REPRISE DES HOSTILITÉS. — REIMS MENACE EPERNAY
commandait la place, soutint pendant quinze jours les efforts de l'ennemi, qui y jeta près de mille boulets, mais à la fin il dut se rendre (26 mai). La Fauche succomba ensuite; puis le comte de Vaudémont, à qui le marquis de Pont, son frère, avait laissé le commandement de l’armée, se dirigea sur Châteauvillain, dont la garnison continuait d'incommoder le pays d’alentour. Arrivé le 12 juin sous la place, il ouvrait le lendemain la tranchée ; le 14, on battait les travaux avancés ; le 19, la muraille était ouverte, et le 22, Guyonvelle était logé sur le bord du fossé ; mais les vivres et les munitions ! commençaient à manquer, surtout la discipline et la constance, à l’armée « la plus vicieuse que l’on vit jamais, et où tendue qu'ils rencontraient, les Lorrains murmuraient. Jaloux de
« l’on ne parlait que de piller et rober ». Las de la résistance inatsauver son honneur, Vaudémont dit qu’il avait avis de l’approche du due de Nevers, et le 30 juin il levait le siège, abandonnant les campagnes aux courses des pillards de Châteauvillain, devenus plus entreprenants et plus audacieux que jamais.
Le vrai est que les Rémois, impatients d'attaquer Epernay, avaient adressé supplication au duc de Lorraine de joindre son armée à celle des catholiques, pour les aider à « repurger cette pauvre France « tant affligée », et que l’aumônier du duc, « présent en la chambre « du conseil (45 juin), avait fait entendre la bonne volonté et affec- « tion de son maitre à la cause générale de la sainte Union, et « d'aider la ville en tout ce qu'il pourrait, et, pour ce faire, de s’y
« acheminer avec son armée». Ils avaient également envoyé des
députés ? au duc de Parme, qui, depuis la levée du siège de Rouen, était à Château-Thierry « dans l'intention de raffreschir son armée», avec mission de « le prier de prendre Epernay », et de lui offrir, ainsi qu'à plusieurs seigneurs de sa suite, deux queues de vin blanc en bouteilles et des fruits secs. Saint-Pol devait accompagner les
Chaumont avait cependant reçu l’ordre d’approvisionner l’armée de quinze mille pains par jour, et d'autre part les demandes de poudre, balles, mèches, hoyaux, piques, leviers de fer ne manquaient pas à la ville (Lettres des 25, 27 et 28 juin du prince lorrain, Arch. de Chawmont) ; celle-
ci, pour y satisfaire, dépouilla vainement de plomb son église, le donjon et les maisons particulières (V. Hist. de Chaumont, par Jolibois).
# Le doyen Frizon, le procureur Moët, les conseillers Souyn et Parent.
A de TPE
députés ; il avait reçu du conseil, à cet effet, la promesse de 2,000 écus, qui lui « seraient délivrés après la prise d’Espernay, quand « l’armée catholique leur aurait faict ce plaisir ». Mais ilse contenta d’adjoindre à la députation son argentier Duret, qui revenait bientôt (15 juin) avec une réponse favorable !.
Reims allait enfin pouvoir châtier les soldats de Saint-Etienne des courses continuelles qu'ils faisaient sur son territoire, et des violences, des ravages qu’ils y exerçaient. Car ces «voleurs d’'Esparnay », tout récemment encore, étaient venus, le 28 avril à minuit, « piller « une partie des bourgs de Porte-Chacre » ? ; dans la nuit du 2 au 3 mai, dévaster Lavanne et autres lieux circonvoisins, et le 16 mai. veille de la Pentecôte, envahir Vilers-Allerand, où ils firent main basse sur tout ce qu’ils purent emporter et « tuèrent plusieurs des « habitans 3».
Aussi la ville déploya-t-elle dans les préparatifs de son expédition l’activité et l’ardeur que donnent des intérêts longtemps lésés, de vieux ressentiments et de grandes espérances
car pour elle prendre Epernay, c'était tenir Châlons en échec, c'était recouvrer la paix #. Elle ne s'épuisa pas seulement en munitions, mais elle fit encore porter « lettres et mandements aux villes et villages », à Fismes, à Cormicy, à Troyes, pour demander assistance, « ou faire tenir prest « chevaux, charrettes et pionniers ».
Déjà l’armée catholique est réunie (18 juin) ÿ devant Epernay, sous le commandement de M. de Rosne, lieutenant de Mayenne 6, et bientôt Saint-Pol arrive pour presser le siège. 992 coups de canons et quatre attaques meurtrières ont enfin raison de la résistance de Saint-Etienne, qui se rend, le dimanche 27 juin, et se retire à
! Henri, p. 195 et sq. V. aussi au 8 juin le Registre des Conclusions, dans les Archives de la ville, seconde partie, Statuts, 1° vol.. p. 926.
2? Porte Cérès.
3 Jean Pussot, 1592.
? V. Henri sur les préparatifs, p. 198 et 199.
5 Ce jour-là même, Henri, de son camp de Gizors, nommait « le duc de Bouillon, vicomte de Tureyne et mareschal de France », son lieutenant général en Champagne, pour y commander, en l'absence du due de Nevers, les armées qu’il ferait « conduire et dresser pour son service esd. pays».
5 Farnèse avait dû se rendre aux eaux de Spa, et Mayenne à Château- Thierry.