INSTRUCTION DES JEUNES FILLES
Les Ursulines en fondèrent à Givet (1623), à Troyes (1628), à Epernay (162).
Les Visitandines en ouvrent à Troyes et à Meaux (1631), deux ans après que Jean Rochon, chanoine de la collégiale de Dammartin, avait fondé à Meaux une communauté de quatre sœurs charitables pour l'éducation des petites filles de la ville. — La duchesse de Liancourt fonde à Charleville, en 1630, l’ordre des Sœurs séculières de la Providence, qui devait, en 1679, recevoir son approbation et ses règles de l’autorité archiépiscopale. — Les Bénédictines de Longueau s’établissent à Reims en juin 1632, à titre provisoire, et définitivement en 1640 !.
Bientôt la veuve de feu noble homme messire Nicolas Colbert, en son vivant seigneur de Magneux-lez-Fismes, allait, avec l’autorisation de l'archevêque (29 juillet 1634), établir à Reims une maison de filles pauvres pour les former aux vertus chrétiennes sous la direction de quelques maîtresses, et les rendre capables de remplir l'office de « servantes dans les honnêtes maisons. » Au nombre des travaux auxquels elles devaient être exercées, il est intéressant de voir mentionner la broderie à l'aiguille, dont elles contribuèrent ?, L'institut prospérant eut, peu après, une succursale à Fismes. On appelait ces filles les Magneuses, du titre de leur fondatrice. ;
sans doute à maintenir le goût dans la cité
Tandis que la charité chrétienne pourvoyait ainsi aux besoins temporels des délaissés de la fortune, et distribuait à la jeunesse le pain de intelligence, des ordres religieux, voués à la défense et à la propagation de la vérité, en même temps qu’à la pratique des plus rigoureuses austérités, s’établissaient dans la Champagne, que la solidité de leurs enseignements et le spectacle de leurs vertus contribuèrent à fortifier dans sa foi.
Cosme Clausse faisait venir à Châlons (1610) Les Récollets ÿ pour faire le catéchisme aux enfants, et les logeait dans son palais jusqu’au
1 Oud. Coquault, t. Ler, p. 98, et t. LL, p. 382.
? Dallicr, Mémoires, p.464, ap. Loriquet : Les tapisseries de Notre-Dame de Reims, p. 35. ÿ
$ Louis XIII encouragea le conseil de ville par lettres du 29 mai 1613 à faire le nécessaire pour leur établissement (V. l'Appendice, Lettres de Louis XIII, N°1).
4° avril 41624, qu’on leur donna dans la rue Grande-Etape une place pour construire leur couvent. Ils l’édifièrent avec les débris du château de Mareuil, que Louis XIII leur avait abandonnés en 1647. Cosme Clausse, qui avait pour ces religieux une haute estime, en établit aussi (1612) à Vitry-le-François, où ils obtinrent l’emplace ment de l’ancienne citadelle.
Il avait déjà introduit dans cette ville (1610) des Minimes pour opposer une digue à l'erreur, qui y était assez puissante !. Humbles enfants de Saint-François-de-Paule, les Minimes avaient, dès 1604, mis le pied sur le sol champenois, en fondant à Château-Thierry une maison ; ils en ouvraient encore à Epernay (1619), à Lépine (1625), où Mme Anne de Marcoussey, femme de M. d’Aussonville, les établit en faveur des pèlerins ?, et dans la ville de Reims, où Henri Clausse, en sa qualité d'administrateur du diocèse, dédiait leur église en 1630.
Etablis à Reims dès le commencement du XIVe sièele (1325), les Carmes y tinrent, en 1618, un concile provincial, qui fut inauguré le 143 mai, et célébré « avec bel ordre ». A la suite de ce concile, ils fondèrent une communauté à Meaux (1622).
À Charleville, sur un rocher escarpé baigné par la Meuse, Charles Ie de Gonzague faisait bâtir le Mont-Calvaire, où il installait, en 1629, le P. Le Conte, de l’ordre des Jéronimiles, qui travailla avec zèle à affermir les catholiques dans la croyance de l'Eglise, et à y ramener ceux que les calvinistes de Sedan avaient séduits ÿ.
Mais les plus populaires des religieux en ce temps-là furent sans contredit les Capucins, introduits en France l’an 1573. Leur nombre croissait tous les jours, et, depuis six ans qu'ils étaient à Reims, installés dans le collège des Ecrevés (1612), ils ne cessaient de faire des recrues : la «presse » à cet égard était d'autant plus admirable qu'ils cestaient pour la plupart enfants de bonnes et grandes mai-
1 « Je me défiais des habitants », dit Bassompierre, ann. 1620, p. 435, « dont une partie sont huguenots et à la dévotion de M. de Bouillon ; les « autres sont catholiques et ligueurs pour la vie ».
? Les lettres confirmatives de Louis XII sont du 3 juillet 4628. En raison du pèlerinage, les habitants de Lépine Ctaient exempts du logement des gens de guerre et de toutes contributions. Dom François, Hist. de la ville de Châlons. — Cf. Arch. de la Marne, C 249%, f° 40.
5 Le Tellier devait supprimer les Jéronimites le 16 août 1676.
RELIGIEUX VOUÉS A LA PRÉDICATION. d23
« sons» ; n’était pas reçu, en effet, « qui voullait ou qu'avec grande « peine et faveur t». Et ce n’était pas seulement à Reims qu'ils étaient recherchés, mais « aussi bien ailleurs ». C’est pourquoi nous les voyons accueillis à Chaumont vers la fin du XVI siècle; à Troyes en 1610 ; à Reims en 1612 ; à Provins en 1613 ; à Sainte- Menehould en 1619 ; à Château-Thierry en 1693 ; à Vitry en 1635.
Les Capucins de Chaumont y étaient venus, à la sollicitation de Guillaume Rose, sous la conduite du R. P. Honoré, à qui les austérités de sa vie firent une grande réputation de sainteté ?. Architecte de la maison aussi bien qu’il était l’organisateur de la famille, après avoir été fonder d’autres communautés jusque dans le midi, quand on fit de la Champagne et de la Lorraine une province de l'ordre (1606), il en fut le premier provincial. Nommé ensuite provincial de Paris en 1609, il revint en Champagne en 1624, pour y tenir le chapitre de l'Ordre comme commissaire général. Il avait convoqué ce chapitre à Chaumont, mais, exténué par le jeûne et les macérations, il l’avait à peine clos qu'il mourut (26 septembre) au milieu des regrets universels.
Les Capucins de la province de Champagne devaient être chargés plus tard de la mission de la Louisiane au Mississipi.
La restauration religieuse ne pouvait manquer de raviver le culte des saints. Aussi voyons-nous à Reims deux chanoines fonder, au mois d'octobre 1613, la sonnerie de la prière à la Reine des saints le matin, à midi et le soir, « par le tintement de neuf coups de la « grosse cloche, appelée Richarde, de l'église Notre-Dame », ainsi que cela se fait en plusieurs églises conventuelles *. En 1631, Henri Clausse célèbre la translation du corps de saint Basle; deux ans après (1633), en présence de la reine Anne d'Autriche, alors logée en l’abbaye, celle des reliques de saint Thierry. «L'an du Seigneur « 1632, le 11 novembre », ainsi que le témoigne une inscription latine découverte en 1852, le même prélat avait consacré en l’honneur de sainte Anne l’autel de la erypte principale de l’église de Vertus, et y avait renfermé « des reliques de plusieurs saints martyrs
1 Pussot, ann. 1618.
? I] se nommait Charles Bochard et était fils d’un conseiller au parlement de Paris,
3 Pussot.
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« et de saint Memmie, confesseur ». En 1638, l’église de Reims, désireuse de réparer autant qu'il était en elle les pertes qu’avaient essuyées plusieurs villes pendant les dernières guerres, ou de doter les nouvelles églises, les nouvelles communautés religieuses, ouvre libéralement son trésor et fait don des reliques de saint Timothée et de ses compagnons, soit à la co/légiale de Notre-Dame de Vitry, dont l’évêque de Châlons avait posé la première pierre, le 24 juin 1629 !, soit aux Ursulines de Bayeux, en Normandie (1639), aux Carmélites de l’Incarnation à Paris ; au couvent de Sainte-Marie de Mouzon, aux filles de la Congrégation et à l’abbaye de Saint-Etienne de Reims ?.
Déjà, le 24 novembre 1612, l’église de Reims, à la prière de l’archiduc Albert d'Autriche et avec l'autorisation de Louis XII, avait consenti à remettre à la ville de Liège les restes de saint Albert, son évêque, assassiné à Reims le 24 novembre 1192 par des émissaires de l’empereur d'Allemagne, et inhumé en l’église Notre- Dame. Tirée de sa fosse dès le 3 novembre, la bière, qui était de pierre, fut ouverte après l’accomplissement des formalités requises, et les ossements qu’elle renfermait ayant été déposés en un coffre de bois, furent, le 22 et le 23 novembre, portés par les rues de la ville en grande pompe et grande dévotion, malgré l’affluence du peuple et l’inclémence d'un ciel pluvieux. Or on chantait durant le chemin le grand psaume Beati immaculati in vi, et le chant de chaque verset alternait avec celui du premier, « lequel ne convenait « pas à tous, notamment anx pauvres porteurs des ordres mendiants, « ainsy chargez et oppressez, car ils estaient (comme plusieurs « aultres) non immaculez, mais bien mouillez, crottez et embouez » ; l’un d’eux y laissa même sa pantoufle. Ce dont ils furent assez mal récompensés par le commissaire de la bourgeoisie, lequel réserva toutes ses faveurs pour le chapitre ; car Les six chanoines qui avaient accompagné la châsse jusqu'à l’église Saint-André au bourg de Porte-Serre, « revindrent fort contans avec chacun une belle- « chayne d’or et aultres bienfaitz, sans le gros donné pour le cha- « pitre, comme on disoit ÿ ».
1 Le portail et les tours ne furent terminés qu'en 1670. ? Marlot, t. IV, p. 564 ct 565.
3 Pussot, ann. 1612.