APPEL DU ROI AU DÉVOUEMENT DES BONNES VILLES. DD
Mézières ; les Impériaux, découragés, se décidèrent à abandonner le siège, et, après avoir vidé Mouzon, dont ils incendièrent les faubourgs, ils prirent la chemin de Vervins, brûlant tout sur leur passage !.
L'orage devait se dissiper du côté de Valenciennes, mais pour se reformer plus menaçant en talie, où les affaires du roi allaient si mal que, le 30 mai 1522, la perte du Milanais était consommée. Pour assurer la défense du royaume, François *, dès les premiers jours de mars (1522), avait fait demander à Reims, « comme aux « autres villes franches de taille », un certain nombre de gens de pied®?, et après avoir, le 5, décidé qu'il ne serait fait aucune offre aux commissaires chargés du recrutement et qu'on enverrait vers le roi lui remontrer la pauvreté de la ville, une assemblée générale, sur les observations des officiers royaux, arrêtait, le 6, qu’on offrirait le payement de 50 hommes de pied pour six mois, non compris les francs-archers que fournissait la cité, et que chaque homme recevrait 100 s. t. par mois $. Huit jours après (12 mars), le roi luimême venait à Troyes sans aucun appareil, et demandait aux habitants de l'aider à supporter les frais de la guerre. La ville lui propose de pourvoir à l'entretien de 200 hommes de pied ; mais François préfère de l'argent‘ : les coffres de l'Etat sont vides, il importe de les remplir. Cédant à son désir, on lui accorde 3,000 L. £., àlever, en dépit du clergé, au moyen d’une contribution sur les maisons dont il était le principal propriétaire, ce qui n’empêcha pas de subventionner pendant plusieurs années 200 hommes de piedé. Le 13 juin, le roi donnait commission de faire vendre les
1! Martin du Bellay, L. 1er, p. 140-142.
? Châlons est exempté de cette charge « comme n'étant pas ville franche, mais contribuable aux tailles » (Lettre du gouverneur de Champagne datée de Troyes le 21 mars, dans les Conclusions du Conseil).
3 Arch. législ., ibid., p. 864.
4 Le 3 février précédent, en leur mandant d’avoir à fournir 200 hommes de pied, pour renforcer son armée et la défense du royaume, François lui avait laissé le choix entre la levée et l'entretien de ce corps (Arch. mun. de Troyes, 62° boîte, 4° liasse).
5 Boutiot, t. Il, p. 305. Les habitants étaient, à cet effet, autorisés à imposer le vin, le sel et les bestiaux débités en la boucherie de la ville (Lettres du 31 août 1522, ap. Arch. mun. de Troyes, ibid).
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joyaux de l’église de Reims, « pour subvenir aux besoins de V'Etat »!.
C’étaient là des ressources précieuses qu’il aurait fallu ménager avec un soin d'autant plus scrupuleux qu'elles n'étaient point intarissables. Malheureusement elles n’allaient pas toutes au Trésor qu’elles devaient combler ; la cour en détournait une bonne part, qu’elle consommait en honteux plaisirs *. Les troupes qui n'étaient pas payées 5 sc répandaient par bandes dans les provinces, et, grossies de tous les malfaiteurs, renouvelaient, au grand désespoir des populations, les excès des grandes compagnies du XIV: siècle. Une de ces bandes, composée de sept ou huit cents mauvais garçons aventuriers, ravageait la Champagne et la Brie ; ils avaient mis en déroute, « à grand carnage », les bourgeois de Meaux qui avaient eu l’imprudence de sortir à leur rencontre avec des canons sans boulets.
Le duc de Bourbon, qui commençait à devenir suspect au roi, profita de la circonstance pour quitter Paris, le 27 mars 1523, afin d'aller, disait-il, faire son office de connétable en purgeant le pays de ces pillards. Il les dispersa, en effet, et en fit pendre un grand nombre, puis il se retira dans le Bourbonnais, en attendant de tirer l'épée contre la France. Ce moment était proche.
L'évacuation de la Lombardie par l’armée française, enhardissant les ennemis du roi, les avait réunis contre François dans une ligue formidable (3 août 1523). Emporté par son ressentiment, le connétable n’hésita pas à s’y engager (4 août), conspirant non-seulement contre son roi, mais contre sa patrie, dont il voulait détruire
! Arch. munic. de Reims, fonds de la fabrique, liasse 47, n° 5.
? Aussi Le roi croira-t-il devoir, en juillet 1523, certifier sur sa parole qu'une somme de 8,000 1. par lui demandée, le 24juin précédent, au clergé séculier, ne sert qu’à payer les frais de la guerre et urgentes nécessités du royaume (Arch. dép. de l'Aube, G 2.614, liasse 47).
$ Lautrec put se croire autorisé à dire au roi que c'était lui-même qui avait perdu son héritage du Milanais, car « la gendarmerie a servi dix-huit mois sans deniers, ef parcillement les Suisses, lesquels ne meussent contraint de combattre à mon désavantage, s'ils avaient eu paiement. — J'ai envoyé 400,000 écus d’or, l’an passé, sur votre demande. — Je n’ai jamais vu la somme, mais seulement les lettres d'envoi de Votre Majesté. »