DISPOSITIONS PRISES EN FAVEUR DES PAUVRES
conseil du roi imposait à l’évêque et aux bénéficiaires ecclésiastiques de la cité une taxe du douzième de leurs revenus au profit des pauvres secourus par l’awmône générale. Deux ans après (octobre 1565), une assemblée de notables tenue à l'évêché prenait les dispositions nécessaires pour leur ouvrir des ateliers publics, organiser des quêtes en leur faveur, et contraindre, même par le fouet, les truands et les bélitres trouvés en ville à se conformer aux règlements de police. À Châlons, le conseil de ville constatait, le 7 janvier 1566, que les deniers ordonnés pour la nourriture des pauvres, et qui leur étaient distribués chaque semaine, étaient insuffisants vu la cherté des vivres, et qu’il serait besoin d'augmenter la {axe des pauvres. Aussi bannissait-on soigneusement des murs de la cité les pauvres étrangers, et les en tenait-on éloignés par la menace des plus rigoureux châtiments. En 1573, il y avait à Troyes un si grand nombre d’indigents, qu'il fallut leur interdire d’y demeurer plus de vingt-quatre heures. Provins en était rempli, et la vermine qu'ils y apportèrent était telle qu'on n’osait s'arrêter nulle part. Vainement s’efforçait-on ici de soutenir l’existence de ces malheureux ; ils avaient l’estomac tellement « décheu « et les intestins retressis », que c'était pitié de les voir mourir de faim « faulte de sçavoir manger !». Au milieu de ces affreuses calamités, le Parlement de Paris est obligé de contraindre le commandeur de l'hospice de Saint-Antoine de Troyes à consacrer aux malades qu'on y soignait le produit des dons de la libéralité publique, au lieu d’en faire son profit personnel. Ce grand seigneur fut, de plus, condamné à faire apprendre un métier à ceux des assistés qui n’en avaient point et qui guérissaient (7 septembre 1577) ?.
Cet enseignement d’un métier était alors l’objet de la sollicitude publique, et nous voyons un autre seigneur, M. de Mauroy, sieur de Colas-Verdeyÿ#, fonder à Troyes « un collège de jeunes enfants, « garçons et filles, orphelins et pauvres, dirigés d’après la règle de « l’Hôtel-Dieu de la Trinité de Paris », et destinés à être placés en
1 Haton, t. 1, p. 728.
# Dix jours plus tard (17 septembre 1577), le parlement prescrit la réunion des hôpitaux de Châlons à l'Hôtel-Dieu. Le 18 février 1606, il devait ordonner l'exécution de son arrêt.
3 Aujourd'hui Charmont, au nord de Troyes.
apprentissage à l’âge de douze ans 1. Ainsi un enquêteur au bailliage, M. Thierriat, consacrait-il une rente de 50 livres à faire apprendre un art ou un métier à des enfants pauvres de l’un et de l’autre sexe. Témoin des tristes révolutions de fortune causées par les troubles civils, ce sage généreux, dont le testament, écrit en 1586, ne fut ouvert qu’en 1604, voulait que ses propres enfants fussent élevés dans les bonnes lettres, s’ils y avaient goût, et aussi dans quelque art honnète, comme la peinture ou autre, par le moyen duquel, en cas de nécessité, ils pussent gagner leur vie là « où leur savoir ès « bonnes lettres » ne pourrait fournir à leur entretien. Il entendait aussi que ses filles apprissent « l’état de lingère, de couturière et à « coudre en tapisserie ? ». Belle leçon que les familles feraient bien de méditer de nos jours.
Cependant les dernières fureurs de la guerre, unies à l’inclémence du ciel, avaient ramené en Champagne les mêmes calamités. M. de Dinteville est ému du spectacle que lui offre la ville de Troyes, et, le 47 juin 1596, pour aviser au remède de la misère, il réunit chez lui un certain nombre de membres du clergé, de la justice, du corps de ville et de la bourgeoisie : « Dans la ville, leur dit-il, se trouve un « grand nombre de pauvres étrangers mendiants, n’ayant aucune « retraite pour se loger ; il en meurt dans les rues, les uns de mala- « die et les autres de faim : comment ne pas s’évertuer de pourvoir « à leur nécessité à l’imitation de ceux de Chaumont, Châlons, « Langres et autres villes de la province, dans lesquelles on à mis « bel ordre et police, de manière que tous les pauvres y sont nour- « ris, substantés et hébergés, et qu'aucun ne mendie? » Il offre lui- « même pour cet objet 400 écus ». L'assemblée, s’associant au zèle si charitable de M. de Dinteville, décide que la taxe de l’aumône générale sera doublée, et délègue deux de ses membres pour procéder incontinent à une quête ©.
Mais la mendicité avait ses abus. En 1602, le Parlement prescrit des mesures sévères contre les pauvres. Les pauvres valides devront se retirer ès lieux de leur naissance et domicile dans les vingt-
1 La disposition testamentaire est des 23 juillet 1563, 4 janvier 1568 et 28 janvier 1576.
2 Boutiot, t. IV, p. 291 et note.
3 1d., ibid., p. 289.