COLLÈGES TENUS PAR LES JÉSUITES
Les divers ordres religieux qui firent en ce temps-là leur apparition en Champagne se proposaient également la défense et la propagation de la vérité ; mais tous n’y tendaient pas par les mêmes voies. Les uns, sans négliger la direction des consciences, avaient pris plus spécialement pour leur part l’enseignement de la jeunesse ; les autres, la prédication.
À la tête des premiers, en même temps qu’à la tête du mouvement catholique, marchaient les Jésuites. Ils n'étaient nés que depuis quelques années, et déjà, en 1608, ils comptaient 29 provinces, 21 maisons professes, 293 collèges, 10,381 membres : ils couvraient le monde entier, et en France ils exerçaient par leurs lumières et leurs vertus un tel empire, qu'ils dominaient la cour, le clergé et la noblesse.
Ils étaient dès lors à Reims en possession d’un collège, et nous apprenons par Pussot que, le 24 juillet 1622, ils solennisèrent en leur église « la canonisation des bienheureux saint Ignace et saint « François-Xavier, où fut faict belles cérémonies et prières, avec « une honorable et dévote procession générale et extraordinaire », qui se rendit à Notre-Dame. Là fut chantée la messe par l’archevêque, « et n’y estait espargné les parades (ornements ), enseignes, « guidons, trompettes, viollons et aultres embellissements, tant « qu'il leur fut possible ! ».
Depuis huit ans (1612), ils enseignaient la jeunesse de Chartevtlle, quand Charles de Gonzague leur fit, en 1620, donation d'une maison et d’une chapelle, et y ajouta successivement (1620-1621), avec le prieuré de Saint-Julien, jusqu’à 8,000 livres de revenu ?.
À Châlons, le conseil, s'apercevant que son collège lui coûtait cher, puisqu'il ne rapportait que 7321., alors que la dépense était de 1185 1., avait, dès le 6 octobre 1603, résolu de prier le roi de per-
1 Cette superftuité, ajoute notre chroniqueur, je n’entends ni la louer, ni la blâmer : « Nec laudo, nec vitupero. Dieu veuille le tout accepter ». (CF. Oudart-Coquault, p. 391). — Leur collège était en grande prospérité en 1618, et « s’agrandissait en place et bastiments, tellement que tant « firent que, malgré les paroissiens, ils possédèrent l’église, place et « cymetier de Saint-Maurice, accomodant le tout avec leur maison. Et « mesme basiysaient grande place à Cormontreuil, leur servant de « réceptacle et déambulatoir ». (Pussot, année 1618.)
? Hist. de Charleville, par Hubert, p. 227 et sq.
mettre l'établissement d’un collège de Jésuites. Grâce à la généreuse proposition de Gosme Clausse (30 mai 1615), qui, « pour donner « moyen aux habitants de faire instruire la jeunesse en piété, « bonnes mœurs et bonnes lettres », offrit à la ville 12,000 livres tournois et 6,000 septiers de grain, mesure de Châlons, plus 100 septiers de grain de rente annuelle ou 4,000 livres tournois une fois payées, les Jésuites, munis de lettres patentes du roi (13 janvier 1617), s'engagèrent, le 24 février suivant, à ouvrir un collège composé de cinq classes, dont trois de grammaire, une d’humanités et une de rhétorique; « à pourvoir aux classes de philosophie, « lorsqu'il y aurait un nombre suffisant d’écoliers », « et à donner libre entrée aux enfants de ceux de la religion prétendue réformée, pour être instruits et enseignés ès-lettres humaines, suivant les édits de pacification ! ». On vendit en conséquence les bâtiments qu'oceupait l’ancien collège Saint-Lazare 2, et bientôt, par les soins d’un frère coadjuteur de la Compagnie, s'élevait dans la rue de la Charpenterie, aujourd’hui rue du Collège, l'établissement dont nous admirons encore l’ordonnance générale et surtout la chapelle *. Les
1 Ce sont les termes du contrat passé avec la ville (V. l'Histoire du Collège de Chélons, par M. l'abbé Puiseux). Cosme Clausse, prévoyant le cas où, pour une cause quelconque, les Jésuites quitteraient le collège, avait stipulé que les revenus de l'établissement seraient « employés à « faire apprendre des métiers aux jeunes enfants de l’un et de l’autre « sexe, qui seraient tant de la ville de Châlons qu’habitants d’icelle. »
2 Situé rue Saint-Lazare, aujourd’hui rue des Trésoriers.
3 Cette chapelle ne fut achevée qu’en 1678. Le portail en est charmant ;
mais elle présente malheureusement à l’intérieur une nudité désolante. La fuite des religicuses d'Avenay, empressées d'échapper à la barbarie des huguenots, et leur dispersion en différentes maisons n'avaient pas eu lieu sans relâcher quelque peu la discipline de leur monastère. Pour prévenir le retour d’une si fâcheuse conséquence, en leur assurant un abri contre de nouvelles invasions ennemies, Me de Beauvillers eut la pensée d'établir à Châlons une colonie de filles. Elle acheta les terrains nécessaires à cette création près de l'emplacement où allait s’elever le collège des Jésuites, et le 6 février 161%, elle signait à l'abbaye de Saint-Pierre-aux- Monts avec l’évêque et les députés du conseil de ville le contrat de fondation du prieuré de Saint-Joseph. Elle introduisit dans ce prieuré la grande réforme qu’on y observait avant la Révolution, car les supérieures y
étaient triennales, et personne ne parvenait à cette dignité que par son