LE CULTE DES SAINTS REPREND VIE
Le portail de l’église Notre-Dame de Reims était alors couvert d’échafaudages. Voulant mettre à profit l’argent qu'ils avaient reçu du roi et de la reine, sa mère, messieurs du chapitre avaient, en 1611, résolu de le faire réparer, « et principalement la grande « voulte du grand portail, dont la plupart des pierres estaient cor- « rompues et en pièces, et grande partie de figures de dessoubs tom- « bées ». Les travaux avaient été mis en adjudication, l’entreprise adjugée pour 4,500 livres à un maître maçon de Laon, Vincent Bourgeois, et dès les premiers jours de novembre on avait commencé d'élever les échafauds. Un an après, le 2 janvier 1643, l’œuvre de réparation faite et reçue, on les démolissait.
Le 21 du même mois, on descendit « l'ange du dessus du petit « clocher », qu'avaient endommagé les orages et les vents, et après l'avoir redressé et redoré, on le remettait « en son lieu le IlE jour « du moys de mars suyvant ».
Une œuvre plus importante allait occuper l’évêque de Châlons. Jaloux de ne point voir le tombeau de son onele sous le porche de la cathédrale, et ne voulant point contredire sa volonté dernière, Henri Clausse agrandit la cathédrale de deux travées, et construisit en même temps un nouveau portail, mais d’un style approprié au goût de l’époque et bien différent de celui de l'édifice (1628) !.
Pour terminer ce qui se rapporte à l’ordre religieux et aux affaires ecclésiastiques, rappelons que, le 20 octobre 1622, l’évéché de Paris fut érigé en archevêché, et que celui de Meaux y fut rattaché. Ce fut pour-la métropole de Sens, dont ils étaient tous deux suffragants un amoindrissement qui lui fut très sensible. Ce fut aussi pour la ville un coup dont elle ne se releva point.
I. — Pendant ce temps-là les trois principales cités de la Cham-
Î Quarante ans plus tard (1668), la foudre ayant détruit, en y mettant le feu, la belle flèche que l’évêque Gilles de Luxembourg avait fait élever en 1520 sur l’une des tours, et la voûte du sanctuaire ayant, en s’affaissant, cffondré celle de la crypte, on profita de la circonstance pour agrandir l'édifice par l’addition d’un déambulatoire et de trois chapelles absidales qui n’existaient pas auparavant. Alors seulement la cathédrale fut achevée telle que nous la voyons aujourd’hni. Les deux tours avaient été dans le même temps surmontées chacune d’une flèche ; mais la solidité
de ces flèches inspirant quelque crainte, on les démolit en 1859.
pagne dotaient ou songeaient à doter, chacune, l'administration municipale d’un hôtel digne d’elle. Châlons achevait en 1612 le sien, commencé en 1553', mais destiné à une ruine rapide. Reims jetait, le 47 juin 4696, les fondements de celui que nous admirons, et qui, dix ans plus tard, présentait avec la grande salle la moitié de sa façade, décorée de la statue équestre de Louis XIIT et surmontée d’un dôme ?. Troyes, qui voyait avec peine la cadueité de sa vieille maison de ville, s'occupe, le 6 avril 1616, des voies etmoyens de la reconstruire. Elle est enfin fixée et a adopté le projet de Louis, architecte à Paris. La première pierre est posée, le 47 juillet 1624, au bruit de l'artillerie comme aux doux sons de la musique, et les travaux se poursuivaient, quand interviennent les trésoriers généraux de France qui exigent une adjudication. Celle-ci n’a lieu que deux ans après et à Châlons. Les contestations qu'avait soulevées la prétention des trésoriers semblent avoir amorti la première ardeur : les travaux marchent avec lenteur, et la construction dépérit journellement. Ce ne fut que vers 1674 qu'on finit par mettre l'hôtel de ville en l’état incomplet où nous le voyons aujourd’hui.
Ces interruptions, cette suspension des travaux semblent une image des langueurs de la vie communale, et, à dire vrai, l'autorité royale tendait à restreindre de plus en plus les libertés et privilèges des villes. On voit bien, après Henri IV (mars 160%), Louis XII confirmer (octobre 1610) au chef de l'administration municipale de Chaumont le titre de maire que ce magistrat avait pris pendant les troubles de la ligue ; mais, dix ans plus tard (1620), supprimant le vote direct, le roi prescrivait qu’à l'avenir les élections se fissent par assemblées autres que populaires, et composées seulement de huit bourgeois de chaque quartier, en tout 64, réunis aux officiers du bailliage et du corps de ville. La mesure est du reste générale, etle Code Michau (1629) la consacrera, en disposant (art. 412) que tous les corps de ville seront réduits, autant que faire se pourra, en la forme de celui de Paris, ainsi qu'on a fait à Lyon, à Limoges et
1 Dom François, Hist. manuscr. de la ville de Châlons.
? La façade a été complétée de nos jours sous l’habile administration de M. Werlé et par les soins éclairés de M. Brunette, architecte de la ville. L’achèvement de l'édifice, poursuivi depuis, mais avec un goût moins
pur, est aujourd’hui accompli.