SURETÉS PRISES CONTRE CONDÉ ET SES FIDÈLES
magne et en Suisse qu'en Picardie et en Champagne, et il fit si bien qu’en moins de trois mois et malgré l’échec qu’ils essuyèrent auprès des cantons helvétiques, les princes avaient à leur disposition 2,000 chevaux, 1,500 carabins et 3,000 hommes de pied. Soissons reçut une garnison de 400 hommes par l’ordre du due de Mayenne ; Neufchâtel fut occupé. Déjà Mézières, sous la menace du canon, avait, en l'absence de La Viefville (ou La Vieuville), son gouverneur, ouvert ses portes au due de Nevers (mi-février).
La reine ne manqua pas d'écrire (13 février) aux bonnes villes de la Champagne, pour les exhorter à tenir leurs portes fermées aux rebelles, et à s'opposer à toutes pratiques contre l’autorité de son fils. De toutes parts on se mit en garde; Reims particulièrement veilla à sa sûreté tout « autant que sy l’ennemy estait aux portes », « ce qui fut cause que de mémoire d'homme on n'y vit si maigre « foire de Coulture que cette année. L'importance de la ville avait « un moment décidé la reine à en confier le gouvernement à M. le « baron du Tour (18 mars 1614), qui s’y présenta comme ayant « charge de leurs Majestés! ; mais, sur les observations du conseil « et les instances de l’archevêque, le pouvoir qu'avait reçu le baron « fut annulé ? ».
Cependant, après avoir fait au manifeste des princes « une signa- « lée, sage et ample réponse ? », Marie n'avait pas dédaigné de traiter avec eux; mais, tandis que ses commissaires, de T hou, Jeannin et trois autres conseillers d'Etat, discutaient à Soissons les bases d’un arrangement, M. de Praslin, qui avait succédé à Dinteville comme lieutenant-général au gouvernement de Champagne ‘, réunissait à Vitry ‘un corps d'armée capable d’en précipiter la
1 V. Arch. lèg. de Reims, Statuts, 2% vol., p. 459.
? Cette cassation des provisions données à M. du Tour fut, sur la prière reitérée de la ville, confirmée en mars 1621 par les motifs les plus honorables pour les habitants (ibid.).
$ Le jugement de Pussot reflète ici le sentiment populaire, peu favorable aux rebelles.
4 Ses lettres de provision sont datées de Paris 20 janvier 1608; elles lui conféraient « l’état et charge de lieutenant général du roi ès villes et bailliages de Troyes, Sens, Châlons, Langres et Epernay » (Concl. du conseil de ville de Châlons, 13 juin 1608).
5 Bassompierre, p. 95 (édit. Mich. et Pouj.).
conelusion. Il y avait à Troyes 6,000 Suisses en deux régiments : Bassompierre, qui en fut extraordinairement nommé colonel-général, reçut l’ordre de les conduire à Vitry, et il y arriva en quatre journées. Ce mouvement jeta Condé dans une grande inquiétude. Abandonnant à Bouillon et à Mayenne Soissons, où il ne se croyait plus en sûreté, il partit pour Sainte-Menehould avec le due de Nevers et les autres princes. Nevers, à qui la ville appartenait, demanda vainement tout d’abord qu’on lui en ouvrit les portes. Les habitants entendaient la conserver au roi ; mais Bouconville, qui, depuis le 28 avril 1611, en tenait du due le commandement, introduisit les factieux par la fausse porte du château qu'on appelle la porte Canard, et le canon qui devait servir à la défense de la place étant tourné contre elle, les bourgeois durent se soumettre (4 mai)'.
Les princes y étaient à peine établis que les commissaires royaux vinrent les y trouver. Ceux-ci, arrivant de Soissons, avaient traversé Reims dès le lendemain de l’Ascension, vendredi 9 mai, tout « gar- « niz d’or et d'argent pour en faire distribution auxdits princes « suivant l'accord à intervenir ? », et de là, par Ghälons, ils se transportèrent à Sainte-Menehould?. L'accord se fit bientôt, grâce à la faiblesse de l'autorité royale et aux séductions des écus sonnanis : le 45 mai, les deux parties signaient le traité de Sainte-Menehoutld*,
1 Ann. de lo ville de Sainte-Menehould, p. 25. Seulement il faut lire : & mai au lieu de 14 mai, ainsi que nous l’ont confirmé les précieux documents historiques que possède M. Josse père.
2 Pussot.
3 « Où estait, ajoute Pussot, Monsieur le prince de Condé et aultres ». Les Annales se trompent done en assignant la date du 44 mai à la surprise de la place. D'ailleurs, selon M. Buirette, les négociations n’auraient pas duré moins de huit jours. Comme elles furent closes le 15, elles se seraient donc ouvertes le 8 mai, ce qui suppose une prise de possession antérieure au moins de quelques jours. Mais, d'autre part, les commissaires royaux ne purent être avant le 12 en état de reprendre les négociations, puisqu'ils étaient le 9 seulement à Reims. L'accord s'établit donc plus vite que ne le croit Buirette.
4 L'armée de Vitry devenant inutile, « les Suisses, dit Bassompierre, « furent mis en garnison à Sézanne et à Barbonne-en-Brie, où je vins les « trouver et demeurai quelques jours avec eux à faire bonne chère » (p. 95). Après quoi on licencia l’un des deux régiments.
et, le 31 mai, la reine, écrivant aux villes, levait l’interdiction d’y recevoir les princes !.
Le traité, qui donnait contentement à toutes les ambitions, assurant notamment au fils du duc de Nevers la survivance du gouvernement de Champagne, stipulait aussi que les états généraux seraient convoqués à Sens pour le 25 août, et que les mariages projetés ne se feraient point sans qu’on eût pris leur avis?. Mais l’époque de la réunion des états dut être différée au 10 octobre, c’est-à-dire au surlendemain de la déclaration de la majorité du roi, et le lieu en fut fixé à Paris.
Cette assemblée, qui fut la dernière de la France monarchique ?, et où se remarquait l'évêque de Luçon, Armand Duplessis de Richelieu, alors âgé de 29 ans, humble, pauvre, mais déjà célèbre par son esprit, et impatient de faire fortune, ne fit qu’ajouter aux troubles du royaume par les dissensions qui éclatèrent entre les trois ordres, soit que le tiers indisposât contre lui la noblesse par la prétention d’en être traité en frère cadet, soit qu’en demandant linviolabilité absolue de la couronne, il provoquât l'opposition du clergé, aussi respectueux de l'indépendance des rois en matière temporelle que jaloux de maintenir dans l’ordre spirituel la suprématie des conciles et des papes. La reine, satisfaite d’avoir obtenu l'approbation des mariages d'Espagne, mit fin aux disputes de principes en congédiant les états {3 avril 1615), avec la promesse de la révocation de Za Paulette‘, de la suppression de la vénalité des charges, du retranchement des pensions, et de l'institution d’une chambre de justice contre les malversations des financiers.
Ces réformes, dont les événements devaient empêcher ou retarder l'exécution, n'étaient pas seulement impuissantes à soulager la misère des populations agricoles, condamnées à fuir leurs demeures, à déserter leurs charrues * ; elles atteignaient surtout la noblesse,
1 V. l’Appendice, Lettres de Louis XIII, N° Il.
Fontenay-Mareuil (Mich. et Pouj., p. 76-77).
3 V. à l’Appendice la liste des députés de la Champagne.
# Droit annuel établi, en 1604, sur les charges de finance et judicature,
et moyennant lequel ces charges devenaient la propriété des titulaires. Ce droit éfait de quatre deniers pour livre, c’est-à-dire de la soixantième partie du prix de la charge.
5 À Dolancouwrt, il n’y a plus qu'un laboureur; les maisons détruites
qui jouissait des abus et des pensions. Les mariages qui allaient s’accomplir étaient, d'autre part, pour le parti protestant, un sujet de défiance et d'alarme. Aussi seigneurs et huguenots n’eurent-ils aucune peine à s'entendre. Tandis que le midi se soulevait, Condé et ses fidèles, à l'exception toutefois du duc de Nevers, se retirèrent de la cour, et peu contents de protester contre la politique de la reine, ils prirent la résolution hardie de marcher en Guyenne pour s'opposer au mariage du roi!.
Mais la reine, bien résolue de poursuivre son dessein, avait pris ses mesures. Le 31 juillet 1615?, elle recommandait aux villes de la Champagne de se bien garder et de ne laisser entrer dans leurs murs aucun des princes rebelles ; le 4 août, elle leur prescrivait de ne recevoir sans son congé ni troupes, ni gens de guerre isolés, et le 16 août, veille du départ de la cour pour la Guyenne, elle renouvelait ces ordres. Elle avait, en même temps, pris soin de former trois corps d'armée, dont un, sous la conduite de M. le duc de Guise, devait accompagner le roi 3; le second, sous le commandement du maréchal d'Ancre, occuper la Picardie, et le troisième surveiller sur l'Oise et la Seine les mouvements des factieux. Ce dernier corps, qu’elle avait confié au maréchal de Bois-Dauphin, en lui donnant M. de Praslin pour maréchal de camp, comptait, avec 1,500 chevaux et les Suisses de la garde, plus de 40,000 hommes de pied français, au nombre desquels était le régiment de Champagne : c'était la plus forte et la plus solide armée du roi, et il importait qu’il en fût ainsi pour tenir tête à « M. de Bouillon, estimé l’un des « meilleurs capitaines de son temps ».
pendant la guerre ne sont pas relevées, et néanmoins les habitants sont condamnés à l’amende pour ne pas prendre la quantité de sel qui leur est fixée. Ceux de Bossancourt se plaignent de la même oppression. Longpré n’a plus qu’une charrue sur neuf qu'il possédait. Meurville est abandonné, etc. (V. les plaintes exposées dans le cahier du baillage de Vendeuvre. Boutiot, t. IV, p. 306.)
1 Deuxième prise d'armes.
2 NV. l’'Appendice, Lettres de Louis XIII, N° IV.
3 Ce fut cette même année, 25 décembre, que le frère de M. de Guise, Louis de Lorraine, archevêque de Reims, fut revêtu de la pourpre. Il
n’était que diacre.
4 Fontenay-Mareuil, p. 90.