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PROVINS SE REND AU ROI

bourgeoisie : il faut payer pour entretenir la guerre, payer pour racheter les cloches des églises qui convenaient au maitre de l’artillerie, payer pour n’avoir plus à loger la garnison et pour lui construire une citadelle, payer pour acquitter aux Cordelières le dédommagement de 200 écus que leur avait accordé Henri. Aussi les maisons sont-elles abandonnées, ou la mort se charge-t-elle de les vider : de 1,500 chefs de famille, il n’en reste plus que 500. Mais du moins la ville n’aura plus à redouter de siège : Mayenne, d’accord avec Madame de Nemours et le duc de Guise, son petit-fils, la tiendra à l'abri des tentatives de la ligue en la mettant « ex neutralité, « en faveur de madame sa mère! », et le calme rentrera dans ses murs désolés?.

Un mois après la soumission de Provins, le due de Bouillon battait près de Beaumont l’armée lorraine (13 octobre). Le roi, obligé de licencier, au lendemain de son arrivée devant Epernay (44 juillet), les lansquenets etles reitres que lui avait amenés le prince d’Anhalt, avait chargé le due de « les reconduire jusques à la frontière 3», etcelui-ei était de retour de sa mission, quand le grand maréchal de Lorraine, le sieur d'Amblise, vint assiéger Beaumont. Au bruit du canon, le due de Bouillon accourt, suivi de tous les chevaux qu’il peut réunir, et engage résolument avec les Lorrains un combat que lui fait gagner l’habileté de ses dispositions autant que son audace : les Lorrains laissent sur le champ de bataille avec leur maréchal plus de 700 hommes, et entre lesmains du vainqueur, assez grièvement blessé, un grand nombre de prisonniers*. Cette défaite

1 Lettre du 41 janvier 1593 à M. de Beausain, qui était autour de Provins avec ses troupes. (Ap. Bourquelot, Hist. de Provins, p. 195). Mayenne s'engage, le 7 février 4593, à respecter cette neutralité, dont les conditions avaient été dressées à Paris le 29 décembre 1592.

2 Dès le 28 novembre 1592, un arrêt du Parlement rétablit le bailliage et siège présidial, un instant interdit, pendant les guerres, dans l’exercice de sa juridiction sur les territoires de Sézanne, Bray, Montereau et Jouyle-Châtel. (Id., ibid.).

3 Lettre de Henri à M. de Beauvoir, écrite du camp de Mareuil, le dixième jour de juillet: « Leurs colonels ont pris congé de moi pour par- « tir demain ».

4 Cétait huit jours avant la défaite et la mort d’un autre chef de la ligue, du vaillant duc de Joyeuse, devant Villemur (21 octobre).

devait être bientôt suivie pour eux de la perte de Dun (7 décembre), qu'ils avaient pris le 23 octobre 1591, et que le duc de Bouillon leur enleva en faisant jouer heureusement le pétard. Devenu ainsi maître de tout le pays, « le duc y mit en grande confusion les « troupes de la Ligue 1 ».

Henri IV avait, d'autre part, occupé, vers le 10 juillet, l’île de Gournay, située à deux lieues au-dessous de Lagny, et afin d’empécher l’approvisionnement de Paris par la Marne, il y avait fait dresser, dans le cours du mois d’août et de septembre, un fort où il avait mis, sous le commandement de la Noue, une nombreuse garnison avec six pièces de canon 2. Tous les passages des convois, hormis celui du côté de Dreux, se trouvaient ainsi de nouveau interceptés, et la disette allait rentrer dans Paris.

C'était, du reste, la tactique de Henri et de ses capitaines de ne laisser ni repos ni trève aux villes ligueuses, afin de les amener par la lassitude de la souffrance à se détacher de la ligue. Ainsi «les « voleurs d’Epernay » battaient-ils constamment la campagne pour inquiéter Reims, et poussaient-ils parfois leurs courses jusqu'aux portes de la ville. Ce fut ce qui arriva le 30 mars 1593, où ils mirent la main sur « les porez subjetz à la paisture de la porte de « Veesle et les menèrent audit Espernay » ‘. Plus tard, faisant invasion dans Rilly la nuit même de Noël, ils osaient aller saisir à l’église douze ou quatorze habitants, qu'ils trainèrent à Epernay, liés et garrottés, et dont ils exigeaient quinze cents écus de rançon. Ce sont voleurs, écrivent les Rémois aux Châlonnais, le 23 janvier 1593, « moins pitoyables que tigres, de quoi nous nous esbahissons, d’autant que les hérétiques et huguenots ont cela en eux estre cruels « etinhumains envers ceulx qu'ilz détiennent. Si nous voulions faire plainte de leurs cruautés, nous n’aurions assez de papier « pour escripre... 5».

Les dommages qu’en éprouvaient les Rémois finirent par avoir

1 Davila, t. IV, 1. XI, p. 97.

? Palma Cayet, édit. Michaud et Poujoulat, p. 393. Les soldats de la Noue appelaient ce fort Ætrille-Badauds.

3 Poirson, p. 140.

4 Journal de Pussot.

® Arch. de Châlons, Lettres missives, ap. Henri, p. 269.

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