RENOUVELLEMENT DE LA TRÈVE DE LABOURAGE
chent, et il faut que « les pauvres habitants et laboureurs des « villages puissent labourer en quelque sûreté, et les marchans « trafiquer sur les passeports » qui leur seront délivrés. La fin répondit sans doute à leur désir.
On touchait alors à l’époque où devait expirer la trève de labourage d’Avenay. L’exécution n’en avait pas été complètement satisfaisante, et le fléau des courses n’avait pas cessé d’affliger les campagnes. La garnison d’Epernay surtout était redoutable et pillait à dix lieues à la ronde’. Les Chälonnais prennent l'initiative de nouvelles ouvertures, invitent (21 mars) les Rémoïis à un arrangement que ceux-ci se montrent prêts à accepter. La conférence, écrivent les Rémoïis le 31 mars, pourrait se tenir à Avenay qui se trouve entre Châlons et Reims. Il serait nécessaire que des passeports fussent échangés pour trois députés, l’un du elergé, l’autre de la noblesse, et le troisième du tiers état. Sur la prière des Châlonnais, le duc de Nevers leur envoie les passeports demandés par les Rémoïis. Il souhaite que la « conférence aboutisse à l’honneur de « Dieu et au soulagement du peuple » (5 avril). Le 12, les Rémois proposent de fixer celle-ci au mercredi après Pâques *, «afin de « n’interrompre les dévotions requises « à cette bonne fête, et pour « que Dieu, ayant pitié de nos misères, inspire et remette à bonne « voye ceux qui en sont desvoyez ». La date est acceptée, puis modifiée, et l'ouverture de la conférence différée successivement au 21 avril et au 1% mai, en même temps que le nombre des députés, qui était d’abord de trois, est porté à quatre (26 avril). Il est d’ailleurs bien entendu que toutes courses cesseront durant la conférence.
Informés de ce quise passait, les habitants de Sainte-Menchould avaient demandé, le 20, à être représentés à Avenay; ceux de Sézanne à être compris dans le traité. Les Châlonnais leur répondent, le 27, qu'ils feront pour eux comme pour eux-mêmes, mais qu'ils ne peuvent entreprendre au delà de la permission qu'ils ont reçue du roi et de Mgr de Nevers.
Toutes choses ainsi réglées, les négociations s'ouvrent donc le 1 mai. Le 2, venait y prendre part le conseiller François Bardin, à
1 Le conseil de ville de Reims à celui de Châlons, 19 mars 1593. Arch. mun. de Châlons, AA 8. Il s’en plaindra de nouveau le 15 mai suivant (1b.). 2 Le 18 avril.
qui, le jour même, étant à Reims, le duc de Lorraine, averti par le duc de Guise, avait délégué ses pouvoirs. Le 4, l’accord était fait, la trève acceptée pour un an !. Nevers s’en montre satisfait ; il trouve bon qu’elle soit accordée au due de Lorraine dans l'intérêt du labourage ; il estime que « le roi l’aura agréable » (12 mai)?. Le conseil de ville de Chälons l’a déjà du reste approuvée (8 mai), et n'attend plus que l’approbation de celui de Reims.
Mais les Rémois ont soulevé diverses difficultés qui menacent d’entraver la publication du traité ?. Les Chälonnais s’en plaignent et le due de Nevers le regrette : ne pouvait-on s’en tenir au premier traité d'Avenay #, que le roi avait ratifié ? Les Rémois proposent alors aux Châlonnais la publication provisoire des articles qui concernent le labourage (15 mai) ; les Châlonnais y consentent à charge de réciprocité, et, le 16, proclamation est faite, au nom du roi et du
1 Elle fut signée le 6 mai, du côté de Châlons, par MM. Beschefer, Godet, Champoulain et le duc; du côté de Reims, par MM. de Selle, François, Dorigny et Parent; par « lesdits de Châlons, sous le bon plaisir de « Henri 4°, qu'ils recongnoissent pour Roy, Monseigneur le duc de Niver- « nois et Rethelois, gouverneur et lieutenant général pour sa dite majesté « en ses païs de Champagne et Brie ; et par les ditz de Reims, soubs le « bon plaisir de Monseigneur le duc de Mayenne, qu'ilz recongnoissent « pour lieutenant général de l'Estat et couronne de France, Monseigneur « le duc de Guise pour gouverneur en la province de Champagne, Brie et « Rethelois, et Monsieur de Saint-Paul pour maréchal de France et lieute- « nant général audit gouvernement ».
2 Le duc devait même, par l’entremise du sieur de Bassompierre, en obtenir une particulière le 2 août 1593, dont le roi donnait avis à Dinteville le 8 suivant. Cette trève fut succ 4594, au premier jour de septembre etau dernier de novembre de la même
sivement prolongée au 15 mars
année, et finalement pour # mois de l’année 1595. (V. La Réforme et la Ligue, t. Le, lettres de Dinteville, p.368, de Thomassin, p. 375, et du roi, p. 382.)
3 Les difficultés étaient en partie relatives aux « arrérages des tailles « et surtout des années 89, 90 et 91 », dont Reims demandait qu'il ne fût fait poursuite, parce que ce serait ruiner les laboureurs ; et aux commerçcants, dont il demandait la libre circulation, non seulement dans les villes de leurs partis respectifs, mais entre les villes de parti à parti.
4 Ce premier traité, comme nous l’avons indiqué p. 387, note, ne conte-
nait que 6 articles ; le second en avait 18.