LES DÉPUTÉS RETOURNENT CHEZ EUX
Il n’y avait pas quinze jours que Reims avaitreçu ce jeune prince, que, de son camp de Moncornet, Mayenne donnait avis (13 novembre) aux pauvres députés de se tenir prêts à venir vers la fin de la semaine à Laon, pour l'y assister de leurs « bons conseils », dans une entrevue qu’il devait avoir avec le due de Parme « pour les « affaires de la religion et de l'Etat! ». Il aurait soin, pour les protéger dans le trajet, de leur envoyer une escorte, et ils étaient instamment priés d'attendre celle-ci pour partir. L’escorte ne vint pas selon toute probabilité ; car, deux jours après (15 novembre), s’accomplissait à Paris une tragédie dont il importait à Mayenne de châtier les coupables acteurs, et qui l’appela précipitamment dans la capitale ?. Mais, le 15 décembre, Mayenne venait à Laon, où ne tardaient pas à le rejoindre M. et M" de Guise (27), le nonce du pape et l’évêque de Plaisance (30). Tous ces personnages demeurèrent là jusqu’au 3 janvier 1592, où ils prirent le chemin de Reims *.
Les députés qui se trouvaient en cette ville n’en partirent done que pour retourner en leurs demeures, ou suivre, peu après, l’armée des princes. Six ou sept seulement, « craignant les dangers des « chemins », demeurèrent à Reims, où, pour subsister, ils durent solliciter de la ville des avances, qu’elle leur fit « en forme de « prêts, par devant notaires ». Ils semblent avoir regagné leurs
ærovinces en même temps (4 avril 1592) que Philippe de Séga, après un séjour de plus de six mois en la cité rémoise, serendait à l’armée du duc de Mayenne. Les chemins étaient devenus plus libres depuis que le roi de Navarre avait dû lever le siège de Rouen.
1 V. Henri, Pièces justificatives, n° 12, p. 42.
? Arrivé à Paris le 28 novembre, ii reprenait la Bastille à la faction des Seize le 4° décembre, frappait de mort les principaux rebelles le 4 suivant, publiait, le 41, pour les autres un édit d’amnistie, ct allait, dans la seconde quinzaine du mois, amuser les Espagnols d'engagements qu’il entendait bien ne pas tenir, mais au prix desquels le duc de Parme devait aider à délivrer la ville de Rouen. Ce prince rentra en France à la tête de son armée le 21 décembre.
$ Antoine Richart, Mémoires sur la Ligue dans le Laonnoïis, p. 370-
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$ IT. — Dr LA LEVÉE DU SIÈGE DE ROUEN (20 aAvRiz 1592) À LA TRÈVE DU 91 JUILLET 1592 ENTRE HENRI ET MAYENNE.
Obligé de lever le siège de Rouen, auquel il s’obstinait, Henri de Navarre songe à se rapprocher de Mayenne. — Rebuté par les exigences du duc, il parle de se convertir et s'engage à se faire instruire. — Cependant les hostilités se poursuivent. — Reims se prépare à attaquer Epernay ; la place tombe aux mains de Saint-Pol. Puis arrive le roi de Navarre qui la reprend. — Chälons profite de ce succès pour animer le vainqueur contre Vitry ; mais, en apprenant les renforts que venait de recevoir Saint- Pol, Henri juge prudent de se retirer, après avoir donné le commandement d'Epernay au sieur de Vignoles, — Abattement des Rémois. — Le roi se présente devant Provins, qui se soumet à lui, tandis que le duc de Bouillon bat les Lorrains près de Beaumont, et s'empare de Dun. — Ces succès disposent Reims à se rapprocher de Châlons. — Traité signé entre ces villes. La situation n'en demeure pas moins très difficile. — Pour en sortir, Mayenne se dispose à réunir à Paris les états généraux. — Il veut arriver à faire élire un roi catholique. -- Aussitôt le conseil de Ilenri propose une conférence entre les deux partis pour arriver à une entente. — Mécontents de l'attitude du représentant de l'Espagne, les états consentent à la proposition, et la conférence de Suresne s'ouvre pendant que Mayenne en avait une à Reims avec les princes lorrains. -- Le résultat de la première, qui est le dessein formel du roi de se convertir, est accueilli avec défiance par le parti catholique. -- Effrayé des dispositions de l'assemblée, Henri se décide alors à abjurer. — Sa conversion détermine l’ajournement à trois mois des états généraux. — Cependant la validité de l’absolution est contestée, les esprits sont divisés, et la Champagne, en dépit des amnisties, est troublée. — Le duc de Nevers et Dinteville travaillent à la pacifier.
Le due de Nevers n'avait pas laissé partir son roi pour le siège de Rouen, sans lui soumettre d’humbles remontrances : « Croyez-moi, « lui avait-il dit, vous ne prendrez Rouen de deux mois, et durant
ce temps les ennemis se moqueront ; et à mon grand regret, toute « la Champagne sera perdue... Je recevrai par grâce la permission « de me retirer chez moi ‘ ». Mais, pour Henri, le siège de Rouen était « son coup d’estat ». Il le pressait activement, quand l’arrivée des forces combinées de Mayenne et de Farnèse le contraignit à se retirer (20 avril 1592) ?. Cet échec ranima les ligueurs, et quand la nouvelle en parvint à Reims dix jours après (30), on chanta un Ze Deum ; matin et soir on tira le canon du côté de Ghälons et d'Epernay. C'était le signal d’une prochaine revanche.
1 Henri, p. 193.
2 Réunies à La Fère en Picardie, elles devaient quitter cette ville Ze jour des Innocents 1591, pour s’advancer vers Rouen (La Réforme et la Ligue, t. Il, p. 289).