DÉCOURAGEMENT DE REIMS
« autres villes et châteaux qui les oppressent » : ils lui offrent à cet effet (14 août) 3 ou 4,000 écus comme ils lui en avaient déjà offert 6,000, le 14 juillet, pour l'aider à reprendre Epernay ! et Vitry. Henri, pour les contenter, prend sa route vers la cité rémoise, et va, le mardi 11 août, diner à Cernay-lez-Reims : mais, le jour même de la prise d'Epernay, étaient venues se joindre aux troupes de Saint- Pol l’armée lorraine du prince d’Amblize et la gendarmerie du duc ’ de Guise, accouru de Troyes où il était établi depuis le 19 juillet. Henri jugea prudent de regagner Epernay, d’où, le 16 août, il « se « partit », après avoir donné pour gouverneur à la place un sieur de Vignoles, protestant zélé etgascon brutal, qui devait se signaler dans son commandement par toutes sortes de violences, et soulever contre lui les plaintes des royalistes eux-mêmes ?.
La campagne était vraiment désastreuse pour les Rémois. « Les « pauvres catholicques » n’avaient pas seulement perdu trois pièces d'artillerie, qu'ils regrettaient d'autant plus vivement qu’à « l’autre « prinse » d'Epernay, ils avaient eu la générosité de rendre à Châlons les siennes *; mais il leur fallait acquitter maintenant les frais du siège, et, pendant 15 mois, chaque mémoire à régler allait raviver leur douleur. Ils ne pardonnaient ni.à de Villiers l’empressement qu'il avait mis à capituler, ni à de Rosne et de Saint-Pol la faute qu’ils avaient commise de s’enfermer dans leurs places. Vainement Saint-Pol leur offre-t-il de reprendre Epernay, « où les brèches ne sont réparées »; vainement à plusieurs reprises* les presse-t-il, « de par le duc de Guise, de contribuer à la fortification « de Mareuil,.….… afin d’incommoder au moins les villes royalistes » : ce sont appâts trompeurs auxquels les gens du conseil ne veulent plus se laisser prendre. « Lassés de la foule des soldats, épuisés de « deniers, nous ne pouvons rien faire, disent-ils, attendu la « nécessité où nous sommes ; il ne faut fortifier Mareuil, vu La ruine « advenue précédemment ». Ils caresseront cependant à la fin
1 Le siège d’Epernay leur coûta 1,206 éeus 47 sols. 2 V. dans Henri, p. 210, celle que les habitants de Vertus adressaient, le 6 octobre, au conseil de Châlons.
3 Pussot, Journal.
4 3 septembre, 17 novembre 1592 ; 31 mars 1593. Ê 5 Arch. de Reims, Livre des conclusions, 1592, ap. Henri, p. 241 ;
et suivantes. Ce passage prouve que, pour donner sans doute satisfaction
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la pensée d’une revanche par le duc de Parme, et elle les aidera à supporter les frais du logement de ses lansquenets, voire même, pendant trois mois, deleur entretien; mais, lorsque la mort de ce prince ! viendra dissiper leurs illusions, ils salueront le jour du départ de ces étrangers comme un jour de délivrance (25 février 1593).
Au sortir d’Epernay, Henri n’avait pas pris le chemin de Meaux, comme on le erut à Reims ?, mais il s'était dirigé, par Broussy (18 août) et Sézanne, vers Pont-sur-Seine, qui se rendit à lui le 24 ; de là il gagna la ville de Provins, devant laquelle ilarrivait le 95 août. Après l'avoir vainement sommée de se soumettre à son obéissance, et avoir inutilement tenté d'approcher des murs, il investit la place le vendredi 28 et commença d’en pousser le siège avec vigueur. Il s'était d’abord logé aux Cordelières avec sa suite, laissant aux religieuses Le dortoir, l’église et le réfectoire, qui leur suffisaient « pour « ne rien obmettre de leur observance » ; mais un boulet, tiré sur son logement, ayant failli être fatal à sa personne, il quitta les Cordelières pour aller s'établir au quartier du Mont-Jubert. Cependant l’armée royale s’est avancée jusqu'aux fossés, où elle amène des gabions et dispose tout pour l'assaut. Les pièces, au nombre de quatorze, qui doivent battre la muraille sont dressées et menacent la place de ruine. A ce spectacle, l’effroi gagne les Provinçois; ils pressent le gouverneur de se rendre auprès du roi pour en obtenir une honorable capitulation (4 septembre). Henri accueille leur soumission ; il les prend et maintient généreusement dans sa protection et sauvegarde, mettant à néant ce quy s’est passé?, et venu quelques jours après à Provins (16 septembre), il laisse à la ville pour gouverneur le bel Anne d’Anglure de Givry, « dont les vic- « toires l’avaient plus d’une fois empéché de dormir # ».
Givry désarme, il est vrai, les habitants et les livre à la rapacité du soldat, qui les pille et dévaste les campagnes déjà fort éprouvées pendant le siège. En même temps les impôts achèvent de ruiner la
aux Châlonnais, le duc de Nevers avait fait raser le Château. Il explique en même temps comment Saint-Pol put prendre sans coup férir possession de la place et la fortifier ensuite.
1 A Spa, le 2 décembre 1592.
2 V. Pussot, Journal.
$ Bourquelot, p. 185 à 190. La capitulation est en 41 articles. ? Lettre de Henri à Givry, dans l’Æssay sur la ligue, t. WU, p. 282.