EPERNAY TOMBE AU POUVOIR DE SAINT-POL
Châlons, tandis que Saint-Pol, après avoir remis la garde de sa conquête au sieur de Villiers, son frère, vient triompher à Reims, où il reçoit en présent, avec un lit monté en taffetas rouge, «une tenture « de tapisserie de huit pièces en feuillages, une autre de cinq pièces « contenant l’histoire de Débora : le tout provenant des meubles du « cardinal de Guise ! ».
Mais un jour s'était à peine écoulé qu'on apprenait à Reims (29 juin) que le roi de Navarre était à Fère-en-Tardenois. Aussitôt de s’évanouir les rêves de paix et de bonheur dont on s’était bercé : il faut réparer la brèche d'Epernay, et se mettre soi-même à l’abri de toute surprise. Tandis que de Villiers, secondé par son lieutenant La Berlotte, vieux routier fameux par son courage, met en défense Epernay, les Rémois, sans négliger de concourir à l’armement de la place, etde renouveler leurs appels aux ducs de Parme, d'Aumale, de Guise et de Lorraine ?, font venir, pour protéger leur ville, un régiment de lansquenets et un de Wallons, qui occupent les quartiers du bourg Saint-Denis et du Barbâtre (14 juillet). Mais de Villiers est un « homme indiscret et esventé », et Saint-Pol, au lieu de masser ses soldats entre Reims et Epernay, semble surtout occupé de sauvegarder les places de l'Aisne et de la Meuse, où illes disperse : ainsi envoie-t-il La Berlotte vers Château-Thierry et Dormans. Les Rémois, estimant dès lors Epernay perdu, manifestent leurs inquiétudes à de Rosne, qui, pour les calmer, rappelle la Berlotte, lui mandant de prendre 260 hommes de son régiment de Wallons, « et « des meilleurs, pour se jeter dans Espernay ». Le colonel obéit aussitôt, et dans la nuit du 93 au 24 juillet, sort de Dormans. Il était trop tard.
Cédant aux plaintes du duc de Nevers, désespéré de ne pouvoir rien pour le salut de so gouvernement, et aux instances des
1 Henri, p. 201.
2 Malheureusement la maladie retient Farnèse à Spa; le soin de ses intérêts, le duc d’Aumale en Picardie. Le due de Lorraine, « pour le grand désir de défendre le parti, promet d'envoyer en bref le prince d’Amblize avec dix compagnies de chevaux ». (Arch. de Reims, livre des Conclusions, 7 août). Le duc de Guise se mettra en route avec quelques centaines de cavaliers.
? 11 n'avait à sa disposition que le régiment de Champagne, réduit à une poignée d'hommes ; désolé de son impuissance, il s'était retiré à
députés de Châlons, qui lui représentaient leur ville comme pressée entre les armées des ducs de Parme et de Lorraine, et menacée «de « succomber ou de s’accommoder aux pratiques des ennemis », Henri s'était décidé à « faire d’abordée un bon effet contre Espernay « et à le recouvrer », avant de retourner « au général des affaires ». Il était donc venu, le9 juillet ?, camper à Damery #, où, le soir même, ayant passé la Marne en compagnie du maréchal de Biron, pour reconnaitre les avenues de la place, il advint « qu'un coup d’une « petite pièce, tiré de la ville, porta sur la teste du mareschal, dont Q il mourut sur l'heure ». Privé de l’appui de cet homme de guerre, non moins fidèle qu'expérimenté, dont il regretta vivement la perte !, Henri, en attendant l’arrivée des renforts que le duc de Nevers devait lui amener de Donchery, de la Capelle et de Maubert-Fontaine, alla occuper Mareuil (40 juillet). De là ül se rendit à Châlons (13 juillet), où l’on s’empressa de lui prêter des vivres et de l’argentÿ, lui témoignant un dévouement qu’il devait reconnaître en faisant
Nevers, tout prêt d’ailleurs à se dévouer, dès qu'on lui en fournirait les moyens. Il rentra en Champagne vers la fin de juin (Lettres du 7? mai et du 2% juin).
1 V. à cet égard la dépêche du roi (7 juillet 1592) à M. deBeauvoir, son ambassadeur à Londres.
2 Ce jour-là même, il écrivait à la reine d'Angleterre: « J'écris presen- « tement au sieur de Beauvoir, mon ambassadeur, de vous donner compte « des raisons que j’ay de faire le voyage que je fais en Champagne... « vous pouvant bien assurer que je ne m’y fusse pas résolu, si je n’eusse « veu un grand péril imminent faulte dele faire ». (Lettres missiv Henri IV, collection des documents inédits).
5 La présidente du Puy, née Dudey, s’y était retirée dans son vendangeoir; Henri, qui appelait sa belle hôtesse, se plaisait à lui rendre visite. (Note de Bertin du Rocheret.)
4 II fut mené et funéré à Châlons (Archives de Chétons, ap. Henri, p. 206, note). — «Ila atteint », écrivait le roi, le 10 juillet, de son camp de Marcuil, à M. de Beauvoir, « il à atteint la fin où aspirent fous cœurs « généreux, qui est de mourir avec honneur aux yeux et pour le service « de son Roy et de cest Estat ».
5 « 4,000 septiers de bled, moitié froment et seigle, et 8,000 escus » (ist. manusc. de dom François). — 5,000 setiers de grain et 5,000 écus, dit le Registre des Conclusions ; voire même, s’il le fallait, jusqu’à 6,000 écus et 6,000 sctiers, et ce, pour aider « Sa Majesté à la délivrance de sa