RESTRICTION DES LIBERTÉS MUNICIPALES
ailleurs ‘. Le parti populaire, menacé par l'influence croissante des officiers royaux, luttera contre le parti aristocratique, et la population divisée en deux camps se partagera, à Chaumont, par exemple, entre l’échevin Bézot, dont le mandat fut, pendant quinze ans, renouvelé au conseil de lacommune, et le prévôt Gilles Délestre, seigneur de Riocourt, qui, deux fois nommé maire, devait être deux fois repoussé à laréélection. A Troyes, la lutte est entre le conseiller au bailliage, Joachim Bazin, et Odard Péricard, écuyer, que la royauté persiste à lui préférer, malgré l’infériorité notable du nombre des suffrages qu'il réunit. Elle reprochait à Bazin d’être élu « par des pratiques et monopoles, et par assemblée du menu « peuple, à heure indue*», mais en réalité elle s’effrayait de la popularité de son nom. Péricard fut ainsi maire de 1632 à 1636, et Bazin, en dépit des protestations réitérées de la ville, tenu à l'écart jusqu’en 1646.
À Reims, l’antagonisme est entre le dernier débris de la municipalité gallo-romaine et le dernier produit du mouvement communal, entre l’échevinage et le conseil de ville. Tous deux procèdent de principes différents ; car, si l’un est le fruit de l’hérédité, l’autre est né d’une usurpation ; aussi, bien qu'également chers à la bourgeoisie, dont ils ont conservé les droits ou consacré les empiètements, en sont-ils venus à « des dissensions grandement préjudi- « ciables au repos et à la tranquillité publique de la ville ». Pour y remédier, les habitants « auraient, diverses fois, en assemblées « générales [notamment le 14 mai et le 12 décembre 1635], advisé « de réunir en un mesme corps ces deux com pagnies, et de rendre « toutes leurs fonctions communes, pour être dirigées et exercées « d’un mesme esprit et ordre ». C'était un vœu auquel la royauté ne pouvait demeurer sourde ; aussi s’est-elle empressée d’ordonner la réunion desdites compagnies « en un seul corps de ville, lequel
1 V. Isambert, Recueil des anc. lois franç., t. XNL, p. 245-345. — Le code Michauw fut ainsi appelé du nom de son rédacteur Michel de Marillac.
? Ceci lui fut opposé particulièrement en 4628, où l'ancien maire fut maintenu dans ses fonctions, et remplacé ensuite par M. Lejeune, jusqu’à ce que Bazin eût fourni des explications sur l'opposition dont son élection était frappée.
« prendra le titre et qualité de lieutenant, gens du conseil et « eschevins |.»
En cette dernière évolution de la vie municipale de Reims, le titre de capitaine ne disparaîtra pas, mais ce ne sera plus qu’un titre, et le lieutenant, en présidant le corps de ville, le présidera au profit de la royauté. C’en est fait de l’autorité de l’échevinage, obligé de subordonner désormais sa marche à celle du conseil. Parvenu à sa décrépitude, il ne retrouvera les forces de sa jeunesse que pour disputer aux archevèques ses dernières attributions *.
Le moment n’était pas éloigné où les villes seraient dépouillées de leurs attributions militaires, qui étaient pour elles la plus précieuse garantie de leurs privilèges ?, et se verraient réduites à la surveillance deleurs compagnies d’arbalétriers et d’arquebusiers.
Les deux compagnies subsistaient encore en certaines villes. A Reims, par exemple, nous les voyons, le 24 mai 1611, se disputer la préséance dans une cérémonie funèbre : elles avaient perdu toutes deux un de leurs membres dans la personne d’un nommé « Symon Yoland, maistre de l'hostellerie des Grandes Meulles », en son vivant « bon pillier de table » et fort ami des compagnies, qui avait fini par succomber à de nombreux « excès bacussins ». Les arbalétriers, forts de leur ancienneté, entendaient marcher les premiers après les parents; mais ils ne purent parvenir qu'à faire « tout le long du convoye », « noises, disputes, cryment, trouble,
4 Arch. législ. de la ville, seconde partie, Statuts, t. Il, p. 948 : Arrêt du 49 janvier 1636.
2 « Avant 1670, la victoire lui reste; mais, trahi par le conseil de ville, tuteur aussi infidèle que perfide ami, il se voit enlever ou disputer ses dernières attributions, une à une, et les défend pied à pied, non plus seulement avec courage, mais avec cette espèce de frénésie qui saisit les vieillards, lorsqu'on veut leur arracher un dernier trésor. » (V. Arch. de la ville de Reims, t. [°', Esquisse historique, p. 8.)
3 C’est ce que reconnaît formellement Louis XIII dans ses lettres de mars 4621 (V. plus haut p. 501, note 4), par lesquelles il révoque, à la prière des habitants, la charge de gouverneur de la ville de Reims conférée au baron du Tour ; car, dit-il, « sans aucun fruit pour le bien de « notre service », elle va « à la ruine entière de tous leurs principaux et « entiers privilèges à eux accordez par les rois nos prédécesseurs et dont
« ils ont joui paisiblement jusqu’à présent. »