TRAITÉ DE LOUDUN
repris grâce à la diligence de « Monsieur de La Viefville, soi-disant « gouverneur de Reims ! »; mais les Rémois, qui l’avaient aidé à s'emparer de la place, n’entendent pas recevoir ses compagnies de carabins et autres pour garnison : La Viefville, indigné, se venge en faisant « ruiner et détruire une grande partie des villages des envi- « rons de Reims, par volerie, pillage, rançonnements et autres « grandes extortions, notamment le bourg d’Attigny et autres, qui « furent par lui grandement pillés, usant de toute cruauté ». D'un autre côté, les voleurs d'Epernay et de Sept-Saulx parcouraient et dévastaient le pays, « tellement qu'on n’osait sortir de la ville ». Ces brigands, il est vrai, ne s’entendaient point, et dans la nuit du 21 novembre, ceux de Sept-Saulx « furent déconfits et mis en « déroute par plus grand nombre de ceux d’Epernay » ; mais ces derniers en devinrent plus entreprenants, si bien que l’année suivante, la « foire de la Couture fut de fort petite valeur ? ». La désolation était grande dans la pauvre cité, et des processions d'enfants, allant par les églises, s’efforçaient par leurs chants d'appeler sur elle la miséricorde céleste *.
Le 5 décembre, Méry tombe, à son tour, au pouvoir du même M. de La Viefville, qui, pour reconnaître les secours en hommes, canons et munitions, qu’il avait reçus de la ville de Troyes en cette circonstance, remit sa conquête aux mains de l’échevinage.
Dans le Bassigny, que désolent les bandes des Guyonvelle, des Tavannes et des Clinchamp, le danger commun rapproche deux villes que les guerres de la Ligue avaient divisées. Le 5 janvier 1616, les Langrois écrivaient aux Chaumontois « pour avoir intel-
« que on les contrainet de païer les deniers des failles, creues, taillon et « impost de leur sel du présent quartier d'octobre en certains bureaux « establis par M. le prince de Condé es lieux de Torey, Esparnay, Mareuil, « Rosnay et autres lieux en vertu de ses commissions... ». (Arch. dép., C 2595, to 98. — Cf., ibid., f° 147, une autre lettre du 19 février 1616.)
1 La Viefville était l’un des lieutenants généraux de Champagne ; il était, comme le dit le roi dans sa déclaration de mars 1621 (V. Siatuts, p. 459 et 121), « notre lieutenant ginéral en Rethelois, Reims, Rocroy, Sainte- « Menehould,.…. ressorts et juridiction desdits lieux ». En cette qualité, il résidait à Reims, la ville la plus importante de son arrondissement.
? Pussot.
3 Marlot, t. IV, p. 522.
« ligence avec eux ». La démarche est accueillie avec joie. On se voit à Nogent, on s’entend sur la nécessité de détruire le château d’Aigremont, la principale place d'armes de la révolte, qui appartenait à M. de Luxembourg, et bientôt (8 mars) une convention règle la part de concours de chacune des parties : Langres fournira le canon et tout le matériel de l’expédition ; Chaumont, la poudre et une somme de 200 livres. Tous les paysans du Bassigny sont prêts à entrer en campagne. On allait commencer le siège, quand le roi ordonna de suspendre tous les préparatifs (27 mars). IL venait de signer avec les princes (20 janvier) une suspension d'armes, qui devait bientôt aboutir au éraëté de Loudun(3 mai). En conséquence de ce traité, intervint l’édit du mois de mai 1616, par lequel il fut dit, article 47, que Château-Thierry, Epernay, etc., seraient remis par le prince de Condé entre les mains de ceux qui les possédaient auparavant. Château-Thierry fut alors donné en apanage au comte de Saint Pol, dont l’intendant devait vainement tenter de rattacher au duché la baronnie de Montmirail, la seigneurie de Nogentl’Artaud et le vicomté de Nogentel!.
La Champagne se réjouit naturellement de la fin des hostilités ; mais la joie fut de courte durée, car Condé, rentré à Paris le 27 juillet, après avoir été comblé de faveurs, ne mit plus de bornes à ses prétentions?, et absorba si bien l’autorité royale que la reinemère, justement alarmée, crut devoir prendre, un mois après (34 août), le parti de le faire arrêter et enfermer à la Bastille. Cette mesure effraya les partisans du prince, qui s’enfuirent précipitamment de la cour ; de Nevers surtout, qui avait beaucoup contribué au rétablissement de la paix, se montra blessé de l'atteinte qu’elle recevait. Il se retira dans son duché de Rethelois, se mit à
1 Château-Thierry revint au roi à la mort du comte (7 octobre 1631), dont le fils avait été tué, le 3 septembre 1622, devant Montpellier.
? Aïnsi en alla-t-il pour ses partisans ; ils avaient été si bien traités « qu’on pensait qu'ils s’en devraient contenter. Maïs, comme l'ambition « n’a point de bornes, toutes les grâces qu’ils recevaient ne servaient que « daiguillon pour leur en faire désirer davantage ; et cela alla si avant « que plusieurs personnes ont cru qu'ils voulaient même que M. le prince « pensât à se faire roi ». (Fontenay-Mareuil, p. 105.)
3 V. à l’Appendice, Lettres de Louis XII, N° VII, l'avis qu’en donne le roi aux Châlonnais, le 1er sept.