LE DUC NÉGOCIE SA RÉCONCILIATION AVEC HENRI. 423 F
Cependantrien ne se concluait: le paysan se plaignait de loppression de ceux qui « le devaient supporter » ; le bourgeois gémissait 14 du poids des tailles dont il était écrasé ; tous maudissaient l’indiscipline des soldats et la conduite étrange du duc de Guise, « parlant « un jour de paix et le lendemain de guerre, ne songeant qu'à se « donner du bon temps ! ». Le mécontentement était général, et la poésiesatyrique venait encore l’aiguiser, en stigmatisant l’opiniätreté des principaux ligueurs ?. A la fin, le conseil se ressouvint du sage À avis du duc de Nevers, et, bien résolu à redevenir son maitre, il i députa au roi, « pour faire la soumission de Reims », six notables qui partirent le dimanche 6 novembre *. Mais ils n’avaient pu prendre ce parti et cette disposition que le duc de Guise n’en eût (5 « senti le vent». « Craignant, s’il temporisait davantage, « que # « non-seulement ceux de cette ville lui échappassent, mais aussi 44 « qu’il ne leur eschappât pas, il avait mandé par courrier exprès à À 5 « sa mère et à ses députés pour les conjurer que, se départant des à « points où il se rencontrait le plus de difficultés, ils eussent à < « conclure promptement et à se contenter [pour lui] du gouverne- 14 « ment de Provence 4». Sur cette communication, tous les articles L ! du traité avaient été aussitôt accordés par la partie intéressée, et PCR Sully, après les avoir signés au nom du roi, en vertu des pouvoirs re qu'il avait reçus, les avait fait signer par Madame de Guise et les trois A mandataires du duc (9 novembre), quand, le lendemain 10°, se LUE présentent devant lui les députés de Reims : « Le roi, lui disent-ils, : « n’a pas besoin de se constituer en grands frais et despenses, ni ; til
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1 Pierre Coquault, t. IV, 1594. JE # La chanson de François Augier, en trois cents sixains de cinq pieds au vers, présentait une sorte de défilé grotesque de ces ligueurs obstinés. Ga (V. Henri, p. 349 et sq.) 4 3 Jean Pussot. — Palma Cayet dit positivement que « l’édict faict sur la ah L « réunion du duc de Guyse... fut accordé au mois de novembre ». L’his- (4 toire de la Ligue à Reims présente, à cet égard, un peu de confusion et même de l’inexactitude. | 4 Substitué à celui de Champagne. V. dans l'Histoire des ducs de Guise, t. IV, p. 308 et 309, les avantages que, dès le 22 octobre, le roi accordait ; | ï
au duc de Guise et à ses frères.
| 5 10 novembre et non décembre, comme le dit M. Henri Martin. (Voir 1e NÉE Coquault.) ITR | H !
« d’accorder de difficiles conditions à M. de Guyse, sous couleur « qu'il les ramènera à son service, d'autant qu’ils se remettront bien « d'eux-mêmes à ce devoir sans son intervention ». Toutes leurs dispositions sont prises pour se saisir de la personne du ducet le livrer entre les mains du roi. Ils ne requièrent, à cet effet, qu’ «un « escrit ou adveu » de Sa Majesté, voire seulement un signe de la main de son ministre, et pour ce service, loin de demander argent au roi, ils lui feront donner dix mille bons écus par la ville !. Justement surpris de la proposition, Sully les loue « de l'affection qu'ils « témoignent à leur roi et à leur patrie », et court chez Henri, qu'il trouve en son petit cabinet et à qui il conte en secret l'affaire. Sur ce, Henri fait trois ou quatre tours, et après s’être gratté la tête deux ou trois fois, en s’écriant, le sourire sur les lèvres: « L'on dit bien « vrai qu'il n’y a rien si volage ni si mobile qu’une multitude de € peuple », il prend à part Sully : « Hé bien, lui dit-il, où en som- « mes-nous du traité de Monsieur de Guise ? — Tout est d'accord et « les articles ont été signés dès hier. — Quoi donc ! vous avez signé « en mon nom en vertu de votre pouvoir ? — Oui, Sire, je les ai « signés, suivant le commandement exprès et absolu que vous « m'en aviez fait par trois fois, et n’ai pensé en cela vous des- « servir ni vous déplaire. — Aussi n’avez-vous fait, car je suis « assuré de votre bonne intention. Puis done que vous avez engagé « ma parole au traité, je le veux observer inviolablement. Néan- « moins, faites venir ceux de Reims : je veux les remercier, les « gratifier de ce qu’ils me demanderont, en ce qui se pourra faire « honnestement, et témoigner combien j'estime leur zèle à mon « service ? ».
L'édit vérifié au parlement le 29 novembre, et enregistré à la chambre des Comptes le 3 décembre, à la cour des Aides le 5, les
1 Sully, Œconomies royales, ibid., p. 178.
? Entre le traité du duc de Guise et la vérification du Parlement se place le traité de Saint-Germain (16 novembre), que fit le roi avec le duc de Lorraine (Palma Cayet, p. 608), et par lequel, entr’autres dispositions, le duc restituait les places françaises, Jametz, Villefranche, et conservait Marsal, Dun et Stenay ; le marquis du Pont, ou, en cas de décès, son frère, le comte de Vaudémont, était mis en possession du gouvernement général de Toul, Verdun, Coïffy, Montigny, Monteclair.