L’INDUSTRIE ET LE COMMERCE LANGUISSENT
ments qui marquèrent la fin des Valois tinrent en échec la prospérité de la corporation des orfèvres de Troyes, encore bien qu’elle comptât, en 1555, trente maitrises, et qu'elle conféràt à ses membres le privilège de ne point déroger !. Ainsi en l'ut-il de la corporation des tapissiers. On cultivait toujours à Troyes le travail des tapisseries de haute lice, et nous y voyons, en 1561, un certain Hotlan en réparer une de 1498 «selon le fil de laine et les couleurs ? ». Mais les dernières années du siècle ne nous offrent ici rien d’intéressant à l'égard de cette industrie. Nous avons vu quels précieux tapis le cardinal de Lorraine avait, à son retour de Rome en 1573, offerts à la cathédrale le 28 avril. Il y avait bientôt ajouté deux autres tapisseries, dont les sujets nous sont inconnus, et l’abbesse de Saint-Pierre, sa sœur, un grand tapis de Turquie. Louis de Guise, leur neveu, qui continua les traditions princières de la famille, possédait en la maison abbatiale de Saint-Remy, où il faisait sa résidence ordinaire, de nombreuses tapisseries, parmi lesquelles se trouvaient 36 sujets de chasses, sept pièces de Beauvais, sept pièces des histoires de Jacob, six pièces de David et Goliath, huitde Debora, et un nombre considérable de tapis de Turquie. Toutefois il ne parait pas qu'à Reims même la fabrication ait été très prospère avant les premières années du règne de Louis XII # : six maîtres tapissiers seulement étalèrent, en 1602, à la foire de Pâques ; on en comptait onze à celle de 1646. Leurs statuts datent du 23 août 1616.
4 11 était, dans la vallée de la Biesme, sur la frontière orientale de la Champagne, une autre industrie, celle de la fabrication du verre, qui avait obtenu de Henri I le même avantage. Henri IV, par lettres de juillet 1603, le lui avait maintenu à la requête de ceux qui l’exerçaient. Mais alors le Clermontois, où elle était établie, faisait partie du duché de Bar et relevait du duc de Lorraine, encore bien que quelques-uns de ses villages, limitrophes de la Champagne et de la Lorraine, demeurassent entre la France et le duché un sujet perpétuel de contestations. (V. Buirette, Hist. de Sainte-Menehould, p. 243.)
2? Boutiot, t. IV, p. 271.
3 Le prix était fixé à l’aune carrée, et il variait naturellement selon le sujet: nous voyons des tapisseries coûter # I. 10 s. t, Paune carrée, d’autres 41 L. t., d’autres 36 1. (V. les Tapisseries de Notre-Dame de Reims. Description précédée de l'histoire de la tapisserie dans cette ville, d'après
des documents inédits, par Ch. Loriquet, passim).
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Le commerce était du reste depuis longtemps très languissant. Les foires de la Champagne perdaient chaque jour de leur importance. La création du tribunal consulaire allait faire disparaître la juridiction spéciale dont elles jouissaient : la conservation des foires, après avoir perdu la plus grande partie de ses anciens droits, puisque le juge et les consuls connaissaient de toutes les causes touchant au trafic des marchandises, s'était éteinte avec lé dernier titulaire de l'office’. Les troubles avaient fait fuir les marchands étrangers, ainsi que le constataient, en mars 1570, les plus notables habitants de Troyes ?; et si l'abolition du droit de foraine, réclamée dès 1565 par les villes champenoises , si, en d’autres termes, la libre circulation des marchandises leur semblait propre au rétablissement des relations commerciales #, elle ne pouvait malheureusement se concilier avec les besoins du Trésor. |
IL. Jaloux d’affranchir la France du tribut qu’elle payait à l’industrie étrangère, en la mettant spécialement en mesure « d’avoir « de quoy faire dans le royaume » ces étoffes de soie si recherchées par toutes les classes de la société, Henri [IV avait eu avec Olivier de Serres des conférences d’où étaient sortis, avec le traité de cet agronome sur /4 Cueillette (récolte) de la soie par la nourriture des vers qui la font, divers contrats passés avec des entrepreneurs de Paris (14 octobre et 3 décembre 1602), pour fournir les généralités de Paris, d'Orléans, Tours et Lyon de plants de müriers et de semence de vers à soie °. Trois ans après, encouragé par le succès de leurs premiers travaux, le roi chargeait les mêmes entrepreneurs de les appliquer à la Champagne f, en même temps qu'il favorisait l’établissement à Troyes d’une manufacture de satins de Bruges, et de
1 M. le Marguenat, de Troyes.
2? Boutiot, t. IV, p. 5.
3 La ville de Troyes demande, avec Reims et d’autres villes de la Champagne. que des députés choisis dans ces villes confèrent ensemble de V « abolition de la foraine » (février 1565), qui frappait les marchandises à leur entrée dans le royaume. (Boutiot, t. Ill, p. 588.)
4 Id., ibid.
$ Poirson, Hist. de Henri IV, 1. Il, première partie, p. 66.
6 Ainsi qu’à la Bourgogne, au Bourbonnais, à la Gascogne et à la Normandie.