HENRI RÉSOLU D'ABJURER. DÉFIANCE DES CATHOLIQUES
il n’a pas de plus fidèles alliés que les hérétiques d'Allemagne et d'Angleterre, et la reine Elisabeth, qui estson « principal support», a, dans son dernier parlement, mis en avant contre les catholiques « des lois si rigoureuses et si barbares, qu’il n’en fut jamais vu de « semblables ». N’a-t-il pas imposé à Epernay et à plusieurs autres places catholiques des gouverneurs hérétiques ? « Comment done « nous y pouvons-nous fier » ? Pensez, nos seigneurs, que & vous « avez été choisis de toutes les provinces de ce très chrestien « royaume pour nous pourvoir d’un bon roy très chrestien, très « catholique et nullement suspect d’hérésie », et craignez que «ce « que l’ennemi en faict » ne soit pour vous détourner de la pensée qui vous a réunis !.
Les députés étaient hommes à comprendre ce langage, et si le besoin de la paix était vif, s’il se manifestait, surtout à Paris, d’une façon bruyante en dépit des prédicateurs de la ligue, ils ne devaient pas plus y sacrifier les destinées religieuses que l'avenir politique du royaume. C’est ce qu’ils montrèrent bien, d’une part, en faisant répondre, le 5 juin, aux Navarristes que, s’ils louaient Dieu de la conversion du roi de Navarre, ils n’avaient point à connaître de ce fait purement spirituel ; que le Saint-Père seul pouvait délier ce que ses prédécesseurs avaient lié, et que le traité à conclure avec les catholiques du parti du roi dépendait de la réconciliation de celui-ci avec le pape, dont il ne fallait pas préjuger la décision définitive d’après un premier refus ? ; — d'autre part, en repoussant avec une
1 Marlot, t. IV, Piéces justificatives, n° 99, p. 766-769. — M. H. Martin va trop loin, quand il dit que la ville de Reïms déclara qu’elle ne reconnaïîtraif jamais le roi de Navarre. Rien dans la lettre des Rémois ne justifie cette assertion. Mais il faut ajouter que cette lettre fut écrite en conséquence d’une conclusion prise, le 24 mai, par le conseil, à la suite d’une délibération où il fut dit qu’il ne fallait entrer en accommodement avec le roi de Navarre : « 1° pour être ledit roi de Navarre hérétique dès la ma- « melle, relaps et excommunié... » (Arch. de Reims, p. 926 et 927).
2? L’archevêque de Lyon, qui présenta cette réponse en la neuvième séance de la conférence de Suresnes, tenue à la Roquette, près Paris, insista, quand celle-ci fut reprise après le dîner, en disant « qu'il fallait « remettre au Saint-Père le jugement de la conversion ; que faire autre- « ment c'était introduire dans le royaume un schisme {rès dangereux ». (V. Recueil des anciennes lois franç., p. 69.)
juste fermeté les astucieuses propositions que l’ambassadeur espagnol leur présenta le 28 mai, le 13 etle 21 juin.
Une quatrième proposition !, que Feria se hâta d’opposer à la menace de l'élection d’un autre cardinal de Bourbon, neveu du premier, faillit bien séduire les états, comme, un instant, elle parut trouver auprès de Mayenne un accueil favorable; mais elle venait trop tard pour n'être pas victorieusement combattue par la crainte d’être victime de la perfidie espagnole 2.
D'un autre côté, vivement alarmé des dispositions de l’assemblée *, le roi de Navarre menacçait de resserrer le blocus de la capitale (12, 13, 14 juillet) ; bientôt après, comme il l’annonçait le 23 à sa maîtresse, il se décidait à faire le saut périlleuæ (25 juillet)’,
1 Celle de marier l’infante au duc de Guise. Cette proposition, si intéressante pour le due, le retenait à Paris, alors que sa présence était réclamée à Troyes ; aussi écrit-il, le 29 juin, aux maire et échevins de la ville pour leur exprimer son regret de « la longueur du temps qui se passe sans « qu'il ayt moyen de leur pouvoir tesmoigner au péril desa vie l'affection « qu'il a à leur repos particulier et à la conservation de la province. Mais, « ajoute-t-il, si vous considérez le subject qui me retient icy, je m’assure « que vous ne me blasmerez jamais d’un si long séjour, estant à la veille « de la résolution des affaires générales, ainsy que vous peuvent mander « vos depputez ». (Mss. Dupuy, v. 582, ap. René de Bouillé, Hist. des ducs de Guise, t. IV, p. 187).
? On pouvait craindre, en effet, que, le mariage devant être précédé de l'élection de l’infante, l'Espagne ne suscitât, après cette élection, des difficultés, pour substituer au duc de Guise son candidat préféré, le due d'Autriche.
5 Dès le 20 juin, il écrivait à ses alliés d'Allemagne et de Hollande: « L’assemblée de Paris a tellement avancé l'élection d’un nouveau roi, « qu’elle semble du tout inévitable sans un extrême remède, et la longueur « de la guerre et les ruines qui la suivent ordinairement ont formé tant « d'opinions dans l'esprit de ceux qui jusqu'ici ont persisié dans mon « obéissance que je ne puis attendre que de pernicieux effets. » (Lettres missives).
4 « Je commence ce matin à parler aux évêques... L’espérance que j'ai « de vous voir demain retient ma main de vous faire de plus longs dis- « cours... Ce sera dimanche que je ferai le saut périlleux. A l'heure que « je vous écris, j'ai cent importuns sur les épaules qui me feront haïr « Saint-Denis comme vous faites Mantes, » (Il y avait réuni, vers le 29