MAYENNE CONVOQUE A PARIS LES ÉTATS GÉNÉRAUX
s Thomassin contre les gens de guerre en faveur des laboureurs, vignerons et gens du plat pays !. Quant à la ratification du traité, les Rémois purent enfin annoncer, le 28 juillet, au conseil de ville de Châlons qu'ils l'avaient obtenue de leurs supérieurs Mayenne et le duc de Guise?.
Quelques jours auparavant, Troyes s'était décidée à accepter l'offre d’une trève qui mettait à l'abri des garnisons royalistes du voisinage les laboureurs et moissonneurs du bailliage et de l’évéché, comme elle assurait la sécurité du parti contractant contre les incursions des garnisons ligueuses. Elle fut signée, le 14 juillet, à Parrigny par le duc de Nevers; le 17, à Troyes, par Claude de Lorraine ?.
Mais ces différentes trèves régionales de labour, de vendange ou de commerce, tout en entravant le fléau de la guerre civile, ne donnaient pas à la Champagne toute la tranquillité dont elle avait tant besoin. Aussi bien chacun sentait-il qu’elles n'étaient que des palliatifs, et que la situation réclamait un remède plus énergique et plus efficace, qui, en attaquant le mal dans sa racine, rendit à la société la paix et la vie.
Ce remède, que la ligue fatiguée demandait au Ciel, que les bons Rémoïis espéraient obtenir de la miséricorde divine, c'était
1 Bibl. nat., Î. fr., 4719, {° 154, copie (Hérelle, Documents, t. IL, p.508, note).
2? Sur tout ce qui intéresse ce traité, voir les Documents, Hérelle, t. Let IT, et Henri, La Réforme et la Ligue en Champagne et à Reims.
3 Les garnisons royales comprises au traité étaient celles de Tonnerre, Ervy, Chaource, Saint-Phalles, Mussy, Rosnay, Plancy, Pont-sur-Seine, Nogent, Braye et Montereau. Les garnisons ligueuses, celles de Troyes, Bar-sur-Seine, Méry, Saint-Florentin, Chablis, Dannemoine, Venizy, Villemaur, Villeneuve-larchevêque, Soigny, et des châteaux de Chamois, Coulaverdey, le Tronchet et autres (Hérelle, La Réforme et la Ligue, Documents, t. IE, p. 517 et 518).
4 « Nous debvons espérer », disaient-ils aux Chälonnais dans leur lettre du 2 septembre (V. plus haut), « que Dieu nous regardera quelques jours « de son œil de miséricorde, qu’il nous envoierra ung bon roy catholique « soulz lequel nous serons tous maintenus en la liberté de la religion de « nos pères el vivrons en la mesme amitié que nous avons faict par cy- « devant ».
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un roi catholique, librement élu par la nation. Il devenait done urgent de convoquer les états généraux. Clément VII — car Grégoire XIV n’avait fait que passer sur le trône pontifical, et Reims célébrait, le 26 janvier 1592, le jubilé d'élection de son successeur Innocent IX !, que le nouveau pape n’était déjà plus, — Clément VIT, élu le 30 janvier, dès le 15 avril avait délégué le cardinal Séga pour concourir à l'élection d’un roi, et Mayenne, qu’il engageait à soumettre aux états la question de la transmission de la couronne, était d'autant plus porté à les réunir qu'ils devaient l’aider à sortir des embarras que commençaient à lui susciter la bourgeoisie et le parlement de Paris?. Le duc choisit même la capitale pour le lieu de leur réunion, de préférence à Reims, où les Guise comptaient de nombreuses sympathies, et à Soissons, où l'Espagnol sous le prétexte de la protéger, pouvait dominer et diriger l’assemblée.
C'était là pour Henri un coup terrible, qu’il lui importait de détourner, et qu’il tenta de parer en envoyant, le 4 octobre, des ambassadeurs au pape, afin de l’assurer « qu'il neserait rien omis de « sa part pour le contenter ainsi que les catholiques qui affection- « naient son instruction ». Mais de telles protestations, d’ailleurs combattues par la politique espagnole, « étaient trop vagues » pour satisfaire le Saint-Siège. Vainement ensuite le parlement de Châlons s’élevant contre la bulle de Clément et les pouvoirs de son légat, déclara rebelles et criminels de lèse-majesté ceux qui assisteraient aux états (18 novembre), et condamna à être rasée la ville où ils se tiendraient ; le 22 décembre suivant, tout en énonçant « que les « états étaient convoqués uniquement pour procéder à la déclara- « tion et établissement d’un prince catholique français, suivant les « lois du royaume », le parlement de Paris cassait et faisait brüler l'arrêt de celui de Châlons, comme portant atteinte au respect dû à l'autorité pontificale.
Mayenne, il est vrai, ne devait pas se conformer entièrement aux intentions du Saint-Père, car, dans sa déclaration du 24 décembre :, chef d'œuvre de raison, de modération et de générosité, non-seule-
! Jean Pussot.
2 V. Poirson, Hist. de Henri IV, p. 141 et sq. 3 Enregistrée et publiée le 5 janvier 1593.
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