‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 212 sur 327 · REIMS SEULE RÉSISTE. SAINT-POL S'EN REND MAITRE · texte numérisé non relu

REIMS SEULE RÉSISTE. SAINT-POL S'EN REND MAITRE

lui plaira, s’il veut s'engager à arrêter cent à cent-vingt royalistes dont on lui remettait les noms, et à confisquer tous leurs biens pour rS continuer la guerre. Saint-Pol souscrit sans peine à cette condition, : et conformément au plan arrêté, ilse rend le 20 au conseil présidé par Pillois. Là il produit un homme « confict en débauches », qu'on avait € instruit du rôle qu’il aurait à jouer », et qui déclare avoir eu connaissance d’un complot ourdi par quatre habitants pour livrer la ville au roi de Navarre et piller les biens de ses adversaires. Une telle révélation, dit le maréchal, ne pouvait le laisser indifférent et il lui paraissait urgent de pourvoir au salut de la ville, en y admet- à: tant cinq ou six cents hommes de pied, pour supporter pendant

lhiver la fatigue de la garde. Si, dans quatre mois, le conseil juge ra que la garnison ne soit plus nécessaire, il pourra la renvoyer. Quant #1 à l'argent, ajouta-t-il, « si vous n’en avez, j'en presteray, et je vous he « feray trouver deniers, tirés de quelque costé ». Après en avoir | délibéré hors de la présence de Saint-Pol, qui avait eu la discrétion

de se retirer aussitôtaprès sa proposition, le conseil décide qu’on

entretiendra 300 hommes de pied payés par les habitants et com-

mandés par MM. du conseil. Sans perdre de temps, « la nuit de à) « Saint-Thomas », le maréchal réunit au mont d’Aresne tous les AMIE gens de guerre du voisinage, et le matin, vers les six heures, il en ie introduit par la porte Mars 5 à 600 dans le plus grand silence et le

« plus grand ordre, les gens d'armes à pied, le pistolet d’une main, le Î « coutelas nu dans l’autre et le coq abattu ; lesarquebusiers et mous- hi « quetaires, la mèche allumée au serpentin, bref tout en état eomme 1 « pour aller à unassaut » !. Cette conduite provoque des murmures ;

on s’effraie de voir le château Porte-Mars occupé par les troupes de HE j Saint-Pol ; on craint toujours qu'il ne veuille « dresser une cita- ï Pal « delle ». Saint-Pol n'hésite pas à se justifier : s’il a mis des gens Di de guerre au château, c’est pour contenir, pendant ses absences, les 4e mal intentionnés qui pourraient être tentés de « faire quelque sédi- di | « tion ou surprise » (10 janvier 1584). Il proteste de son dévoue- f À ment à la cité, et, le 29 suivant, un pacte solennel de mutuelle 1 ft confiance lie les deux partis ?. jai Cependant les complices du maréchal le pressaient d'exécuter sa à 1 Arch. lègisl. de Reims, Statuts, t. Ir, p. 914 et 998. aie k 2 V. ibid., p. 930, les termes de ce pacte. ne AIT }}

promesse : « J'y penserai, dit-il d’abord; car je ne voudrais m'ex- « poser à confondre dans une proseription commune l'innocent « avec le coupable ». Et comme Frizon, impatient, le sommait de s'acquitter de sa parole avec autant de bonne foi qu'on avait tenu celle qu’on lui avait donnée : « J'ai une âme que je ne veux pas « damner, répondit-il nettement; je me suis informé des gens con- « tenus au mémoire, et j'ai reconnu qu'ils étaient tous bons catho- « liques ; partant je donnerai bon ordre partout ». Outréde se voir ainsi joué, le parti ne garde plus de ménagement et livre Saint-Pol aux traits envenimés de ses prédicateurs: ce n’était plus ce défenseur zélé de la foi catholique qu’on s’était plu jusqu'alors à préconiser comme l’appui le plus ferme et le plus sûr de la religion ; c'était un politique, un royaliste, un traître, dont il fallait se défier.

Saint-Pol, présent, eût pu dédaigner ces attaques ; mais des affaires l’appelaient hors de Reims. Dans ces circonstances « il pratiqua un « stratagème d’un grand homme d'Etat, qui fut tel» : il manda vingt des principaux royalistes qui lui avaient été désignés, et leur dit « qu’on lui avait donné avis qu’ils conspiraient contre la ligue « et pratiquaient pour établir le roi de Navarre ». Ceux-ci se défendent avec chaleur et prennent le ciel à témoin de leur innocence. Saint-Pol, qui ne les soupçonnait même pas, semble alors se laisser toucher par leurs protestations : « Me promettez-vous, leur ditl, « de ne rien entreprendre contre moi, et si vous apprenez quelque « chose qui me soit contraire, de m’en avertir » ? Tous le jurent à l'instant, et le maréchal les assure, de son côté, de sa protection, tant qu'ils lui resteront fidèles.

L'occasion se présenta bientôt pour eux de lui tenir parole. Saint- Pol parti, la garnison du château était sortie le 7 février 1594, pour faire montre, lorsque, vers le soir, au moment où elle se disposait à rentrer, & deux ou trois mal advisés parmi les spectateurs s’écrient « inopinément : Empeschons leur retour au chasteau ». Quelques coups de mousquet eurent bientôt dissipé les imprudents agresseurs ; mais sept ou huit d’entre eux étaient restés, morts ou blessés, sur la place. A cette nouvelle le peuple accourt en armes ; on élève partout des barricades, on menace le château et l’on prend des mesures pour empêcher la rentrée de Saint-Pol. La garnison espagnole, justement inquiète des suites du tumulte, se décide alors à informer Saint-Pol qui était à Soissons, et descend un soldat du haut des murs

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