‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 285 sur 327 · RÉVÉLATION DU MARIAGE DE MONSIEUR · texte numérisé non relu

RÉVÉLATION DU MARIAGE DE MONSIEUR

mois après, la coutume de Bar était remplacée par celle de Sens, en même temps que le parlement de Metz, créé par édit royal du 15 janvier précédent, étendait sa juridiction sur les villes lorraines réunies à la France t.

Sur ces entrefaites, le mécontentement du roi avait été porté au comble par la révélation du mariage clandestin de Monsieur ?. Après avoir envoyé à tous les officiers de son armée qui étaient encore dans celle du due’, l’ordre de se rendre à leurs postes pour le 8 août, sous peine d’être privés de leurs charges, il avait quitté Chanülly pour prendre la route de Lorraine, et gagné Monceaux (16), puis Château-Thierry (18). Il était à peine arrivé dans cette dernière ville, quand se présenta le frère de Charles IV, le cardinal de Lorraine, qu’il vit aussitôt et qui eut le lendemain (19) avec Richelieu une longue conférence, où celui-ci lui arrachait l’aveu du mariage de leur sœur. Après avoir, le 48, informé les Châlonnais de sa prochaine arrivée, en leur disant qu’il ne voulait aucune fête et n’attendait à la porte de la ville que les magistrats #, il partit, le 20, de Château-Thierry pour Châlons, où il vit la princesse Marie de Gonzague, que la reine y avait amenée de l’abbaye d’Avenay t. Marie était l’ainée des trois filles du due de Nevers, qui les avait confiées à l’abbaye, et dès 1695, la plus jeune deses sœurs, la princesse Bénédicte, « la première immolée à ces intérêts de famille » qui réglaient alors les destinées des enfants de grandes maisons, avait été faite abbesse du monastère à l’âge de neuf ans, «sans que, « dans un âge si tendre, elle sût ce qu’elle faisait », en sorte que « la marque d’une si grande dignité fut comme un jouet entre ses « mains? ». Mais « la princesse Marie, pleine alors de l’esprit du

1 Digot, Hist. de Lorraine, t. V, p. 206.

? Richelieu témoigne cependant « qu'il était avéré par la déposition de « M. de Montmorency en mourant » (p. 474), par conséquent depuis près d'un an, cette mort étant du 30 octobre 1632.

3 Cf. Richelieu, p. 470 et 1073.

# Arch. de la ville.

5 Ou de Mantoue.

6 Richelieu, p. 480.

7 Elle ne devait pas la garder longtemps, car elle mourut le 21 décembre 1637, âgée seulement de 23 ans, trois mois juste après la mort de son père, le prince Charles (21 septembre 1637).

« monde, croyait, selon les coutumes des grandes maisons, que ses « jeunes sœurs devaient être sacrifiées à ses grands desseins, et qui « ne sait où son rare mérite et son éclatante beauté... lui firent « porter ses espérances ! ? »

Le 23 août, Louis XII arriva à Saint-Dizier, où il revit le cardinal de Lorraine, qui à ses précédents aveux « qu’il y avait eu contrat « de mariage entre Monsieur et sa sœur, et que le prêtre y avait « passé, auquel il en avait donné la permission, ajouta que le mariage « était consommé, ce qu’il avait toujours nié auparavant ? ». Une si grave injure faite au roi demandait une éclatante réparation. Elle ne se fit pas attendre. Après avoir laissé à Bar-le-Duc la reine et les princesses pour quelque temps « à cause des mauvais logements « qu’elles eussent rencontrés, si elles eussent été obligées de l’ac- « compagner * », Louis XII vint à Pont-à-Mousson (28), où le cardinal se rendit aussitôt, avec l'espoir de calmer l’irritation du roi. Mais celle-ci devait bientôt s’accroître à la nouvelle d’un événement que la cour avait à cœur de prévenir, et que le cardinal avait favorisé. Dans la nuit du 4 septembre, à l’aide d’un déguisement, la princesse Marguerite s'était enfuie à Thionville : de là, peu de jours après, elle gagnait Namur, où Gaston vint la recevoir, après avoir déclaré son mariage, et d’où il la conduisit à Bruxelles.

Aussi toute l’habileté du négociateur n’empêcha pas les Français de bloquer Nancy, et le éraïté de Charmes *, qui intervint pendant le blocus (20 septembre), les mit, le 24 septembre, en possession de la ville, où Louis XIII fit le lendemain son entrée. Cette occupation, entraînant la soumission de la Lorraine, permit au roi de retourner

1 Bossuct, dans l’Oraison funébre de la princesse palatine, Anne de Gonzague, sœur cadette de Marie, morte en 1685. Marie épousa, en 1646, Vladislas, et en 1649 Jean Casimir, tous deux frères et consécutivement rois de Pologne.

? Richelieu, ibid.

3 La reine vint cependant à Nancy après la prise de cette ville, et le 29 septembre, elle fit le pèlerinage de Saint-Nicolas-de-Port.

4 Par ce traité, la ville devait être remise dans un délai de trois jours ; Marguerite, dans un délai de trois mois, et les fortifications de Nancy rasées, à condition qu’aussitôt après l’armée française abandonnerait la Lorraine. V. l'Histoire de Lorraine par Digot, t. IV, p. 218 et sq.

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