LOUIS ENVAHIT LA LORRAINE. TRAITÉ DE CHARMES
quelques jours après à Paris (1% octobre). Vainement Charles IV, s'imaginant que Sa Majesté n’en voulait qu’à sa personne, abdiquat-il, le 19 janvier 1634, en faveur de son frère par un acte authentique daté de Mirecourt, et se retira-t-il en Alsace. On refusa de prendre au sérieux son abdication, et le nouveau duc dut s'échapper furtivement de Nancy, pour se soustraire à la captivité dont il était menacé.
La conduite de Monsieur devenait pour lui le sujet d’un grave souci ; car le due d'Orléans était en rapports étroits avec les Espagnols, et tandis que ceux-ci lui promettaient « de grandes assis- « tances » contre le roi son frère, il s’engageait, de son côté, le 42 mai, à ne pas s’accommoder avant deux ans et demi avec Louis, sans l’aveu du roi d'Espagne ; à soutenir, en cas de guerre, les intérêts autrichiens, et s’il prenait des places en France, à en laisser quelques-unes en gage à ses alliés !. C’est pourquoi, tout en faisant rendre par le Parlement, le 5 septembre suivant, un arrêt qui déclarait le mariage de Gaston et de Marguerite « non valablement « contracté », le roi ne cessa de solliciter Monsieur de rentrer dans le devoir, lui offrant le pardon et l’oubli du passé. Mais plus il lui faisait d’avances, plus celui-ci semblait croire que les affaires du roi le contraignaient à l’indulgence, et plus il se montrait déraisonnable dans ses demandes. Il ne lui suffisait pas de posséder l’Auvergne, qui lui était offerte en échange de l’Orléanais ; dès la fin de 1633, il demandait encore une des meilleures places de la frontière de Bourgogne, qui lui eût permis d'entretenir ses liaisons avec les Espagnols et de les introduire facilement en France?. C’est alors sans doute que, dans une pensée de conciliation, Louis XIII songea un moment à lui donner le gouvernement de Châlons, sous de certaines conditions qu’il rédigea de sa propre main, et dont il est intéressant de connaître la teneur ?.
1 Dumont, Corpus diplom. t. VE, p. 73, et Mém. du cardinal de Richelieu.
? V. Richelieu, p. 497 : Exposé des délibérations du conseil sur cet objet le 18 décembre 1633. V. aussi, id., p. 514.
8 M. Barbat nous a donné le fac-simile de ce projet dans l'album qui accompagne son histoire de la ville; le voici très exactement copié :
« L. Qui ne puisse faire aucun travail nouveau ;
Cependant Gaston n’ignorait point la conduite du roi à l’égard de la maison de Lorraine ; il savait avec quelle résolution on procédait et on s’affermissait dans le duché ; que les deux seules places un moment restées au pouvoir du duc, Bitceh et La Mothe, étaient maintenant aux mains de l’armée française, et que la seconde, dernier rempart de l'indépendance lorraine, s'était rendue, sur l’ordre formel du duc, après un siège aussi coûteux que meurtrier de près de 5 mois (dernier jour de février—95 juillet 1634) '. Il voyait, d’autre part, échouer toutes ses manœuvres et châtier rigoureusement tous ses espions, sans que les Espagnols songeassent à tenir envers lui leurs engagements. Confiant dans la bonté du roi, il finit par se rendre, et quittant furtivement sa femme et Bruxelles, le 8 octobre, il vint,
« 2. Ne pourra raccommoder les brèches ni faire aucune réparation « sans permission par écrit de Sa Majesté ;
« 3. Qu'il n’y aura que le même nombre de gens en garnison que celuy « qui y est à présent ;
« &. Qu'il n’y mettra pas plus de munitions de guerre ny de bouche « que celles qui y sont à présent.
« Bref que s’il y fait aucune inovation Sa Majesté aura juste raison de « retirer la place en quelque façon que se puise estre sans que M. sen « puise plaindre.
« 5. Que Sa Majesté y pourra envoyer de temps en temps telles per- « sonnes qui luy plaira pour voir si les choses qui lui auront esté pro- « mises luy seront gardées.
« Auparavant tout ce que desus la princesse Marguerite sera remise « entre les mains de Sa Majesté et Monsieur fera tons les offices que Sa « Maicsté désirera envers le pape pour déclarer son mariage nul.
« Déclaration pour Loraine. Signé Louis. » Æt disposés en équerre, à droite, les mots suivants : « Conditions que le roi a escrites de son mou- « vement et qu’il veut estre observées s’il accorde la place de Chaalons a « Monsieur son frère. »
1 La place comptait parmi ses défenseurs du Boys de Riocourt, conseiller d'Etat de Charles [V, lieutenant général du bailliage de Bassigny, qui a laissé des opérations auxquelles il a pris part un récit dont l'exactitude n’a point été contestée. Turenne fit là ses premières armes et ne contribua pas peu à donner aux travaux du siège une bonne direction. Il y fut tiré « 6,560 et tant decoups de canon », et le roi y dépensa « la somme « de 50,000 écus par jour sans l'extraordinaire ». Son armée compta 800 tués et 200 blessés. (Journat de Clément Macheret, p. 27.)