‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 219 sur 327 · HENRI REÇOIT L'ABSOLUTION DU PAPE. 427 15 À · texte numérisé non relu

HENRI REÇOIT L'ABSOLUTION DU PAPE. 427 15 À

l'évacuation du château, le conseil de ville en avait demandé au roi la destruction, et, sur l’ordre qu'il en avait reçu, le prince avait, le A 8 juin 1595, appelé à l’œuvre « tous ouvriers en (sous) peine de pri- « son ». Ce jour-là même « et aultres jours suyvans », on ne cessa de démolir ; la grande tour regardant les fossés et le jardinet fut sapée, le pied étançonné et le feu mis aux « estanssons » : « pour- « quoy le salmedy, dixième jour de juin, à deux heures après midy, « tomba en partie auxdits fossés ; et sy fut après démoly le reste et « tout ledit chasteau ! ».

Le lendemain, dimanche ausoir, Guise et Joinville partaient pour le service du roi. La Ligue avait vécu en Champagne ?, et le moment était proche où, après avoir atteint le but qu’elle s'était providentiellement proposé, et, n'ayant plus de raison d’être, elle É allait disparaître du reste de la France. À:

Mais en quel état les événements avaient-ils mis la Champagne ? 1 C’est ce qu'on peut voir par la supplique que les trésoriers de la ; province adressaient, le 10 avril, au conseil d'Etat : « Nous com- aie: « mençons à ressentir les effets de la ruyne que le séjour des armées fa « et gens de guerre a apportéeet apporte tous les jours à cette misé- +4 « rable province réduicte à une telle pauvreté qu'il n’est pas pos- à a « sible de plus, n’estant encore venu ung seul denier ès receptes Les « généralles, combien que nous sommes tantost à la fin du 4e mois, Î « avec fort peu d'espérance de mieulx à l’advenir, du moins tant « que lesdites trouppes continueront comme elle font le sac et « ravage de la Champaigne, où ilne se trouve plus que des masures « et restes de feuz au lieu de bourgs et villages sur quoy on puisse « asseoir exécutoire pour les tailles, sy ce n’est que par hazard il ne « se rencontre quelque misérable paysant que l’on faict pourir et « mourir aux prisons... » 3.

! Pussot. On peut en croire notre chroniqueur, témoin oculaire et charpentier fort expérimenté, plutôt que la légende qui veut que le château ait été démoli en un seul jour.

2 Il en avait bien coûté à Henri plus de 800,000 écus pour hâter sa fin. Le duc de Guise et sa mère en avaient seuls reçu 629,500.

3 Arch. dèp., C. 2593, 1 26. — C£., ibid., £ 155, une autre supplique du 19 novembre, où les trésoriers se plaignent au roi que le peuple soit dou-

blement affligé et couru par la garnison de Soissons, qui prétend avoir recu de S. M. la permission « de lever les tailles par toute ceste généralité

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Ce fut surtout le Bassigny qui, en 1594, eut à souffrir de l’attachement que beaucoup de petites places gardaïient à la ligue. Pour elle le vicomte de Tavannes s'était emparé de Noyers, la veille de Pâques (30 mars) ; mais la ville ne tarda pas à se révolter, et ce fut en vain que les ligueurs tentèrent de la reprendre. Vers le mois d'août, le même seigneur de son fort de Monsaugeon répandait autour de lui la terreur et la dévastation, pillant, incendiant les villages et livrant les femmes à la brutalité de ses soldats. Aussi ne fallait-il pas être surpris que le paysan se barricadât: ce n'était point, comme on l’en accusait à tort, pour «exterminer la noblesse», mais seulement pour se défendre !. Vainement, le 3 janvier 1595, le roi, préoccupé de cette situation, enverra-t-il contre Monsaugeon les capitaines d'Haussonville et Tremblecourt ; la place ne se rendra qu’en décembre, moyennant 12,000 écus.

À Châtillon-sur-Seine, c’est le baron de Ténissey qui se signale par ses violences. La misère des campagnes était si affreuse en ces parages que des villages entiers se dépeuplaient et que leurs habitants émigraient en Auvergne ou en Normandie. Le roi, touché de pitié, consentit à accorder à Ténissey une trève de 4 ans (8 avril 1595), pour laquelle ce capitaine eut soin de tirer des habitants la somme de 20,000 écus. Du moins, dit le greffier de Bar-sur-Seine, les braves gens seront, pendant quatre années, à l'abri de tous sièges et de toutes surprises 2.

Cependant le pape, à qui l’état du royaume faisait redouter un schisme, et qui n’avait jamais entendu repousser les instances d'Henri IV, avait encouragé chez ce prince, après l'échec du due de Nevers, la pensée de lui envoyer d’autres députés ; c’est pourquoi le roi s'était décidé à dépêcher à Rome un savant théologien, du Perron, évêque nommé d'Evreux, qui, arrivé le 12 juillet 1595, joïgnit ses efforts à ceux de l’habile cardinal d'Ossat, pour triompher des scrupules de la conscience délicate et pure de Clément VII. Trois motifs avaient jusque-là suspendu le bras du Saint-Père, prêt à

jusques « aux portes de Troyes, Reims, Châlons, Epernay, Vitry et « Vertus, combien qu’ilz ne les ayent oncques levées, et que la dictte « ville de Soissons ne soit de ceste province, aïns de l’Isle-de-France ».

1 Cest ce que les Langrois écrivaient, le 3 août, aux Dijonnais,

? Carorguy, p. 215, et Documents, t, IL, p. 585 et 586.

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