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LE BRIGANDAGE CONTINUE EN CHAMPAGNE

sens, et l'audace des brigands était telle qu'ils avaient été, le 24 avril 1595, jusqu’à attaquer, au cri de Vive le Rot! un ambassadeur que les Treize cantons de la Suisse envoyaient vers Henri pour renouveler l'alliance qu'ils avaient avec la couronne. Surpris près du bois de Chappes par le s de Nogent, le malheureux, hors d'état de se défendre, avait dû se rendre à ses agresseurs, qui le dépouillèrent de tout son argent, lequel était bien d'environ mille écus, le rançonnèrent de 20,000, etle transportèrent à Montbart, où ils le retinrent prisonnier jusqu'à ce qu'il eût acquitté le prix de sa rançon !.

Dans le même temps La Fleur et quelques mauvais Français tenaient garnison à Hans, Clermont et autres lieux limitrophes. Ils se rangèrent sous la conduite d’un so!dat de fortune, nommé Le Gaucher, qui occupait Buzy près Verdun, et se mirent à courir et à dévaster les marches de la Champagne. Surpris dans une de ces courses par Renneville, La Fleur fut conduit à Sainte-Menehould et pendu. Mais son exemple ne devait point arrêter ses compagnons de brigandage.

L'année suivante, 1596, l'entrée des Espagnols dans la Comté, d’où ils pensaient opérer en Bourgogne leur jonction avec Mayenne, viendra même accroître les souffrances de la Champagne, en l’exposant aux violences des deux partis. Aïnsi, dans le mois de mai, comme ils allaient au camp devant La Fère, le s de Sancy avec quelques Suisses, et du Pesché avec les forces du Bassigny « firent « dans la province de grands ravages, prirent et pillèrent l’abbaye « de Beaulieu, qui était rétablie ». D'un autre côté, le 30, les Bourguignons, ayant surpris le bourg de Brieulles-sur-Bar dans les Ardennes, le saccagèrent eten brülèrent la plus grande partie?.

Le Gaucher vint ensuite à Vitry-le-Brûlé, méditant quelque entreprise ; mais il est découvert et se retire dans le Barrois. Poursuivi par le duc de Gelsi Virginio Orsinio, colonel de la cavalerie italienne, qui était logé à Blacy, près Vitry, il est attaqué dans le Petit-Louppy, battu et contraint de fuir, laissant 50 Espagnols sur le carreau, 45 aux mains du vainqueur et un butin considérable (27 octobre):.

1 Mémoires de Carorguy, p. 216.

2? Mém. des choses plus notables, etc.

8 La Réforme et la Ligue en Champagne, t. Il, p. 592.

Ilne sera pas plus heureux, en 1597, devant Villefranche, où il nouait des intelligences. Averti par ses soldats, le gouverneur de la place leur recommande de feindre la trahison et prépare une embuscade. Le 4 août, comme elles pensaient entrer dans Villefranche, les troupes du Gaucher furent taillées en pièces !.

Mais ce fut particulièrement le territoire de Reëms qui eut à souffrir?, désolé qu'il était, tantôt par la gendarmerie des environs, « qui gasta fort la campagne et spécialement la Montaigne et rivière « deMarne, durant la vendange » de 1596 ; tantôt par les Bourguignons * ou Espagnols, dont l’église de Reims célébrait avec empressement les échecs (8 septembre 1597) ; tantôt « par le régiment de « gens d'armes de Monsieur le mareschal de Biron, lesquels rançon- « noient, pilloient, volloientet violloïent aultant et plus que les « précédents ennemys, combien qu’ils fussent pour le roy et gens « qui nous debvoient deffendre ‘ ». Lesterres demeuraient incultes, faute de sécurité; des villages mêmes étaient « abandonnés ou « déserts » ; la cherté s’en accroissait, et avec elle la misère, qui

1 Mém. des choses plus notables, etc. — « Discours véritable de la « défaite des Bourguignons à Villefranche » (Jean de Serres, Inventaire de l'Hist. de France, p. 657-658).

2? Dans l'intervalle de sa soumission à celle de Mayenne, et en dépit de la défaite qu’ils avaient essuyée le15 février 1995, dans la plaine de Villers- Cotterets, « les volleurs de Soissons », profitant de la ruine du château Porte-Mars, étaient venus, le mardi 13 juin, jusque sous les murs de la cité faire main basse sur le troupeau de pores « de porte à Vesle ». Les Châlonnais, qui n'avaient pas moins à se plaindre des courses de ces voleurs, invitaient, le 23 juin, le conseil de ville de Reims à prendre de concert aveceux les mesures propres à arrêter leurs oppressions (La Réf. et la Ligue, p. 386) ; mais celles-ci continuèrent jusqu’à ce que Soissons fut remis en l’obéissance du roi.

3 « On appelle ainsi tous les subjects du roy d'Espagne voisins de la « Champagne, mesmement ceux du duché de Luxembourg ». (Palma Cayet, 1597, p. 765).

4 Pussot, à ces différentes années.

5 Ce fut pour lui assurer cette sécurité que, le 3 août 4597, Sézanne fut autorisée à achever les remparts dont une ordonnance de François I, rendue en 1546, lui avait permis de s’enclore. (Arch. dép. de la Marne, C. 2490, f° 19).

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