REDDITION DE MOUZON. 6E
dans la forêt de l’évêché 1,000 à 1,200 chênes destinés aux remparts, et on s’approvisionnera de tout ce qui est nécessaire à la défense de la place et à la subsistance des habitants”. Reims, dès le 22 mars 1521, avait arrêté ses dispositions de défense : toute l'artillerie, sauf les bombardes et gros canons pierriers, sera rangée dans les tours et sur les grosses terrasses ; « les quatre-vingts pétards seront « chargés et prêts à tirer, dans la grange de la ville ». Les clefs des tours seront remises « à gens de bien qui chercheront chacun deux « hommes se connaissant à charger l’artillerie » ; en cas d'incendie, les quatre ordres mendiants seront invités à porter aide”, et ils avaient chacun s6n quartier assigné. Le 27 mai, l'élection de Troyes est pressée d'envoyer des vivres au corps d'armée qui a la garde de Mouzon et de la frontière $. Le 31 suivant, des lettres du roi accordent aux habitants de Troyes, pendant trois années consécutives, 20 deniers tournois par muid de sel quise vendra dans les villes de Sézanne, Tonnerre, Villemaur, Saint-Florentin, Mussy, Saint- Dizier, Nogent-sur-Seine, Joigny, Bar-sur-Aube, pour les aider à restaurer et à relever, en vue d’une prochaine invasion et d’un nouveau siège, leurs murailles détruites ou désemparées 4.
Ces mesures étaient prudentes, encore bien qu’il eût fallu, pour garder Reims en cas de siège, 6,000 hommes de pied et 500 chevaux, « car la place est d’une merveilleuse garde », écrivait au roi le maréchal de Châtillon 5. Ainsi le maréchal estimait-il que Châlons eût eu besoin de 4,000 hommes et de 700 chevaux 5. Bientôt, en effet, le comte de Nassau s’avançait sur Mouzon, dont le roi possédait la
1 Conct. du Conseil. — En même temps, le Conseil faisait distribuer 2 boisseaux de grains par ménage aux villages voisins de Châlons (8 mai).
2 Arch. législ., Statuts, 2 vol., p. 863. On entendait par les quatre ordres mendiants les Augustins, les Cordeliers, les Prêcheurs et les
Carmes.
3 Arch. munic., AA, L8° carton, liasse 5 (Recueil de M. Henri Stein). 4 Arch. munic. de Troyes, G 30, f° [-3. — En ce même mois de mai,
François [er, pour reconnaître leur dévouement, avait accordé aux Troyens une nouvelle foire franche de 15 jours à partir du 24 octobre (Arch. mun. de Troyes, AA XVIIL 41e carton, 3 liasse). V. ci-dessus, p. 21.
5 Les Ardennes en 1521 (Revue de Champagne, t. XT).
6 Lettre du 19 août 1521, Reims.
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d4 LA PROVINCE DE CHAMPAGNE 1521.
moitié, et où se tenait Louis de Senlis, seigneur de Montmort (24 août 1521). L'attaque fut vive, et la place foudroyée de telle sorte par le feu de l'ennemi, que la garnison en fut réduite à l’impuissance : c’étaient gens de pied pour la plupart nouvellement levés et tout à fait inexpérimentés : dans cette situation, le seigneur de Montmort se rendit (27 août), au risque de donner « un merveilleux « cœur à l’ennemy ».
Celui-ci se porta, en effet, sur Mézières, pensant en avoir aussi facilement raison ; car cette place, qui étaitla clef de la Champagne, était en fort mauvais état. Mais le duc d'Alençon, qui était établi à Reims depuis la fin de juillet, avait eu le temps d'y envoyer Bayard’, le chevalier sans peur et sans reproche, qui fut « plus « réjoui de l’ordre du roi qu’il n’eût été d’un cadeau de cent mille « écus ». Bayard n'avait avec lui que deux compagnies d’ordonnance et deux mille hommes de pied ; encore la plupart de ceux-ei s’enfuirent-ils à la vue des pièces en batterie ; maïs il valait à lui seul une armée ; il sut enflammer d’une telle ardeur ceux qui restaient qu'il en fit des héros. Toutefois la ville, prise entre deux feux, était fort incommodée, et la garnison, qui tenait depuis un mois, très affaiblie par les privations et par la dyssenterie. A la nouvelle qu’il en eut, le roi, qui attendait à Troyes (septembre 1521) l’arrivée d’un corps suisse, vint en hâte à Reims, où il tint conseil avec ses principaux capitaines, le due d'Alençon, le seigneur d'Orval, gouverneur de Champagne, le comte de Saint-Pol, qui occupait avec 6,000 fantassins le Pont de Favergy (Pontfaverger), et plusieurs autres. On résolut de ravitailler Mézières, et l'opération eut tout le succès qu’on pouvait désirer. À la faveur d’une ruse de Bayard, qui fit abandonner aux Impériaux les hauteurs qu'ils occupaient en deçà de la Meuse, et d’où leurs batteries plongeaient dans l’intérieur de la ville, Saint-Pol parvint à y introduire « quelques charroys « de vin et autres amonitions », ce dont les défenseurs furent si joyeux, que, le 1e octobre, ils ouvrirent un feu violent qui réduisit au silence celui de l’ennemi. Sur ces entrefaites les Suisses arrivaient au camp du roi, et celui-ci s’apprétait à porter secours à
1 Lettre au roi du 31 juillet. Il vient d'envoyer à Mézières Bayard, le bailli de Caen, Bancal, Pierrepont et Suzanne, lieutenants de lartillerie. (Revue de Champagne, ibid.)