‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 260 sur 327 · NOUVELLE RÉVOLTE DE CONDÉ · texte numérisé non relu

NOUVELLE RÉVOLTE DE CONDÉ

Ces dispositions, qui permirent à la cour de quitter Paris sans difficulté (17 août 1615), auraient dû ruiner les affaires de ses ennemis ; mais Bois-Dauphin était vieux, infirme et de plus retenu par la défense de rien hasarder. Ne pouvant songer à affronter l’armée royale avee les 5 ou 6,000 hommes dont ils disposaient, Bouillon et Condé se décidèrent à tourner à l’est, et de Noyon, le rendez-vous général de leurs troupes, ils allèrent passer l’Aisne à Soissons, pour de là gagner la Marne. A la nouvelle de leur entrée à Soissons, Bois-Dauphin, que préoccupe la sûreté de Paris, accourt à Dammartin ; mais eux, à la faveur de ses illusions, qu’ils ont soin d'entretenir, surprennent, au grand déplaisir de leurs Majestés, Château-Thierry, qui n’avait alors pour se défendre que 50 mortespayes avec quatre méchantes pièces (30 septembre), puis sc présentent devant Epernay, dont les habitants ne tardent pas à leur ouvrir les portes (6 octobre). Enhardis par ces succès, ils poussent dans la direction de la Seine ; mais il leur fallait traverser sur une étroite chaussée le marais de Saint-Gond'!. Bois-Dauphin, qui côtoyait leur droite, pense les y arrêter, et vient s’établir à Baye et à Sézanne (8 octobre), d’où il détache un régiment pour occuper la chaussée de Saint-Prix. Ce fut peine perdue : Condé et Bouillon profitent de la nuit pour lui échapper, et, tandis que l’armée royale continuait sa marche par Barbonne (12 octobre), Thaas et Saint-Saturnin, ils vont piller le grenier à sel d’Arcis, et passer la Seine à Méry (13 octobre), petite vét/ette sans pont, où les eaux étaient alors fort basses.

Condé pensa-t-il en ce moment intéresser à sa cause la ville de Troyes, en l’égarant sur ses dispositions ? Ce qui est certain, c’est qu'il écrivait, le 15, au conseil pour l’assurer de son attachement au roi, et protester qu’il n'avait pris les armes que pour son service et contre les ennemis et les perturbateurs de l'Etat. Il demandait en conséquence que l’on demeurât neutre et que l’on continuât à commercer avec ses partisans. Le conseil éluda la réponse et de fait se déclara pour le roi ?. Les princes s’approchèrent ensuite de Sens (16), où ils avaient des intelligences ; mais Bois-Dauphin, qui, de son côté, avait franchi la Seine à Nogent, les prévint heureusement

! «Ce marais », dit Bassompierre, « qui dure près de 45 lieues de long ! » ? Boutiot, t. IV, p. 310.

cette fois, et, en introduisant par ruse des troupes dans la place (47), força ses adversaires à s'éloigner. Le brave maréchal avait fait, deux jours auparavant (15), un moins louable exploit; car en passant par Grange, il trouva les habitants retranchés dans leur église et résolus à en refuser l'entrée au prévôt, qui, en bon voleur, pensait y gagner beaucoup. Sans vouloir les écouter, il fit canonner l'église, et les paysans s'étant rendus à merci, il en fit aussitôt pendre quatre des principaux.

Pour ces deux armées, qui marchaient parallèlement, « à une « heure de distance », sans autre préoccupation apparente que de s’éviter, il semblait qu'il n’y eût qu'un ennemi, — il n’y avait assurément qu’une victime, — c'était le pauvre villageois qui avait le malheur de se trouver sur leur passage. Si son bien n’était pas brûlé par les uns, il était pillé par les autres ; impitoyablement broyé entre ces mains de fer, s’il n’y perdait pas la vie, il en sortait dépouillé et réduit à la plus affreuse misère. Cest ce qu'éprouva Champlay, lorsque l’armée royale eut atteint Joigny (24 oct.) : après qu'on en eût délogé quelques malheureux de l’armée ennemie, et que les chefs eurent pillé «les plus précieuses choses », nos soldats, dit Bassompierre, mirent le feu au village, « selon leur « coutume ». De Joigny, on prit la direction de Châtillon-sur-Loing (25) !.

La Champagne allait-elle pouvoir respirer et panser ses plaies ? L'armée rebelle a disparu, mais elle laisse derrière elle des partisans qu’il importe de désarmer ?. Dès le 26 octobre, Neufchâtel est

1 V., pour cette campagne à travers la province, Fontenay-Mareuil, Pontchartrain, Bassompierre. (Mich. et Pouj., t, IX pour les deux premiers, et t. XX pour le troisième.

2 « Nous avons jugé », écrivent au roi les trésoriers de la Champagne à la date du 30 octobre 1615, « qu'il estait de notre debvoir d’advertir « V. M. des désordres et confusions qui sont en notre province de Cham- « pagne, estant telles que, s’il n’y est bientost pourvu de remède, nous « craingnons que le païs ne se rende du tout désert. Les gens de guerre « qui y ont passé et y séjournent encore à présent usent de telle rigueur « et violence envers votre pauvyre peuple que non seulement ils ne se « contentent pas de vivre à discrétion, mais aussi les meltent à rançon, « vollent et prennent leurs chevaulx, qui les empêche pouvoir labourer. « D'advantage ils se trouvent encore grandement travaillez et vexez de ce

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