SOUMISSION DU BÉARN
ne se séparerait pas. Fort du succès qu’il venait de remporter à Angers, le roi résolut de mettre fin, par les armes, à cette affaire, et étant descendu dans le Béarn avec son armée, il y rétablit de force le culte catholique qu’y avait autrefois violemment proscrit Jeanne d’Albret, fit restituer au clergé ses biens, non sans dédommager les ministres protestants, et réunit le pays à la couronne (octobre 1620). Le régiment de Champagne, avec quelques autres troupes, fut chargé d’y tenir garnison !.
Mais cette expédition ne s’était pas faite sans allumer la fureur des exaltés du parti calviniste. Louis n’avait pas encore quitté le Béarn, qu'ils se donnaient rendez-vous à La Rochelle, et à peine avait-il repassé la Loire que l’assemblée prescrivit des mesures d'armement et des levées d'argent (décembre). Le roi dut reprendre les armes, et comme, en se mettant en route (29 avril 1621), il lança sur l’assemblée une déclaration de lèse-majesté, celle-ci, justifiant une fois de plus le sentiment de ceux qui pensaient que les libertés concédées par l’édit de Nantes étaient incompatibles avec l'existence de l'Etat, transforma en gouvernements militaires les huit cercles établis en 1611 à l’instigation de Rohan, et investit le duc de Bouillon du commandement général, en même temps qu'elle lui remit le gouvernement particulier du premier cercle, composé des pays au nord de la Loire*, et embrassant spécialement la Champagne.
Dans cette lutte exterminatrice, où l’on vit se renouveler, avec les prétentions du midi à former une nation à part, les excès qui l’avaient ensanglanté au XII! siècle, notre province paya son tribut de sacrifices au maintien de l’ordre politique. Le siège de Saint- Jean-d’Angély devait surtout lui être fatal : sous ses murs, le maîtrede-camp du régiment de Champagne, Maurevel, tomba en brave le mardi 1° juin ; le 21, le cardinal de Guise, qui avait offert et fait agréer au roi ses services, après s'être signalé à l’attaque des retranchements de la place, mourait à Saintes, victime d’une fièvre maligne, non sans avoir exprimé de profonds regrets de sa vie passée. Son corps, transporté à Reims, y fut, à son arrivée (18 juillet), l’objet d’une déplorable contestation entre le chapitre de Notre-
1 Bassompierre, p. 145.
2? Moins la Bretagne et plus le Berri.
Dame et les religieux de Saint-Denis, qui se disputaient l’honneur de lui rendre les derniers devoirs. Mais, en apprenant ce trouble, Madame de Saint-Pierre, sœur du cardinal, fit déclarer qu’elle le voulait avoir en son église. Comme il était alors fort tard, on ne put, ce soir là, « au grand regret de tous les gens de bien », faire les prières depuis longtemps accoutumées en faveur du roi et de ses affaires !.
Celles-ci étaient pour lors en bon état. Un instant compromises par l’échee qu’elles essuyèrent devant Montauban, dont il fallut lever le siège le 15 novembre ?, à la honte de Luynes qui y survécut peu (15 décembre), elles furent relevées, l’année suivante, par l’habileté du prince de Condé. Battu par l’armée royale et délaissé des siens, Rohan, qui était l’âme du parti, essaya de tirer des secours de l'Allemagne. Alors Mansfeld et Christian de Brunswick- Halberstadt, chassés du Palatinat par les armes de Tilly, s'efforçaient de gagner la Hollande par la Lorraine. Bouillon envoya vers eux pour les engager à entrer en France, où l’absence du roi et l’éloignement des garnisons-frontières leur promettaient une facile proie. Attirés par cet allié de Rohan, ils s’avancèrent jusqu'aux limites de la Champagne, répandant partout la terreur par les affreux brigandages de leurs mercenaires. Maïs M. le duc de Nevers s'était empressé d’accourir, et, tandis que par ses ordres, joints aux lettres du roi, les villes de son gouvernement se mettaient en état de défense, et que se formaient de grands amas de troupes, lui-même, pour gagner du temps, amusait l'ennemi par des négociations. Il y réussit si bien que les deux aventuriers, un instant menacés d’être enfermés entre les Français et les Espagnols qui s’avançaient par le Luxembourg, se décidèrent à laisser là les perspectives que leur offrait Bouillon, pour prendre la route du Hainaut. Ce fut un grand soulagement pour les populations de la
1 Pussot.
? Le siège dura deux mois (15 août-18 septembre). Là s’éteignit la branche de Mayenne par la mort du duc (17 septembre), tué à l'assaut du quartier Ville-Bourbon.
ë# Celle qu’il adresse aux habitants d’Epernay est datée de Béziers, du 26 juillet 1622. (V. les Délibérations du Conseil, dans Epernay et l'abbaye Saint-Martin, de M. Nicaise, t. Ler, p. 169.)
1623-1624. TRAITÉ DE MONTPELLIER. o11
Champagne ; mais elles n’en eurent pas moins à souffrir, sur quelques points, des excès d’une soldatesque indisciplinée, qui ruinait « les biens de la terre tant par dégatz que par le feu ». Ce fut particulièrement le sort d'Aubenton, où était logé M. de Nevers avec sa Compagnie, et « où y eut grand nombre de maisons et « granges pleines de grains, foings et boys bruslés », ce qui causa aux habitants une « perte merveilleuse et quasy inestimable », et dans tous ces parages un renchérissement considérable des grains!, bientôt suivi de la peste ?.
Déçus dans leurs espérances et effrayés de leurs revers, les huguenots, dont Condé voulait qu'on poursuivit l’extermination, s’estimèrent heureux de pouvoir, grâce à la reine-mère, conclure le traité de Montpellier (9 octobre 1693), qui, tout en confirmant l'édit de Nantes, ne leur laissait pour places de sûreté que la Rochelle et Montauban, leur interdisait toute assemblée politique et prescrivait la destruction de leurs châteaux et fortifications. La rélorme était vaincue ou en pleine décadence ; le catholicisme triomphait.
Le moment n’était pas éloigné où Richelieu, qui avait secrètement poussé Marie à rentrer dans le conseil, devait, par la faveur de cette princesse, y prendre place à son tour et y mettre au service de l'Etat et de la religion une parole claire, facile, abondante et persuasive, qui n'avait d'égale que la supériorité de ses vues et sa passion de la grandeur de la France. Ce fut le 19 avril 1624 que le conseil s’ouvrit pour lui : « Jour véritablement heureux », dit Fontenay-Mareuil, « pour le roi et le royaume ». En reprenant la politique de Henri IV et en s’attachant à abaisser la maison d'Autriche, Richelieu allait délivrer la puissance royale des entraves que mettaient à l’aecomplissement de ses desseins la turbulence des grands et l’indépendance politique des protestants.
1 Pussot.
? Marlot, p. 538. Elle enleva deux mille personnes à Mouzon et dans
le voisinage.