‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 221 sur 327 · CREATION DE LA GÉNÉRALITÉ DE SOISSONS · texte numérisé non relu

CREATION DE LA GÉNÉRALITÉ DE SOISSONS

à le promener à grands pas dans son pare, lui montrant ses allées et lui contant tous ses desseins. Mayenne n’était pas fluet, et de plus #7 il était incommodé d’une sciatique ; il suivait Henri du mieux qu’il pouvait, mais d’assez loin, trainant la jambe et soufflant « à la grosse FLE « haleine ». Ce que voyant le roi et se tournant vers Sully, qu'il L tenait par l’autre main, il lui dit à l'oreille : «Si je promène encore Me « longtemps ce grand corps, me voilà vengé sans peine de tous les

« maux qu'il nous a faits, car c’est un homme mort ». Et là-dessus à s'étant arrêté : « Dites-le vrai, mon cousin, lui dit-il, je vais un peu « vite pour vous, et vous ai par trop fatigué ». « Par ma foi, Sire, im « répondit Mayenne, en frappant de sa main sur son ventre, il est : (eu « vrai, je n’en puis plus ; et si vous eussiez continué à me promener 4 « aussi vite, car l'honneur et la civilité ne me permettaient pas de « vous dire c’est trop, et encore moins de vous quitter, je crois que qe & vous m'eussiez tué sans y penser ». Lors le roi l’'embrassa, lui k frappa de la main sur l’épaule, et lui dit avec une face riante, un

visage ouvert, et lui tendant la main : « Allez, touchez-là, mon cou- É « sin, car, pardieu, voilà tout le mal etle déplaisir que vous recevrez « jamais de moi, et de cela vous en donné-je ma foi et parole de bon EST « cœur. — Pardieu, Sire, répondit Mayenne en lui baisant la main « et faisant tout ce qu’il pouvait pour mettre un genou en terre, je

« le crois, et vous m'avez dit cela d’un si franc courage et avec une

« si bonne grâce que mes obligations en sont redoublées, et partant

En

« vous juré-je de rechef, par le Dieu vivant, sur ma foi, mon hon- É } « neur et mon salut, que je vous serai toute ma vie loyal sujet et ; « fidèle serviteur ». — « Or sus, mon cousin, répartit le roi, je le ; «crois, et afin que vous me puissiez aimer et servir longuement, pire € allez-vous-en reposer et rafraîchir au château : j'ai là, dans mes il « offices, un certain vin d’Arbois que vous ne haïssez pas, je le sais, il

« et voilà Rosny que je vous baïlle pour vous accompagner et faire

« l’honneur de la maison ! », RU

Une des conditions du traité préliminaire fait par Henri [IV avec le | 14 duc de Mayenne avait été l'établissement de la généralité de Soissons. î ;

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! Sully, p. 225 et226. Voyez aussi, ibid., p, 179, l'entrevue du roi et du fs | duc de Guise (1594). — Il est bon de se rappeler le jugement que porte aa de Thou sur Mayenne, 1. 81 et 93. — Montceaux, entre Meaux et La Ferté- 1e

sous-Jouarre.

Elle fut créée par un édit du mois de novembre 1595, daté de La Fère, que le roi tenait bloquée depuis le commencement de ce mois!, et enregistré au parlement de Paris le 18 avril 1596, à la cour des Comptes Le 7 mai suivant, à la cour des Aides le 20 du même mois. Cet édit ordonnait que la généralité serait composée des élections de Château-Thierry, Glermont-en-Beauvaisis, Crespy-en-Valois et Soissons, démembrées de la généralité de Champagne, — de l'élection de Noyon, détachée de la généralité d'Amiens, — et de l’élection de Laon, prise en partie à la généralité de Champagne, le surplus ayant servi à constituer l'élection de Guise, qui fut conservée à notre généralité jusqu’en 1614, où elle fut adjointe à celle de Soissons pour en étendre le ressort?. On peut voir par là quelle était, depuis sa constitution jusqu’en 1595, l'importance de celui de la généralité de Châlons, puisqu'il embrassait alors cinq élections de plus que nous n’en trouverons ultérieurement.

Cependant la paix ne répandait que lentement ses bienfaits. Le roi ne l’avait achetée qu’à beaux deniers comptants ; Le trésor était vide, et il fallait « repousser l’injuste usurpation et invasion des « Espagnols ? », qui s'étaient emparés de Calais le 24 avril 4596, du Catalan (fin de juin), de Doulens (fin de juillet), de Cambray (9 octobre) et d'Amiens le 11 mars 1597. De là des demandes continuelles de subventions, qui achevaient d’épuiser les ressources des populations. La dette de la ville de Troyes dépassait 80,000 écus : ; celle de Reims était de douze à treize mille écus de rente, sans compter les arrérages, qui remontaient à 1592 ; celle de Langres, de 140,000 livres tournois. Châlons n’était pas moins obéré et se défendait avec peine contre les obsessions du roi.

Les campagnes ne cessaient pas d’ailleurs d’être battues en tous

1 Les Espagnols en avaient fait leur grande place de dépôt. Elle se rendit à Henri, le 22 mai 1596.

? V. l'Inventaire des Archives de l'Aisne, Préface.

5 Paroles de M. Damours à l'assemblée générale de Troyes du 30 juin 1597 (Boutiot, t. IV, p. 253). C£. Pussot, sur la réunion présidée par M. Damours, le 12 août 1597.

4 240,000 livres, qui vaudraient aujourd’hui plus de 2,000,000.

5 Lettres du 25 juillet 1596, datée de Rouen ; du 16 septembre 1597, d'Amiens. — En 1598, on établit à Châlons le droit de pancarte (le sou pour livre sur les marchandises). — Id. du 27 juillet 1600.

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