PRÉPARATIFS D'INVASION DANS LA FRANCHE-COMTÉ
« cents hommes, lui firent beaucoup de prisonniers, et le contrai- « gnirent de se retirer dans l’armée du due Charles ! ».
Cependant l’armée de la Valette, impuissante, en dépit de sa bravoure, à défendre la ligne de la Sarre, où il n’y avait point de magasins, avait dû opérer sa retraite sous le canon de Metz. Les difficultés qu’elle avait rencontrées, les privations qu'il lui fallait supporter, la diminuaient à vue d’œil ; la noblesse donnait l’exemple de la désertion ?. Le roi fut obligé d’enjoindre (6 octobre) aux autorités municipales des villes de la Champagne, suivant une ordon, nance du 16 septembre précédent, d’ « arrêter tous gentilshommes « et autres sujets à ban et arrière-ban qui reviendraient de ses « armées, sans congé de ses licutenants généraux ; de leur oster « leurs chevaux et armes pour étre mis ès mains des notables « bourgeois, et pour leurs autres hardes et équipages être donnés à « celui ou ceux qui les auront arrêtés ou donné connoissance de « leur arrivée,... sans laisser auxdits gentilshommes que la seule « liberté de s’en aller à pied, privés et destitués de toute commo- « dité, pour châtiment de leur lâcheté, à peine aux officiers de « désobéissance et de répondre en leur propre et privé nom du « préjudice que leur négligence ou connivence pourrait apporter au « bien du service de Sa Majesté 5 ».
Les projets du cardinal pour 1636 allaient rendre plus sensibles à la Champagne les maux de la guerre ; car il se proposait de porter les armes de la France dans une portion des états autrichiens cis-
1 Mémoires de Richelieu, t. I, p. 643, et Journal de Clément Macheret, p. 42.
? Elle y semblait, à la vérité, autorisée par l’ordonnance du 30 juillet 1635, portant convocation du ban et de l’arrière-ban, et d’après laquelle on ne pouvait exiger de l’un et de l’autre que trois mois de service dans le
royaume et quarante jours en territoire étranger. Néanmoins Richelieu se plaignait amèrement à Chavigny (17 octobre) de l’indiscipline des contingents de l’arrière-ban, et la Valette écrivait, le 10 novembre, au même personnage : « Le peu de cœur et d’affection de la noblesse est la plus infâme
« chose pour notre nation qui fut jamais ». (Le maréchal de Fabert, par Bourelly, t. Ir, p. 67.) Aussi commença-t-on dès lors à se priver le plus possible du service des miliciens de la noblesse.
# Epernay, Conclusions du conseil de ville, ibid. — Châlons, Arch. de la ville, AA 9, — L’ordonnance est datée de Bar-le-Duc.
rhénans jusque-là respectés par la guerre, et, comme on avaitatteint la limite du Rhin, d'atteindre celle du Jura ‘en envahissant la Franche-Comté, qui, infidèle au pacte de neutralité, avait fourni toute espèce de secours à nos ennemis. Les environs de Langres, spécialement Rolampont, étaient le rendez-vous destroupes destinées à entrer en campagne sous le commandement de Henri de Bourbon, prince de Condé (avril). La plupart devant traverser la Champagne, on prit soin de pourvoir au règlement des difficultés que les logements pourraient y susciter ; car la province avait besoin de souagement, et il importait de tenir les troupes « bien policées, afin « qu’elle n’en ressentit point d’oppression ». On prendrait donc bien garde d'observer exactement la récente ordonnance de Sa Majesté sur « la fourniture des vivres par étapes ? », et l’on veillerait à ce que les vivres fussent fournis au soldat sans plus de préjudice pour lui que pour les habitants du lieu où il serait logé, en même temps qu'on réglerait l'équipage des chefs et officiers de telle sorte « que « le peuple ne fût pas foulé d’un train inutile 5 ».
Entré dans la Comté, le 27 mai, Condé, dès les premiers jours de juin, entama le siège de Dôle, et depuis près d’un mois il y était attaché, quand Piecolomini et Jean de Weert à la tête de nombreuses bandes de Croates et de Hongrois, dont la férocité répandait devant elles la terreur, envahirent tout-à-coup la Picardie et s’'emparèrent successivement, presque sans coup férir, de la Capelle (10 juillet), du Catelet (25 juillet) et de plusieurs autres places en assez mauvais état de défense. On avait pensé que les troupes de la Champagne suffiraient au comte de Soissons pour couvrir la capitale ; mais, trop faibles en nombre et impuissantes, malgré leur bravoure, à défendre le passage de la Somme (2 août), comme à protéger Corbie, qui tomba, le 15 août, aux mains de l’ennemi, elles durent se replier sur la ligne de l'Oise. L’alarme était grande dans Paris, où l’on croyait déjà voir apparaître sur Montmartre les terribles hordes, et le peuple, en proie à un mélange de terreur et de colère, ne manquait pas de charger de malédictions la politique imprévoyante du ministre. Mais Richelieu ne s’abandonna point dans cette circons-
1! Henri Martin, p. 444.
2 Voir ci-dessous.
$ Mém. de Richelieu, t. XXII de la coll. Mich. et Pouj., p. 61.