas tardé à se diriger vers la Champagne, impatient qu’il semblait de revoir son oncle. Le 26 septembre, il était à Sens, où l'Union troyenne lui envoyait deux députés ; le 6 octobre, il arrivait à Troyes, où il retrouvait le duc de Chevreuse, son frère. Le conseil eût désiré lui offrir un présent de deux mille écus, mais il ne put en réunir que mille ! : les finances de la ville sont épuisées, l'entretien des garnisons voisines est ruineux pour elle, et le plat pays est exploité d’une façon barbare. Point d'accord, par sureroit, entre les membres de la noblesse, chacun tirant à soi. Il y aurait lieu d'envoyer à Troyes « un seigneur de commandement», pour diriger la gendarmerie. Le conseil supplia également le prince de faire cesser les assemblées illicites, et exprima le vœu que le duc de Mayenne voulût bien, par accord et paction avec le roi de Navarre, favoriser la liberté du commerce?.
De Troyes, Charles de Guise gagna Reims, où il entrait, le 27 octobre, « en grand triomphe, accompagné de M. de la Châtre et son « fils ; et furent receuz en joie ? ». Il vit là le nonce Landriano et le légat Philippe de Séga, évêque de Plaisance, ainsi que le petit nombre des députés que Mayenne avait réunis, et il ne manqua pas de conférer avec eux des intérêts de la cause. Charles alla ensuite trouver son oncle à Rethel, avec une brillante escorte de cavaliers tous gentilshommes {.
1 Mémoires de Carorguy.
2 Boutiot, t. 1V, p. 204.
ë Jean Pussot, année 1591. — La Châtre l’accompagnait depuis le jour de son évasion.
# Davila, t. I, 1. XIE, p. 465.
DR D à SE ire A