RICHELIEU INTERVIENT DANS LA GUERRE DE TRENTE ANS
C'était la première guerre systématique que la France allait entreprendre, c'était la première fois qu’elle allait avoir à protéger toutes ses frontières. Quatre armées furent formées pour surveiller les Pyrénées, et agir du côté des Alpes, du Rhin et de l’Escaut. L'armée du Rhin, qui était en voie de formation à Langres et à Chaumont, fut confiée au cardinal La Valette, qui devait agir conjointement avec le corps suédois du due Bernard de Saxe- Weimar; celle du nord fut donnée aux maréchaux de Châtillon et de Brézé. Une armée de réserve devait, sous lecommandement du comte de Soissons, gouverneur de la province, occuper la Champagne. Sur l'ordre du roi, jaloux d’aplanir tous les obstacles, l’intendant y avait fait raser, au mois d'avril 1635, les châteaux de Coiffy, Montigny et Montéclair, démanteler les villes de Châtillon et de la Marche, et abattre les tours de la forteresse de Lusey. En même temps, pour garder les frontières de la Champagne et de la Lorraine, était convoqué l’arrière-ban de la noblesse, qui fut placé sous les ordres du duc d'Angoulême.
Pendant que, les 7 et8 mai, sous l’œil pour ainsi dire de Louis XIII, qui s'était logé à quelques lieues de Reims, à Neufchâtel-sur-Aisne 1, Châtillon et Brézé passaient la Meuse à Mézières et entraient par Bouillon dans le Luxembourg, les villes de la Champagne se mettaient en défense et veillaient à leur sûreté. Mais la sollicitude du roi devait encore tenir leur vigilance attentive. Au lendemain même de la victoire d’Avein, remportée par l’armée du Nord sur le prince Thomas de Savoie, il leur écrit de Château-Thierry (21 mai) de faire garde jour et nuit aux postes avancés ; et Le conseil de ville d'Epernay décide, en conséquence, que les portes seront visitées, qu’il sera pourvu aux poudres et que les habitants tiendront leurs armes prêtes.
Ces précautions pouvaient paraître alors superflues. Mais la suite des opérations ne devait point répondre au commencement; car, sans parler de l’indiscipline de la cavalerie, composée d’une noblesse brillante de valeur, mais trop souvent prête à la désertion; sans parler de la mauvaise composition de l'infanterie, recrutée par argent dans les tavernes des villes ou par force dans les campagnes, dépourvue d’uniformes, d'instruction, quelquefois même d'armes, et
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1! Marlot, p. 556.
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contrainte, par le défaut de solde régulière, à vivre de pillage, l'absence de magasins de munitions, de dépôts de vivres, et la mauvaise administration des finances allaient tenir plus d’une fois en échec la fortune des armes françaises. Tandis que Piccolomini coupait l’armée du Nord de ses communications avec la France, celle du Rhin, après avoir rejeté au-delà du fleuve les troupes de Galas, avait dû le repasser elle-même (septembre), faute de subsistances assurées dans un pays depuis longtemps livré à la dévastation : elle avait même fini par se trouver dans une situation critique, car elle était pressée entre les ennemis qui la poursuivaient, et le duc de Lorraine, qui, sorti de sa retraite, les secondait avec une brillante ardeur !, soulevait tout ce qui n’était pas occupé par des garnisons, reprenait Saint-Mihiel sur la Meuse et menaçait la Champagne. Mais accourt alors le comte de Soissons à la tête de son armée de réserve, qui met le siège devant Saint-Mihiel (25 septembre), et presse vigoureusement la place. Dès le 29, une triple brèche y était ouverte ; le lendemain arrive Louis XII, dont la présence précipite la soumission des assiégés (2 octobre). Celle-ci ne fut accueillie, du reste, qu'à de dures conditions : la ville fut frappée d’une forte amende, et dut se résigner à la perte de ses privilèges, comme à la ruine de ses fortifications.
Au milieu de ces opérations, un « indigne gentilhomme de Cham- « pagne », qui s'était jeté dans le parti ennemi et que les Mémoires de Richelieu maltraitent fort, le baron de Clinchamp, à la tête de quelques bandes qu’il avait ramassées, promenait dans le Bassigny la dévastation « d'autant plus facilement qu'il connaissait le pays », brûlant ou rançonnant les villages, et « passant par le fil de l'épée « tous les habitants qui n'étaient capables de lui payer rançon ». Mais les troupes que le roi avait mises en ces quartiers, principalement autour de Langres, pour s'opposer à de telles courses, l'ayant attaqué, « le chargèrent si rudement qu'ils lui tuèrent sept
1 Tous les gentilshommes lorrains mécontents de la domination française étaient venus se rallier autour de lui, et battaient, pillaient les campagnes « pour faire fortune ». Il y a, dit M. de Villarceaux, dans un mtmoire à Richelieu, des éapitaines qui ont fait meltre pour devise à leurs étendards : « Frappe fort, prends tout et ne rends rien » (28 août 1635, Archives des affaires étrangères).