HENRI REPREND LA VILLE
frapper en or, en argent et en bronze, par les soins de Pierre Boucherat, directeur de la monnaie de Champagne, une médaille présentant d’un côté le portrait du roi avec ces mots : Æenricus IV: Dei gracia Franciæ et Navarræ rex : de l’autre, les attributs de la monnaie avec les initiales Æ. D. (Henricus Dedit)!.
Impatienté des lenteurs de Nevers, il va au-devant de lui, le 16 juillet, jusqu’à Suippes et Sommepy. Le due était occupé de ramasser des forces du côté des Ardennes, et, le 49 juillet, soutenu de quelques renforts envoyés par Henri, il mettait le siège devant la maison forte de Richecourt, dont la garnison capitulait le même Jour, promettant de livrer la place le 29, si Saint-Pol ne venait à son aide. Sorti de Châlons le 23 juillet, à einq heures après midi, avec Saint-Etienne pour guide, il était arrivé à Damery vers trois heures du matin, quand, après deux heures de repos, Givry, passant la rivière pour aller à son château de Boursault, apprit par des paysans et fit savoir au roi que les troupes de La Berlotte s’avançaient engagées dans un chemin creux ? par lequel elles pensaient gagner le glacis de la porte Saint-Thibaut. Aussitôt s’élance au-devant d'elles une vaillante noblesse ; arrêtés dans leur marche, les Wallons du colonel se défendent avec intrépidité et répandent autour d’eux la mort. Il fallut l’arrivée du roi pour les ex/foncer ; car il les chargea d’un tel courage qu’il n’en demeura presque pas un en vie. La Berlotte lui-même resta sur le carreau. Mais deux à trois cents hommes des meilleures troupes royales gisaient à leurs côtés. « C’est la plus « nette deffaite de secours qui se soit jamais faite », écrivait Henri au duc de Nevers... «Je n’ay le loisir de faire part de ceste bonne « nouvelle... à mes bons subjects de ma ville de Chaalons, au sieur « président de Blancmesnil, ny à ma’ court de parlement. Vous ferés
« province de Champagne, et spécialement à la reprise d'Esparnay et de « Vitry ».
1 Hist. manusc. de dom François. On en voyait encore quelques-unes du temps de l’historien bénédictin. — S'il faut en croire le Mémoire, Saint-Etienne était menacé de perdre la vie, « pour s’être trop hasté de se « rendre » ; mais Henri, en arrivant à Châlons, le rendit à la liberté. Pussot se trompe certainement, quand il dit que Saint-Etienne fut exécuté dans cette ville, et ses biens confisqués, en punition de tous ses vols et meschans faicts.
? Aujourd’hui l& Ruelle-Chaude.
« cela pour moy et leur communiquerez ceste-ci. Il me semble que « nous en debvons tous rendre grâce à Dieu: et n’y aura point de « mal de faire chanter 7e Deum, affin que, voyant que nous ne € sommes point ingrats de lui rendre grâce des faveurs qu'il nous € faict, il nous les continue: de quoy je le supplie de tout mon « cœur...! ».
Deux jours après (26 juillet) survenait le due avec le reste de l’armée. Alors les travaux du siège, sous la direction du jeune de Biron, qu’animaient à la fois l'amour de la gloire et la soif de la vengeance, sont poussés avec activité. Les tranchées achevées (29 juillet), la place est battue par l'artillerie ?, et le 9 août, veille de la Saint-Laurent, de Villiers, ne voyant venir aucun secours, se rend à des conditions assez humiliantes : les canons et les drapeaux resteront aux mains du vainqueur ; les étrangers ne conserveront que leur épée ; les Français sortiront « en trainant la leur par le « basÿ ».
Sans perdre de temps, les Châlonnais écrivent au roi (9 août) pour lui rappeler les griefs qu’ils ont contre « la ville et la citadelle de & Vitry », et lui exprimer le désir d’en être délivrés *, ainsi que des
1 V. Lettres missives d'Henri IV, lettre du 24 juillet au due de Nevers. — Parchappe avec cinq de ses fils accompagnait Henri dans cette affaire et fut anobli pour la bravoure qu’il y montra.
? « Dans deux jours », écrit de Nevers aux Châlonnais le Le août, « on commencera à faire beau bruit » (Du camp devant Epernay).
8 Henri, p. 201 à 208.
4 V. Henri, Piéces justificatives, n° 10, p. 426. — Le même sentiment charitable animait les royalistes de Chaumont à l'égard des ligueurs de Langres, et Roussat, pendant des pourparlers de trève entre les deux villes, écrivait à Henri IV, le 29 août 1592: « Ceux de Chaumont sont en « frayeur (depuis la levée du siège de Châteauvillain par le prince de « Vaudémont); le sieur de Brion se promet que dans dix jours le peult « emporter. Il sait toutes les difficultés et moyens de l’assiéger. Les deux « principaux éléments leurs défaillent, la terre et l’eau. Ils ne peuvent se « retrancher, leurs remparts ne sont que de gazon, de roches ; toutes « leurs eaues ne sont qu’en leurs cisternes, qui au bruitdu canon peuvent « crever. Ils sont dedans en division et résoluz de ne recevoir garnison. « Ge sont tous moyens qui doivent vous mouvoir, Sire, à attaquer cette « place ». (Hist. de Chaumont, p. 156.)