‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 29 sur 327 · DÉFAITE DES ALLIÉS · texte numérisé non relu

DÉFAITE DES ALLIÉS

l'indépendance et anéantir jusqu’au nom ; car, dans le partage qu'ils en firent, il devait joindre à ses domaines, pour en former un nouveau royaume d'Arles, le Dauphiné et la Provence, tandis que le roi d’Angleterre recouvrerait tout ce qui avait appartenu aux Plantagenets, et que Charles-Quint réunirait à ses Etats la Picardie, la Bourgogne et la Champagne.

Mais la chose n’alla point selon l'attente des alliés, encore qu'ils eussent parfaitement concerté l’exécution de leurs plans. Pendant que les Espagnols venaient échouer sous les murs de Bayonne, et que les Anglais s’avançaient jusqu’à l'Oise, les fansquenets que Bourbon s'était chargé de lever en Allemagne avaient franchi le Rhin, le 26 août, au nombre de 10 à 12 mille, sous le commandement du comte de Furstemberg, et étaient entrés en Champagne par le diocèse de Langres. Ils y avaient pris le château de Coiïffy (Haute-Marne), et passant la Meuse, ils se dirigeaient vers la Marne, à la hauteur d’Andelot, où ils prirent également le château de Montéclaire. Au bruit de leur approche (octobre), laChampagne s’alarme etse met en mesure de repousser une attaque. Ghâlonsreçoit l’ordre de se pourvoir de farine pour six semaines, de fabriquer des falots et lanternes, et de tenir en bon état les chaines des rues. Tout habitant devra porter baston sous peine d’amende arbitraire ; on coupera les broussailles autour des fossés, et l’on convoquera les corvées des villages de quatre lieues à la ronde (27 octobre). Troyes construit des moulins à bras, on fait fabriquer avec de vieilles coulevrines des hacquebutes à crochet ; on en affüte 80, et on passe des marchés pour la livraison de plusieurs milliers de boules et de boulets en fonte, de différents calibres. Mais un homme en qui se réunissaient le génie militaire et la pénétration politique devait arrêter l’ennemi dans sa marche. Né le 20 octobre 1496, Claude de Lorraine avait reçu en partage de René II, son père, due de Lorraine et de Bar, toutes ses possessions de France, Normandie, Picardie, Flandre et Haïnault, au nombre desquelles étaient les comtés de Guise et d’Aumale, le marquisat d'Elbeuf et la baronie de Joinville’. Naturalisé Français dès 1506, il avait été de bonne heure

1 Le comté de Guise, auquel le roi, par acte du 10 juillet 1525, avait joint la terre de Saint-Dizier, devait être, en janvier 1528, converti en duchépairie. Dix-neuf ans plus tard (juillet 1547), Henri Il érigea le comté

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envoyé à la cour, et les qualités qu’il y révéla, la vaillance héroïque qu’il déploya sur plus d’un champ de bataille avaient fixé sur Jui les sympathies du roi et de la nation. François I venait de le nommer, après la défection du connétable, lieutenant général en Bourgogne !. Unissant ses forces à celles de d'Orval, gouverneur de la Champagne, après avoir pourvu à la défense de Chaumont, le nouveau lieutenant général se met à la poursuite des lansquenets. Avertis de sa marche, et menacés d'être affamés par la difficulté de se procurer des vivres sous l’œil d’une cavalerie aussi ardente que vigilante, ils durent opérer leur retraite, prenant le chemin de Neufchâteau pour y traverser la Meuse. Mais Guise, informé de la direction qu'ils suivaient, prit ses dispositions pour les surprendre au passage de la rivière, et fit si bien qu'il culbuta leur arrièregarde et leur enleva tout le butin dont ils étaient chargés. « Les « dames de Lorraine et de Guise estaient aux fenestres du chasteau « qui en eurent le passe-temps ? ». En apprenant l'issue de cette expédition, les Anglais, craignant d’être pris entre deux armées, battirent eux-mêmes en retraite jusqu'à ce qu’ils eussent gagné l’Artois (du 24 au 23 novembre 1523), et la France se trouva délivrée de tous ses ennemis.

Le roi, qui se tenait à Lyon, après avoir, le 12 août, expédié de Gien à sa mère le brevet de régente, n'avait pas même eu besoin de l’armée qu'il avait assemblée au pied des Alpes, et Bonnivet avait pu, le 14 septembre, passer le Tesin et rouvrir les hostilités en Lombardie. Mais Bonnivet ne devait pas être plus heureux que Lautrec. Sous l'influence de ses revers et sur l’ordre de la régente, dès le 6 mars 1524, d'Orval invitait le maire et les échevins de Troyes à faire bonne garde dans la ville, etces magistrats se hâtaient d’expulser « les gros bélitres» et les mendiants étrangers ÿ, en même temps qu’ils réorganisaient la compagnie des hacquebutiers,

d’Auwmale en duché-pairie en faveur de François de Lorraine, fils aîné de Claude. Egalement fut érigé en duché-pairie (novembre 1581) le marquisat d'Elbeuf. V. plus loin, à l’année 1552, ce qui intéresse la terre de Joinville.

! Martin du Bellay, p. 179.

2? Id., ibid.

3 Boutiot, ibid., p. 309.

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