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PROJET DE TRAITÉ POUR LA PROTECTION DU LABOURAGE

Finalement on se sépara, et les vendanges durent se faire sous la protection des gens de guerre. Vers la fin du mois, on parut revenir un moment à de meilleures dispositions « sur le faict des labou- « reurs et vignerons », parce qu’on ne tarda pas à voir renaître les hostilités, les vexations etlesviolences ; mais ces dispositions demeurèrent sans effet. .

Mayenne leregrettait et se plaignait, le 4 mai 1591, que l'accord fait avec Henri! produisit si peu de fruits, alors qu'il le faisait observer par les siens avec tant de rigueur. Toutefois, loin de se décourager, associant dans sa sollicitude les intérêts du commerce et ceux du labourage, il négociait avec Henri depuis le mois de novembre 1590, pour en assurer la liberté par un traité?.

Sainte-Menchould, dans le même temps, pressé, travaillé par les Sarnisons voisines, sollicitait le président de la cour du parlement de Châlons d'intervenir auprès du duc de Nevers pour obtenir un accord avec le due de Lorraine. Le besoin en était impérieux. Il réunit à Sainte-Menehould, en janvier 1592, le due de Luxembourg pour le roi de France, et le sieur d'Haussonville pour la Lorraine, et les conférences que, du 13 au 18, tous deux consacrèrent à la protection du labourage aboutirent à un projet de traité, mais ce projet ne fut point ratifié, et le désordre continua. Le mal alla si loin qu’à la fin il rendit les deux partis plus traitables, et les amena, dans le courant du mois d'août 1592, à un rapprochement.

Les observations du roi n’y furent sans doute point étrangères, et le roi lui-même n’y porta les Châlonnais que sur les pressantes prières de l’abesse d’Avenay, madame de la Mark, à qui l’unissaient des liens de parenté . Mais les Rémois s’y montrèrent particulièrement disposés : « Messieurs», écrivirent-ils à leurs voisins le 2 sep-

4 V. ci-dessus, p. 333.

? Mentions des pourparlers les 11, 20, 22 novembre 1590 — 8 février 1591 — 23 avril (Corespondance de Mayenne dans La Réforme et la Ligue, t. II, p. 259).

$ Le frère aîné de cette abbesse avait épousé Francoise de Bourbon- Montpensier, cousine du roi de Navarre, et c’est de cette alliance qu'était née Charlotte de la Mark, qu'Henri maria à Henri de la Tour, vicomte de Turenne (V. ci-dessus, p. 357). Henri se plaisait, pendant le siège d’Epernay, à visiter l’abbesse, en qui s’unissaient la vertu et la raison.

tembre, « nous expérimentons à nostre très grand regret être véri- «° table ce qu’on dit communément que tant plus le désordre conti- « nue, tant plus il augmente et agrandit ». Car, « depuis la reprise « d’Epernay, ceux qui y sont entrés se sont tellement débordés « qu'ils ont jugé de prise tous ceux qui sont à trois ou quatre lieues « de nous, pillant et saccageant tout ce qu'ils ont trouvé de reste « èsdits villages, emmenant les pauvres villageois prisonniers, tirans « et exigeans d’eux de très grandes et excessives rançons, après les « avoir géhennés des plus griefs tourments.. Messieurs, nous vous « supplions ressouvenir que vos pères et les nostres nous ont fait « naistre et instruire à la religion catholique, laquelle ne peut trou- « ver bon telles cruaultés ! ».

Cet appel fut entendu, les relations se renouèrent peu à peu, les Châlonnais ne craignirent plus d'envoyer leurs enfants au collège de Reims, et les conférences, reprises à Avenay le samedi 7 octobre, aboutirent sans retard à un double traité, grâce à l'intervention de l’abbesse d’Avenay, qui parvint à calmer les convoitises de Vignoles, en lui faisant accepter, le 7, de la ville de Reims 925 cuirasses complètes de la valeur de 300 écus la paire, et de celle de Châlons, pour les bourgs et villages de sa dépendance, une somme de mille écus ?.

Le premier traité, qui devait être observé « jusques au premier « jour de janvier prochain venant » (1593), fut «arresté avec « M. de Vignoles, gouverneur d’Epernay, et le s° du Castel, ayant « pouvoir de M. Thomassin, gouverneur de Chaalons, par... les « députez des villes de Chaalons et de Reims 5, en présence de haulte « et puissante dame Françoyse de la March, abbesse d’Avenay ». Il permettait « à tous habitants des villes de Chaalons, Reims, « Chasteau-Thierry, Espernay, Saincte-Menehould, Vitry, Avenay, « Ay, Chastillon, Chastel-en-Porcien, Fismes, Cormicy et autres

1 Arch. de Chélons, Lettres missives, ap. Henri, ibid, p. 259. — Paris, Hist. de l'abbaye d’Avenay, 1® vol.,'"p. 305. — Hérelle, Docum., p. 458-461.

? « Nous allons traitter présentement avec Messieurs de Rheïns. I y avait peu d'apparence avant que M. de Vignoles y se fust disposé » (Postscriptum d'une lettre des députés chälonnais écrite le 7 octobre au conseil de ville de Châlons, Hérelle, Lettres, p. 309 et 310).

3 Serval, de Bezannes-Taissy, Parent, Thierry, de l’'Hospital, François,

Frémin, Leduc.

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