SOUMISSION DE MAYENNE
absoudre : le doute sur la sincérité de la conversion du roi, lanécessité de tenir compte de l'opposition des catholiques, et la crainte d’irriter le roi d'Espagne. Mais, sur le premier point, une épreuve de plus d’une année pouvait paraître suffisante pour rassurer le pontife ; le second perdait chaque jour de son importance avec le nombre croissant des villes qui se ralliaient à la cause royale, et la journée de Fontaine-Française (5 juin) ‘, dont Mayenne partagea le désastre, avait assez diminué le prestige des armes espagnoles pour donner à l'Eglise, redevenue libre, l’espérance de pouvoir compter de nouveau sur l'appui de sa fille aînée. Encore fallut-il que le confesseur du pape, le pieux et savant Baronius, inspiré par le plus saint personnage de Rome, par saint Philippe de Néri, fit au pape une obligation expresse d'accorder au roi l’absolution. Le jour où Clément VIII la prononça (17 septembre) fut pour la capitale de la chrétienté un jour solennel, comme il fut un grand et beau jour pour la France, qui avait le droit et le devoir de saluer dans le roi de Navarre un de ses rois, et qui était heureuse de renouer la chaîne si tristement interrompue de ses monarques catholiques. Henri [V ne manqua pas de faire part de l’heureuse nouvelle à ses bonnes villes, et le 17 septembre même, il écrivait de Lyon aux Châlonnais : «Jay, « ce jourd’huy, reçeu lettres des sieurs évêques d’Evreux et d’Ossat, « de l’absolution qu'il a plu à notre Sainct-Père le Pappe de m'’ac- « corder en plein consistoire. . . ? ».
Une semaine ne s'était pas écoulée que Mayenne, dont le roi, après la défaite des Espagnols, avait généreusement autorisé le retour à Châlons, et qui, dès le commencementde septembre, avait entamé
! Le roi, se rendant en Bourgogne, traversa Troyes le mardi 30 mai, et y fut reçu triomphalement au bruit de trente canons. (V. p. 218, 29, Carorguy, qui assista à son entrée). — Le souvenir de son passage a été consacré par quatre verrières de Linard-Gonthier, qui, après avoir décoré la salle principale de l'hôtel des arquebusiers, ornent aujourd’hui la grande salle de la bibliothèque (Boutiot, tome IV, p. 284 et 285, note).
? Lettres missives, 17 septembre. Le consistoire avait eu lieu le 2 août. Il y eut à examiner ensuite les conditions à imposer au roi, comme le rélablissement de la religion catholique dans le Béarn, l'éducation catholique du jeune prince de Condé, héritier présomptif du trône, l'admission du concile de Trente, etc.
avec Henri des négociations, signait avec ce prince (23 septembre) un traité préliminaire, qui devait aboutir à l’édit de Folembray (31 janvier 1596). Le roi y reconnaissait Mayenne comme « chef de son « parti», louait son attachement à la religion, la sincérité de sa conduite et son zèle à ne pas souffrir le démembrement du royaume; il mettait à néant les arrêts rendus contre lui et ses partisans ; il ratifiait tous les actes d'autorité qu'ils avaient exercés. De plus, il concédait au duc, avec le gouvernement de l'Ile-de-France, trois places de sûreté pendant six années, à savoir : Châlons, Seurre et Soissons ; il le mettait à l’abri de toute poursuite de ses créanciers, et se chargeait d’acquitter toutes les dettes qu’il avait contractées, non-seulement pour la solde des Suisses, mais encore pour celle de toutes les troupes étrangères qu'il avait eues à son service pendant la guerre, comme si elles eussent été au service de l'Etat 1. Ce langage et cette conduite étaient d’un prince habile autant que généreux. Mayenne, qui avait une âme à les comprendre, s’en montra digne, et le roi, qui n’eut pas de serviteur plus fidèle, put, quelques années après (1599), dire avec raison au Parlement : « Le dernier « motque vous aurez de moi est que vous suiviez l'exemple d’obéis- « sance de M. de Mayenne. On l’a voulu susciter de faire des menées « contre ma volonté. Il a répondu qu’il m'était trop obligé, et tous « mes sujets aussi, entre lesquels il serait toujours de ceux qui « exposeront leurs vies pour me complaire, parce que j'ai rétabli la
un
« France malgré ceux qui l’ont voulu ruiner? ». Aussi bien n'est-il
rien de touchant comme l’entrevue qu’eurent les deux princes à Montceaux, quelques mois après leur réconciliation. Henri avait embrassé avec effusion Mayenne, et le due, un genou en terre, se confondait en protestations de dévouement.et de reconnaissance pour la bonté du roi, quand celui-ci, le prenant par la main, se mit
1 V. le Recueil des anciennes lois françaises, t. XV, p. 104 et sq.
? Mathieu, Hist, de France, sous l’année 1599, 1.9, narr. 4, f° 102-104. Paris, 1605, in-4°. La conduite de Mayenne fut, du reste, tant qu’il vécut, celle de sa famille, si l’on en excepte un moment le duc de Mercœur, qui s’opiniâtra deux ans encore en Bretagne et ne se soumit qu’en mars 1598. 11 y a donc lieu de regretter la passion avec laquelle M. Poirson juge ce prince. S'il aima trop le pouvoir, comme le lui reproche Villeroy, ce défaut ne tint point chez lui contre l’amour de la patrie, et la Providence sut le faire tourner au salut de la religion.
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