LES PARTIS SONGENT AU SALUT DES CAMPAGNES
raison de la résistance qu'ils opposaient au désir de Saint-Pol de relever le château de Mareuil. « A l’aide d'un bon #7génieux (ingé- « nieur) », il fit de l’ile de Mareuil une place régulière de cinq bastions de terre très bien liés, « fascinée et gazonnée, en laquelle il « ne fallait autres fossés que le courant de la rivière de Marne !», et il en donna le commandement à de Villiers. Celui-ci, jaloux de se réhabiliter, n'eut rien de plus pressé que d'aller « visiter « Vignoles avec cent salades ». Il s'était avancé à deux cents pas d'Epernay, mais « vertement » chargé par son adversaire, il fut défait, blessé et fait prisonnier (fin février 1593). Mort, peu après, de ses blessures, il « fut ramené et enterré aux Prescheurs de « Reims, le vendredi 5 mars suivant, où n’y eut grand plainte ni « regrets ? ».
Ces hostilités acharnées, impitoyables, n’exposaient pas seulement les vies et les biens à de continuels attentats ; elles ruinaient encore le commerce et l’industrie, surtout elles paralysaient le labourage, et en tarissant les sources de l'alimentation, déterminaient à l’émigration les habitants des villes et des campagnes, ou les livraient aux tortures de la faim, aux horreurs de la peste, et multipliaient partout les deuils et la désolation. Atteints dans leurs intérêts, frappés dansla satisfaction des besoins les plus impérieux, les partis songèrent à garantir la sécurité du labourage, et renouvelant en sa faveur la vieille trève de Dieu, convinrent de respecter le travail des champs et les instruments de ce travail.
Dès le commencement de l’année 1589, les Rémois avaient écrit aux habitants de Chälons et de Sainte-Menchould, pour les prier de « ne plus désormais faire la guerre aux pauvres laboureurs # », et il n’avait pas dépendu d'eux, l’année suivante, que les Chälonnais, se liant avec eux par un traité, n’étendissent ce bienfait à toute la Champagne ‘. Mais les Chäâlonnais comptaient sur les exploits du roi pour réparer les pertes que leur avait infligées Saint-Pol en septembre 1589. Cependant Henri lui-même ne dédaignait pas de faire
1 D’Aubigné, 1. IT, ch. XVI, p. 270.
2 Journal de Pussot,
8 Arch. de Reims, Livre des conclusions, 13 février et 25 mars.
4 Saint-Pol en fit faire, le 24 février 1590, la proposition au conseil de Châlons.
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avec Mayenne un accord en faveur des femmes et des laboureurs, et Dinteville s'entendait avec Guyonvelle pour délivrer des passeports aux députés des villes de Langres et de Chaumont, chargés de négocier la liberté du labour et des vendanges?. Cédant à de nouvelles instances de leurs voisins (5 septembre), que désolaient les excursions des troupes logées à Bisseuil et à Oiry*, les Châlonnais s'étaient enfin décidés à prendre part à des conférences qui devaient s'ouvrir à Avenay le 8 septembre 1590, et des passeports avaient été échangés entre les deux villes pour les députés qui devaient les y représenter “. Mais, à peine ouvertes, il avait fallu les suspendre, faute d'accord dans les pouvoirs des députés : Reims, allant au plus pressé, n'avait songé qu’à ses verdanges, tandis que Châlons entendait y associer le Zabouwr dans la trève à conclure. On dut en même temps ouvrir de nouvellesnégociations aveclescapitainesquitenaient la campagne, et si les députés châlonnais trouvèrent chez trois d’entr'eux © un faible accommodement, ils rencontrèrent dans le baron de Saint-Amand et M. de Saint-Etienne, qui étaient arrivés à Mareuil, une opposition des plus hostiles. Saint-Etienne surtout entendait faire ses vendanges, il l'avait promis à ses troupes, et tout
au plus pouvait-il s'engager à « ne rien entreprendre sur les vendan-
« ges de ceulx de Reims pour le dix seulement pour tout le tout » 6.
4 V. plus haut, p. 333. — Cf., p. 348.
Hist. de Chaumont, par Jolibois, p. 150.
5 La Réforme et la Ligue, Lettres, lettre du 5 septembre 1590, p. 251. 4 Voici l’un de ces passeports:
« Les lieutenant, gouverneurs, eschevins et gens du conseil de ville de Châlons, à tous capitaines, gens de guerre et tous autres qu’il appartiendra.
« Nous vous prions [laisser] passer librement... députez de la ville de icims, lesquelz vont au lieu d’Avenay pour conférer avec noz députez pour certaines affaires dont ilz sont chargés concernant le bien publicq de ceste province par les lieutenant et gens du conseil de ladite ville de Reims, sans leur donner aucun empeschement, etce durant le temps de dix jours à commencer le septiesme jour du présent mois de septembre. Faict le sixième jour de septembre mil cinq cens quatre vingt et dix. Itam, greffier du conseil » (1bid., p. 2592).
5 Le baron de Saint-Remy, qui était à Bisseuil, M. de Voulgré, à Epernay, et le baron d’Anglure à Damery.
6 Lettre de François Debar, député de Châlons, écrite de Mareuil le 9 septembre 4590 (Zbid., p. 257).