SOUMISSION DE TROYES A HENRI. AA
demandes !, et de vive voix, comme en ses lettres, se plait à prodiguer à « ses très chers et bien amés les maire, eschevins et habitants de Troyes », les témoignages d'affection et d'intérét”. Mais déjà le conseil de ville, jaloux d'effacer les traces d’un passé qu’il reniait, avait décidé que les feuilles des serments prétés sous la ligue serait lacérées (15 avril), et le jour même on retirait du trésor des chartes lesdites feuilles, « ensemble les papiers de ce qui avait été « fait pendant et à cause des troubles, et le tout fut lacéré, rompu « et brûlé en présence du corps de ville, des capitaines des compa- « gnies et de la foule *». Enfin, le 27 avril, le roi annonçait la nomination de René Benoist, curé de Saint-Eustache, au siège épiscopal de Troyes, en remplacement de M. de Beauffremont, décédé le 24 septembre 1593, à Scey-sur-Saône, sa résidence habituelle #, et le nouveau prélat, arrivé à Troyes au commencement de mai, en compagnie des députés revenant de voir le roi, montait en chaire, le 3, au grand contentement des habitants.
Bar-sur-Aube n'avait pas tardé à suivre dans sa soumission la capitale de la Champagne (8 avril), et avec Bar, Chablis et Joigny. La ville de Sens fit lasienne le 16 avril. Elle avait failli être surprise, le 31 mars, par les troupes du roi : Biron avait fait attacher le pétard à l’une des portes et disposer les échelles pour l'escalade ; mais, découvert, il avait dû renoncer à son entreprise.
Chaumont se rendit ensuite. On n’y avait pas plutôt appris la reddition de Paris qu'on s'était mis en peine de connaître les intentions de Bar-sur-Aube et de Troyes, et sur les réponses de ces villes, on avait, le 45 avril, chargé l’un des membres du conseil d'aller trouver Nevers, avec des oreilles seulement et sans langue. I en avait rapporté des lettres pleines de bienveillance, et, sans plus tarder, on s’était occupé de la rédaction des articles qu’on devait présenter
1 V. les articles de la réduct. de Troyes (avril 1594), aux Archives départementales de la Marne, C. 2489, t° 218.
2? Plusieurs furent particulièrement récompensés de leur dévouement à la cause royale: « À plusieurs particuliers pour Troyes, 35,000 escus » (Etat de Groulart dans l'Histoire de Henri IV par Poirson, t. I, p. 525).
3 Cette destruction des papiers intéressant la ligue est fort à remarquer. Elle explique, en partie, les lacunes plus ou moins considérables que présentent pour cette période la plupart de nos archives.
4 Boutiot, t. IV., p. 231 à 24.
au roi comme base de la réconciliation. Le 4 maï, les cinq députés chargés de porter à Henri IV les propositions de paix au nom des trois ordres du bailliage de Chaumont, de le reconnaitre pour roi et de lui prêter serment de fidélité et d’obéissance, quittaient cette ville. De retour, le 29, ils rendirent compte de leur mission dans une assemblée générale, où ils remirent l’édit de réduction qui avait été signé et scellé à Saint-Germain-en-Laye : des acclamations unanimes de Vive Le rot ! répondirent à leur communication, et il veut procession solennelle dans toutes les rues de la ville .
Le même mouvement de défection qui signalait la Champagne, se propageait en Picardie. C’en était fait du parti des Guise, si ces deux provinces, les plus voisines des Pays-Bas, d’où ils tiraient leur principal secours, venaient à leur manquer. Aussi s’efforcèrent-ils par leur présence et leurs armes de conjurer la ruine de-l’Union ; mais ce fut en vain. Laon était devenue, depuis la réduction de Paris, la capitale de la ligue. Henri vint l’assiéger le 25 mai, et comme Mayenne et ses Espagnols ne purent la dégager, elle dut capituler le 93 juillet et ouvrir aux troupes du roi ses portes le 2 août. Le lendemain 3, le roi y faisait son entrée à la tête d'un brillant étatmajor, et était reçu au parvis de la grande église Notre-Dame par l’évêque, M. du Glas, « accompagné des ecclésiastiques (non avec « les armes comme ils les portaient durant le siège), mais avec « leurs habitz sacerdotaux »°.
C'est dans cet intervalle que Henri, campé sous les murs de la place, reçut la soumission de Château-Thierry des mains du baron du Pesché, qui en était gouverneur. Du Pesché avait habilement profité des circonstances pour engager les habitants à prévenir par une prompte et volontaire obéissance le danger dont les menaçait la prise de Laon, et le roi, peu satisfait de leur pardonner, leur avait fait expédier sur le champ (4juillet) des lettres qui leur remettaient les arrérages des tailles dues depuis le commencement de l’année 1589, maintenaient chacun dans la jouissance de ses offices et bénéfices, et rétablissaient la ville dans la possession du bailliage, du
1 V.les articles de la réduction aux Arch. départementales de la Marne, C. 2489, 1° 244.
2 Mémoires sur la Ligue dans le Laonnoïis par Antoine Richart (1589- 1594), publiés par la société académique de Laon, p. 477: