ENTRÉE DE HENRI A PARIS
nant ce que c'était que le bruit des acclamations enthousiastes qui accueillaient le roi, l'archevêque de Reims, qui était alors assez gravement malade en l'hôtel de Sens, fut tellement affecté de cette révolution qu'il en mourut quatre jours après (26 mars) !.
Le jour même de son entrée à Paris, Henri en avait averti les Châlonnais. Sa lettre leur parvint le 25, et le lendemain fut «chanté « Te Deum en l’église Saint-Etienne environ les 4 heures après « midy, et les 5 à 6 heures faict les feux de joye au devant de « l'ostel commun de ladite ville et place du Marché, et iceulx allu- « més par Messieurs les présidents de Blanemesnil et de Thou, « ayant leurs robes rouges, et Messieurs Thomassin et de Livry, « lieutenant de ville, et l'artillerie tirée. Et le lendemain dimanche, « faictes aussy processions publicques et généralles.… ».
Paris, de son côté, s'était empressé d'écrire aux villes de la ligue, pour les engager à suivre son exemple et à racheter leur liberté, en embrassant le service du roi, sans plus se « laisser asservir par des « garnisons, par des citadelles, par l'ambition d'autrui »°.
Cependant Henri n'avait pas plus tôt pris possession de la capitale du royaume, qu’en vue de restaurer la justice, et en attendant le rappel des parlements de Tours (14 avril) et de Châlons {15 mai), il avait maintenu le parlement de Paris dans ses attributions. Cette
« ville selon le respect et la révérence dus à sa dignité, sans lui donner « en la fonction d’icelle aulcun trouble ny empeschement ne pareiïllement « à l'entrée, demeure et séjour » etc. — Id. à Thomassin, afin que l’évéque puisse veiller à la garde de son troupeau et pourvoir « à le repurger « des abus et désordres que sa longue absence y a pu faire naître » ete. (Barbat, Hist. de Chélons, p. 365). Cosme Clausse, qui devait reprendre possession de son siège dans le mois de novembre, ne fut pas plus tôt rentré à Châlons qu’il donna « publiquement témoignage de laffection « qu'il avait au bien du service de Sa Majesté, faisant procession et prière « générale pour la santé du Roy et exhortant le peuple à lui rendre parfaite « obéissance » (Lettre du conseil de ville au roi, 14 novembre).
1 Un critique a prétendu que celte croyance était une niaiserie, parce qu’on n’a pas besoin d’un saisissement pour mourir, quand on a déjà 76 ans. Îl est certain qu’à cet âge il peut être permis de mourir de vieillesse; mais il est incontestable qu'un saisissement doit être d'autant plus fatal qu'aux années se joint la maladie.
2 Conctl. du conseil de ville.
cour, qui, depuis cinq ans, était constituée en corps politique, s'était en retour empressée de réparer les atteintes portées à la puissance royale, en mettant à néant, par son arrêt du 30 mars, tout ce qui s’était fait contre l'honneur de Henri III et contre l'autorité de Henri IV depuis le 29 décembre 1588, notamment les délibérations et les actes des états de 1593, et en déclarant criminel de lèse-majesté quiconque demeurerait désormais attaché à la ligue.
La nouvelle de cet arrêt, succédant à celle de la soumission de Paris, était bien faite pour jeter l'émotion dans la cité troyenne, dont le conseil accusait, le 7 janvier, auprès du duc de Guise le désordre des esprits, l’indiscipline des troupes, et qui venait (février) de renouveler solennellement, en présence de l’hostie, le serment de l’Union. Aussi, quand survint à Troyes un héraut d'armes porteur de lettres du roi adressées au clergé, à la justice et à l’échevinage (3 avril), le clergé, le premier, fut d’avis « de demeurer en son « obéissance, sous l’assurance qu’il donnait de conserver la ville en « la religion catholique, apostolique et romaine, et de maintenir « chacun en la libre et entière jouissance de tous ses bénéfices,
« moyens et facultés ». La justice exprima le même sentiment, et les conseillers de ville se rangèrent à l'avis de «Messieurs du clergé « et de la justice ». Cette résolution unanime, aussitôt portée par le maire à la connaissance du peuple, est accueillie par les cris de : Vive le Roi ! et l'assemblée tout entière se rend à la cathédrale, où l’on chante un 7e Deum (5), tandis que le prince de Joinville quitte Troyes et se retire à Dienville, où les troupes de son frère l’attendaient. Le lendemain, 6, accourait M. de Dinteville, suivi de l’amiral de Biron, tous deux empressés « de se conjouir avec les habitants « de l’allégresse et joie qu'ils avaient ressentie de la résolution « prise à l'unanimité », et sur l’ordre de l'amiral un nouveau 7e Deum était chanté, en même temps qu'on faisait feu de joie sur la place du Marché-au-Blé. Bientôt part, sous l’escorte de M. de Praslain, une députation chargée de porter au roi l'hommage de la soumission de la ville, et de lui présenter divers articles destinés à garantir l'exercice exclusif de la religion catholique, le rétablissement des anciens droits et privilèges de la cité, la confirmation des bénéfices conférés pendant les troubles, l’oubli du passé, lPaffranchissement de toute garnison, etc. Le roi agrée toutes ces