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LE DUC DE GUISE TRAVAILLE A LE SUPPLANTER

dans le fossé du côté de la campagne, en même temps que le conseil de ville décidait qu'on enverrait « vers le due de Guise et le maré- « chal leur remontrer le tout; qu'on prierait madame de Saint- « Pierre d'écrire, et qu’on ne recevrait Saint-Pol dans la ville qu’avec sa suite ordinaire !». Vingt-quatre heures après, le maréchal était près de Reims, et bientôt, prenant le même chemin que le soldat, il était hissé « par cordes et engins, avec grand péril ».

Maitre du château, Saint-Pol l'était de la ville. Il fait abattre les barricades, s'empare des portes, se saisit des clefs, et réduit Reims sous son autorité. Il pouvait maintenant « négocier son traité avec « le roi, comme plusieurs gouverneurs avaient déjà fait ». Mais « pour le même os survint un second chien » ; car le duc de Guise comptait aussi sur Reims pour faire ses conditions meilleures. Sa grand'mère ne cessait de dire au roi : « Nous avons Reims, Saint- « Dizier et Joinville », et Henri IV derépondre à madame deNemours! « Votre petit-fils est important par sa personne; mais, pour Reims, « je l’aurai quand je voudrai ». Ces paroles alarmèrent tous les princes lorrains, et particulièrement le duc de Guise, et la famille se mit en campagne pour tâcher de conserver à ce prince « cette pièce « unique de son accord avec le roi ».

Mayenne était arrivé à Reims le vendredi saint (8 avril) avec sa femme et plusieurs autres dames, pour aller conférer à Bar-le-Duc avec les chefs de la ligue. Le lendemain même (9), tandis que les princesses surveillaient la ville, il entraînait Saint-Pol avec lui, lequel partit bien à contre-cœur, et non sans avoir fait à sescapitaines et au lieutenant la recommandation de ne laisser entrer, « à heure « indue, quelque personnage que ce fût, s'ils n’entendaient sa propre « voix ». À Bar, les inquiétudes qu’il commençait à concevoir redoublèrent ; car, voyant qu’on ne l’appelait pas à certaines conférences, il comprit qu'on « tramait quelque chose contre lui ». Il résolut donc de rentrer au plus tôt, et le 47 avril, dimanche de la Quasimodo, sous le prétexte d’un avis de quelque soulèvement, il alla prendre congé des princes. Mais ceux-ci ne voulurent le laisser aller seul, et, montant à cheval, l’accompagnèrent, le duc de Guise en tête, Mayenne à l’arrière-garde et Saint-Pol entre les deux. Arrivé, vers le milieu de la nuit, avec une demi-heure d’avance, à la

1 Arch. lègisl. de la ville, Statuts, 1% vol., p. 930, 7 février.

porte Dieu-Lumière, le due de Guise, qui avait sans doute pensé se la faire ouvrir facilement et la fermer derrière lui, la trouva inexorablement elose jusqu’à l’arrivée du maréchal. [ls entrèrent du moins tous trois ensemble.

Une fois dans Reims, le due de Guise travailla à s’y faire un parti, tandis que sa mère et sa grand’mère, se rendant à Paris pour négocier avec Henri (21 avril), allaient, le samedi 23, baiser les mains à Madame, sœur du roi!. Toutefois, comme les affaires des princes Lorrains n’avançaient point au gré de leur impatience, ils résolurent d’aller à Soissons, et, le 24, annoncèrent leur départ pour le lendemain. Saint-Pol, charmé d’être délivré de ses hôtes, les invite à déjeuner, et, le matin même du départ, va les prendre à l’abbaye de Saint-Pierre où ils étaient logés. Comme Mayenne s’attardait au parloir, « parlant en particulier à sa tante », Guise sortit avec Saint-Pol, en disant : «Nous irons à pied jusqu’au cloitre », et, chemin faisant, après avoir fait habilement écarter les Suisses du maréchal, il lui mettait familièrement la main sur l'épaule droite « en signe de « réconciliation etde grande amitié ». Puis, s’arrêtant au bout de la rue Saint-Etienne : « Escoutez, Saint-Pol, lui dit-il, nous sommes sur notre partement ; j'ai une requeste à vous faire de la part des habitants de Reims, qui vous supplient par moy ne leur vouloir : donner garnison. et leur rendre le chasteau libre, d’aultant que : leur ay accordé et que, en ma faveur, leur accorderez ». — « En votre absence, répondit le maréchal, j'ai cru être obligé de pourvoir à la sûreté de la ville ». — « Mais, réplique le due, vous deviez du moins m’en donner avis, si vous me tenez pour gouverneur de Champagne, et je crois que vous me réputez tel? — Tel que vous voudrez ; rien à mon préjudice et de ma fortune ; « les gouverneurs de province n’ont nul droit sur les maréchaux de « France, tel que je suis, et je n’en feray aultre chose ». Sur quoi Saint-Pol, «comme auleuns certifient », mettait la main à son épée; mais le due, prompt comme l'éclair, tire la sienne et la lui plonge dans le ventre : « À moi ! mon Dieu », s’écrie le maréchal, etil tombe expirant à la porte du cloître (25 avril).

Une heure après, sous la conduite du due de Guise, les bourgeois investissaient le château, et la garnison capitulait sans résistance,

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1 Henri, p. 323, et l’Estoile, p. 232.

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