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LE TRAITÉ DE NOYON RATIFIÉ PAR REIMS

Après s'être fait sacrer à Reims, le 95 janvier 4515, par l’archevêque Robert de Lenoncourt, François [e, non sans avoir au préalable tiré de ses bonnes villes l’argent que réclamaient les circonstances !, s'était hâté de descendre en Italie (15 août), pour reconquérir le Milanaiïs, et la journée de Marignan(lk septembre), en mettant fin à la prépondérance militaire des Suisses, les avait disposés à souscrire la paix perpétuelle (Fribourg, 29 novembre).

Cette brillante victoire que la Champagne célébra par des processions générales en actions de grâce, eût permis au jeune prince de faire la loi aux ennemis de la France : ce fut lui qui, par une politique plus généreuse que prévoyante, reçut à Noyon (13 août 1516) celle de l’archiduc d'Autriche. La mort de Ferdinand le Catholique (23 janvier 1516) avait laissé à son petit-fils les royaumes d'Aragon, de Naples, de Sicile et de Sardaigne ; mais l'occupation de ce riche héritage n’était pas sans difficultés, et pour en prendre possession, il importait à Charles de s'appuyer sur l'amitié de François Ier. Il le flatta si bien par ses airs de filiale déférence, qu’il en obtint avec la main de Louise, fille de François, dotée des droits paternels sur le royaume de Naples, l'avantage de conserver, en attendant qu’elle fût en âge d’être épousée, la possession de ce royaume, moyennant le paiement annuel de 100,000 écus d’or. Bien plus, feignant de n'être point pressé de signer un traité si favorable, il refusa de le faire qu’il n’eût été ratifié par douze des principales villes de France, etil 2omma lui-même Reims pour une de cesdites villes. En conséquence, écrivait François aux Rémois, le 22 décembre 1516, « promettez entretenir cedict traité et tous les « points qui y sont contenus ; et, s’il advenait que nous ou nostre « compaigne la royne, nostre fille Loyse, ou les aultres dames, en « son deffaut, y contrevinssent, en ce cas ne les aidez, assistez et « favorisez, ains au contraire donnez toutte aide, faveur et assis- « tance au roi catholique etàses païs et subjets pour l’entretènement « dudict traité, nonobstant les serments et fidélité qu’avez et pou-

1 Il mandait, le 30 avril 1515, aux habitants de Troyes d’avoir à lui payer 4,000 livres à titre de don gracieux, pour acquitter les frais et dépenses occasionnés par un début de règne et par la suite des guerres entreprises sous le règne précédent (Arch. municip. de Troyes, Q, I, t® 106, 107).

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« rez avoir envers nous. ». Sur quoi, les principaux habitants de

Reims, mandés en la maison de ville par Jacques Fillet, « écuyer, « licencié ès lois, seigneur de Ludes, lieutenant de monseigneur le « capitaine de Reims », pour se conformer au désir de leur souverain, prirent l'engagement d'assurer de tout leur pouvoir l'exécution du traité, et en expédièrent au roi lettres scellées du scel et contrescel de l’eschevinage, le samedi dernier janvier 1516! Ce n’était pas là le dernier exemple ou plutôt la dernière reconnaissance de cetancien droit des vassaux de se considérer comme déliés de tout serment de fidélité envers leur seigneur, et comme autorisés à lui faire la guerre, s’il n’exécutait pas loyalement ni | lestraités dont ils s'étaient eux-mêmes rendus garants. LE LE La même année, le pape Léon X, effrayé du progrès des armes 1 musulmanes, faisait prêcher par toute la chrétienté la croisade contre les infidèles et s’efforçait, par une trève de cinq années, d’enchainer les princes à son dessein. François l#, s’y associant, publiait à Noyon les bulles pontificales, et à l'exemple de ce que | ses officiers prescrivirent en cette ville, l’étendard de France, flot- 4 tant sur les cathédrales de Reims, de Troyes et de Châlons, semblait exciter les populations de la province à la conquête de la Terre- } Sainte ?. Mais la foi des peuples était trop ébranlée, les intérêts des rois trop divisés pour que la voix de Léon X fut entendue. D'ailleurs le moment était proche où la mort de Maximilien (41 | à janvier 1519), en ouvrant la succession de l’Empire, allait allumer E: entre les deux prétendants à la couronne impériale. une rivalité qui EI di ne tarderait pas à les armer l’un contre l’autre. L'or de François + | hi avait été impuissant à faire prévaloir sa candidature *, et l'empire

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1 N.s. 1517. Ont signé, avec Jacques Fillet, Jean Noël, prévôt de l’échevinage, Martin Chuffet, Nicolas Galmin, Jacques Lescot, Jean Chertems, Philippe Moët, échevins ; Hubert Cauchon, Antoine Feret, Nicolas Chinoir, Renault Mouillart, écuyers, « et plusieurs aultres bourgeois, manans et

: habitans de ladicte ville de Reims. » (V. Marlot, t. IV, p. 274, et preuves, p. 674 et 675). Éd p.279;

; $ Le 28 mai 1519, il adressait une commission au gouverneur de Chamï pagne, à Bonnivet, amiral de France, et à Charles Guillart, président au “il parlement, pour traiter en son nom avec les électeurs de l’Empire au sujet des promesses qu'il leur avait faites pour le cas où il serait élu empereur (Arch. nat., Suppl. du Trésor des Chartes, J, 952, n° A).

1519. RIVALITÉ DE FRANÇOIS {er ET DE CHARLES-QUINT. 51

de Charlemagne était reconstitué au profit d’un homme actif, rusé et ambitieux. La liberté de l'occident est sérieusement menacée, et c'est à la France à la défendre : François en sera le champion !.

Toutefois, au moment où la guerre allait éclater, rien n’était prêt pour la soutenir. Vainement le roi avait-il sollicité et obtenu de ses bonnes villes divers dons en argent, de Troyes, par exemple, dès 1515, 4,000 1.; en 1518, 1,500 1. ; en 1520, 14,500 1. ; la même année, au 1® juin, 4,000 L. ; au 15 août, 3,500 1.2 ; vainement avaitil, en 1519, aliéné une partie du domaine royal dans les bailliages de Sens, de Troyes et de Meaux. Les fêtes, les prodigalités de la cour ruinaient le trésor à mesure qu'il s'emplissait. Les frontières étaient dégarnies, les places mal fortifiées ; en Champagne « nulle « armée, tant petite fut-elle Ÿ », et avec cela, misère profonde des populations, pillées par les gens de guerre, foulées par les réquisitions du fise, décimées par la famine et la peste 4.

Déjà l’étincelle qui devait allumer l'incendie était partie du duché de Bouillon : Robert de la Marck, seigneur de Sedan, mécontent de Charles-Quint, s'était jeté dans le parti du roi, et défiant audacieusement l’empereur « pour déni de justice », avait attaqué le Luxembourg à la tête d’un corps d’armée levé en France. François Ier

1 Toutefois, loin de songer à provoquer la guerre, il donna, le 26 juin 1519, aux mêmes personnages que ci-dessus, les pouvoirs nécessaires pour conclure avec le nouvel empereur un traité d'alliance (Ibid., n° 23).

? Cette dernière somme, Troyes ne se pressa pas de l’accorder : le roi dut, le 8 octobre 1520, lui confirmer son mandement, en expliquant aux habitants que l’argent demandé était nécessaire pour payer les Suisses et autres gens de guerre au service de la France (Arch. munic. de Troyes, BB. I, 2° carton, 1" liasse. — Pour le reste, Boutiot, t. Il, p. 296).

$ Martin du Bellay, édit. Michaud et Poujoulat, t. V, p. 127.

4 Un recensement de la population de Châlons, fait dans les premiers mois de 1517, fixe le nombre des habitants à 9,228, avec un approvision-

,229 setiers de froment, seigle et orge (Concl. du 16 mai). La

nement de 4 détresse des campagnes environnantes était telle alors que les pauvres se disaient « en voye de mourir de faim », si on ne leur venait en aide. Le conseil (idid.) permit de vendre des grains à ceux des villages de 4 ou 5 lieues à la ronde et aux taux de la ville, qui sont de 50 s. t. le setier fro-

ment, 40 s. {. le setier seigle et 24 s. le setier orge (22 mai).

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fit bien défense à ses sujets d'appuyer la cause du due, et celuici, le 2 mars 4591, dut licencier son armée. Mais alors survient à la tête de 35,000 hommes le comte de Nassau, qui s'empare des principales places du duché, et ne suspend sa marche et ses sanglants succès que pour laisser la Marck jouir d’une trève de six semaines qu’il avait trouvé moyen d'obtenir de Charles-Quint. François le" ne pouvait se faire d’illusion sur les suites de cette affaire. Aussi était-il venu en Bourgogne pour y ordonner la défense de ses états ; après quoi il se rendit à Troyes, où il arriva le 21 avril 1521, en compagnie de la reine, Madame Claude, de sa mère, Louise de Savoie, et de sa sœur, Marguerite de Valois, ; duchesse d’Alençon!. Là il se mit en mesure de « dresser une armée 40 L pour soutenir l'effort de l'Empereur ? », et donna «commission à + « Jacq. d’Amboise, seigneur de Bussy, pour commander les gens LE à « de guerre de pied soudoyés par les villes de Reims, Châlons, Ë LE « Langres et Troyes, pour aller aux Pays-Bas ÿ ». Il partit ensuite RE (27 avril) pour l’abbaye de Montiéramey, où il resta jusqu’au 2 mai. hi Bientôt après il divise son armée en quatre gouvernements, remet MA au duc d'Alençon celui de la Champagne, et mande à Reims les LÉ princes du sang et ses principaux capitaines, afin d’y tenir conseil à sur le fait de la guerre “.

Tout se remuait en ces parages pour résister aux entreprises de l'ennemi ; on y faisait « tous préparatifs de munitions, d'artillerie pE « et d’argent5 ». Châlons travaille à ses fortifications, et a déjà fourni (21 août 1521) 2,400 corvées d'hommes et de femmes pour approfondir et élargir les fossés ; les seigneurs temporels ont ordre d'en fournir 800 nouvelles pour le 22 et jours suivants. On abattra

: 1 Un peu surprise par l’arrivée de la cour, la ville ne put faire de présent qu'aux princesses, lesquelles reçurent du beau linge de lin, de fabri-

cation {royenne. Quant au roi, il lui fut offert, au mois de mai suivant, une belle statue équestre en vermeil, représentant Mecior de Troie, et ce présent, qui rappelait l’origine supposée de la ville de Troyes, en même temps qu’il était une allusion délicate à la bravoure chevaleresque du roi, fut trouvé « fort gorgias et très beau ». (Boutiot, p. 302).

? M. du Bellay, p. 137.

A 1: 3 Arch. de l'Hôtel de ville de Châlons, sac M. I.

# M. du Bellay, p. 138 et 139.

5 Id., ibid.

si

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