‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 270 sur 327 · INSTRUCTION DES ENFANTS PAUVRES · texte numérisé non relu

INSTRUCTION DES ENFANTS PAUVRES

ravir à l'affection de son troupeau, l’évêque de Châlons, Cosme Clausse, couronnait son long épiscopat par une pieuse fondation qui a eu le privilège de survivre à nos révolutions. 11 donnait à l'Hôpital général une rente de la valeur de 4,232 fr., pour mettre en métier à perpétuité, chaque année, 52 enfants indigents de la ville, âgés de 10 à 12 ans. On distinguait ces enfants à une pièce rouge attachée sur la manche et portant les armes du prélat, d’où vient qu’on les appela les robes rouges 1.

À Reims, sur Pinitiative d’un certain nombre de personnes charitables, mues par le désir « de vider la ville d’un grand nombre « de fainéants, de secourir les pauvres autant que leur nécessité le « requiert, et de faire instruire à la piété et aux arts mécaniques « tout ensemble une fourmilière de petits enfants qui savent aussitôt « mendier que marcher, et qui continuent ce mauvais métier toute « leur vie », Louis XIE, par lettre du mois de janvier 1633, autorisait les lieutenant et gens de la ville à « édifier et establir en icelle une « maison de charité pour les manufactures qu'ils jugeront propres. « à l'emploi et nourriture des pauvres ». Bientôt des maîtres et des maitresses chargés de l'instruction des enfants étaient installés dans ladite maison (octobre 1634). Mais, lorsqu'on voulut appliquer ce régime aux pauvres valides « qui quémendaient d'ordinaire » par les rues, de deux ou trois cents qu'ils étaient, ils ne « s’en trouva « plus 60 » disposés à profiter du bienfait, le reste « aimant mieux « s’évertuer en gaignant du pain que de perdre la liberté? ».

Quant à l'instruction des jeunes filles, plusieurs ordres religieux nouvellement nés s’y vouèrent particulièrement. Le vénérable Pierre Fourier, dit le Père de Mataincourt, parce qu'il était le curé de ce lieu, au diocèse de Toul, venait de former dans sa paroisse un certain nombre de saintes filles à l’enseignement (1598). Ilen envoya deux de Verdun à Châlons en 1613 *, lesquelles furent bientôt suivies

1! Arch. de l'hôpital. — Les 52 enfants pauvres sont choisis, chaque année par Monseigneur lEvêque et MM. les Curés de la ville, et les 1,232 francs sont distribués par les soins de l’économe de l'hôpital. Il est inutile d'ajouter que la pièce rouge et le nom ont disparu.

2? Marlot, tome IV, p. 543-553.

3 Elles y arrivèrent le 31 décembre et furent provisoirement logées, par les soins du curé de Saint-Eloi, ami du P. Fourier, chez une honorable veuve, où elles ouvrirent immédiatement leur école. Transférées, le 1° mai

de deux autres (41 juin 1614), et quatre ans après (1618), elles y élevaient le premier monastère de l’ordre de la Congrégation de Notre-Dame en France. Dès le 22 août 1614, Cosme Clausse les avait autorisées, et au mois de mars 1615, il leur avait obtenu des lettres patentes du roi Louis XUI. De Châlons elles se répandirent rapidement dans la province, s’établissant à Vitry en 1623 *, à Sainte- Menehould en 1627 ?, à Troyes et à Bar-sur-Aube en 1628, à Provins en 4629, à Château-Thierry en 1637, à Rethel et à Reims en 1638*. Toutes leurs écoles étaient gratuites : ainsi « l'avait voulu le P. Fourier. « On ne devait même rien. demander aux escholières, ny à « leurs gens pour ayder à achepter des ballaïs, à nettoier les classes, « ou pour faire des bancs ou des tables, ou pour rabiller des « verrières cassées, ou pour autres choses semblables qui touchent « aux escholes. Tout cela se fera aux frais du monastère, s’il n’y est « proveu de quelque autre côté # ».

Les Carmélites, qui avaient précédé les sœurs de la Congrégation à Châlons (1611), eurent encore des maisons à Troyes (1620), à Chaumont (1623), à Charleville (1632), à Reims (1633) °.

161%, vis-à-vis Saint-Eloi, dans la petite maison de Sainte-Marie de la rue Sainte-Croix, et autorisées par lettres patentes de Louis XIU en mars 1615, elles bâtirent leur monastère, estimé lun des plus beaux de leur ordre. C’est aujourd’hui le grand séminaire. Bannies par la Révolution, elles furent, à leur rentrée, autorisées à s'installer dans le couvent des Récollets, 1805.

1 Le consentement de la ville est du 6 novembre 1623 ; l'approbation de Cosme Clausse, du 417 mars 4624; les lettres patentes du roi, du mois de mai de li même année. — En 1685, « les écoles de la Congrégation sont « remplies de plus de trois cents filles, n’en pouvant contenir davantage. » [Assemblee générale des habitants et communauté de Vitry pour l’établissement des dames doctrinettes (régentes) à Vitry |

2 Le consentement de la ville est du 26 février 1626, l’ordonnance de Henri Clausse du 9 juin 1627. Les sœurs arrivèrent le 13 juillet suivant.

3 De toutes les pieuses associations qui s’établirent à Châlons, la Congrégation seule parvint à s’y maintenir. Les religieuses de Rethel et de Reims sont une colonie de la maïson de Laon, laquelle date de 1626.

4 N. Les vrayes constitutions des religieuses de la Congrégation de Notre-Dame, faites par T. R. P. Pierre Fourier, leur instituteur, 1649.

5 Leur établissement à Reims ne fut définitif que le 20 juin 1640. (V. Baugier, t. Il, p. 26.)

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