‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 235 sur 327 · PRÉSENTS FAITS AUX PRINCES · texte numérisé non relu

PRÉSENTS FAITS AUX PRINCES

nois ; soit par l'éclat de leur plumage, comme les six petits paons que Reims offrit, le 45 juin 1545, à l'archevêque, avec six poulettes d'Inde !. Parmi les fruits les plus goütés à la table de nos rois, Champier, historien de l’art culinaire au XVIe siècle, cite avec complaisance les pruneaux de Reims à côté de ceux de Tours?. On commençait à cultiver le melon avec succès à Vitry, et la ville en offrit quatre à M. de Dinteville le 13 juillet 1580. Cette culture y fut surtout en honneur de 1630 à 16503. On sait, d'autre part, de quelle réputation jouissaient les vins de la Champagne. Le prix moyen des nouveaux de la montagne de Reims était, en 1576, de 40 livres la queue. Le bon nouveau d’Ay valait, en 1604, de 30 à 45 livres ; en 1605, 60 livres et plus. En 1609, « fut eslevé à c, ex et « exx livres la queue, tout bouillant, à grande envye et force de «€ marchans #» : on ne fait autrement ni mieux aujourd'hui, à cela près que nos commerçants achètent sur pied, au lieu d'acheter à la cuve.

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IL. Reims vit, un instant (1603), la ere faire au vin une rude concurrence. Le nombre des brasseurs s’était tellement accru «sans « règlement », que le bois d’aineau et le grain, le grain surtout, en avaient renchéri d'une façon inquiétante. Les échevins s’en émurent, et le lendemain de la Trinité, 26 mai, interdirent « l’usage et « façon de la bière » ; puis, comme on ne tenait compte de leur défense, le 2 juin suivant, ils « se transportèrent partout où y avait « brasserye »,.. et à la joie du peuple « firent rompre les four- « neaulx et chauldières ». « Et en feirent aultant messieurs du « chapitre sur leurs terresÿ ». Car, si le roi, après avoir, pour prévenir la famine, interdit, le 12 mars 1595, la sortie des grains du royaume, avait cru devoir lever, en février 1601, cette prohibition pour la Champagne, il importait que l'abus des grains par les brasseurs ne devint pas à son tour pour la ville une menace de disette.

1 Arch. lègisl., Statuts, t. Ler, p. 894.

? De re cibaria, libri XXI. Lugduni, 1560.

3 Passages de Louis XIV à Vitry-le-François, par le docteur Valentin, p.29,

4 Pussot, p. 105 et passim.

Il n’en fallut pas moins, cinq ans plus tard (avril 1608), renouveler la défense « de faire bierre ou cervoise, en peine de 60 livres « d'amende, à cause de l'enchère du grain et du boys », attendu qu’il y avait grand nombre de gens en la ville «et ailleurs qui en « faisaient et encore qui se délibéraient en faire ».

L'industrie, comme on le comprend sans peine, n'avait pu que languir au milieu des guerres qui désolèrent la France pendant la seconde moitié du XVI siècle. « Pour exemple de ce mal », disent les mémoires envoyés à l’assemblée des notables de Rouen au commencement de 1597, « il est cogneu que l’on faisait, avant les troubles, quatre fois plus de manufactures de drap de laine qu'à présent. Témoin la ville de Provins en Brie, où il y avait dix-huit « cents mestiers de draps, et n’y a pas pour le jourd'hui quatre « mestiers. Ainsi en est-il de Senlis, Meaux, Melun, Saint-Denis et « autres villes et bourgs à l’entour de Paris !». Bonne aubaine pour les Anglais, qui cenvoyent tous les ans d'Angleterre plus de mil « navires ou vaisseaux en partie chargez de marchandises manufac- « turées,.… draps delaine, bas d’estame, futaines, bures etautres...», et qui en inondent particulièrement la Picardie et la Normandie, « jusqu’à leurs vieux chapeaux, bottes et savates,.… au grand mes- « pris des François et de la police ? ».

Quelquefois e’étaient des mesures fiscales, inspirées par lemalheur des temps, qui venaient entraver l'essor de l’industrie. Ainsi l’édit ae mars 4565, en frappant le papier d’un impôt, réduisit un instant à l'inaction une partie des dix mille ouvriers qu'entretenait à Troyes cette importante fabrication ; les marchands étrangers venus à la foire pour s’approvisionner de papier, n’en trouvant pas, durent en aller chercher ailleurs.

L'industrie de luxe elle-même, malgré les encouragements qu’elle avait reçus, dut, aux plus mauvais jours, sinon suspendre, du moins ralentir son activité. On peut croire, par exemple, que les événe-

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1 B. Laffemas. La façon de faire et semer la graine de meuriers. Paris, 1604, p. 32, 33.

2 Id. Réglement général pour dresser les manufactures en ce royaume. Paris, 4597, p.18. — Advis et remontrance à MM. les commissaires députes du Roy, 1600, p. 7.

3 L'impôt ne fut supprimé qu'en 1566. Boutiot, t. IL, p. 590 et 594.

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