‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 291 sur 327 · CONDÉ QUITTE LA COMTÉ. — GALAS LUI SUCCÈDE · texte numérisé non relu

CONDÉ QUITTE LA COMTÉ. — GALAS LUI SUCCÈDE

tance critique. En moins de huit jours (du 4 au 12 août), il eut donné tous les ordres propres à rétablir les affaires et à rassurer les esprits. Condé reçut en particulier celui de lever le siège de Dôle et d’envoyer vers Paris la plus grande partie de son armée. En même temps furent exemptés de tailles pour trois années les habitants des frontières de Picardie, Champagne et Bourgogne qui seraient employés au service du roi : à la fin du mois on avait 30,000 hommes de pied, 12,000 chevaux et 30 canons prêts à marcher. Dès le 19, Monsieur, répondant à l'appel de Sa Majesté, était accouru avec 800 maîtres de la noblesse de son apanage. Mais la suite fit bien voir qu'il n’avait pas dépouillé le vieil esprit ; car, ayant obtenu du roi le commandement de l’armée massée au-delà de Compiègne, il ne fut pas plus tôt arrivé en cette ville (15 septembre), et ne se fut pas plus tôt mis en relation avec le comte de Soissons, qu’il sembla n’avoir d’autre pensée que d’enfreindre ou de contrecarrer les instructions du ministre. Îls s'étaient, malgré celles-ci, arrêtés à emporter Roye (18 septembre), au lieu de poursuivre l'ennemi, surpris, déconcerté ; il fallut ensuite les contraindre à assiéger Corbie (2 octobre): et pour activer les opérations, Richelieu dut venir y présider avec le roi. Cette détermination du cardinal excita au plus haut point le mécontentement des deux généraux ; ils complotèrent sa mort, mais le cœur leur faillit au moment suprême. Le 14 novembre, Corbie, sous les murs de laquelle Champagne occupait le poste le plus périlleux, se rendait, ce dont Sa Majesté fut d’autant plus joyeuse que son royaume était délivré des barbares qui l'avaient envahi !. :

Cependant, profitant de l’affaiblissement de l’armée de Condé, et désireux d'appuyer le due de Lorraine, qui était accouru au secours de Dôle, Galas avait passé le Rhin avec 13,000 hommes, et était entré, le 10 septembre, dans la Franche-Comté ?. Après avoir opéré

1 Mèm. de Richelieu, ibid., p. 70 et sq.

? Au premier bruit de sa marche, les villes de la Champagne avaient été, comme à l'ordinaire, invitées par l'autorité royale à pourvoir à leur défense en même temps qu'aux approvisionnements de l’armée. Ordre à la ville de Châlons de réparer son moulin à poudre (17 juillet); ordre de fournir au comte de Vaubécourt pour l’armée de Champagne tous les hommes et chevaux qu’on pourra réunir (8 août). — Ordre au conseil de

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sa jonction avec Charles IV, et formé avec ce prince le dessein d’envahir la Bourgogne, Galas vint, le 16, se loger à Champlitte à deux lieues des villages champenois de Montsaujeon et d’Isomes, où s'étaient campés le cardinal de la Valette et le duc de Weimar. Mais l’entreprise que méditait Galas exigeait de l'artillerie et des renforts, qui ne devaient lui parvenir que vers la fin d'octobre. La nécessité de les attendre fut fatale au pays de Langres; car, outre que les deux armées étaient trop rapprochées pour ne pas avoir au moins quelques engagements, qui désolaient les campagnes, les Croates de Lamboy et Forkats, deux des principaux généraux de l’armée allemande, y commirent de tels ravages, que du haut des remparts de la ville on pouvait suivre leur marche à la lueur des incendies qui dévoraient les villages de l’est et du sud. Nombreuses furent les victimes de leurs tristes exploits. L'un des derniers, la destruction des villages de Coublanc, de Bussières, du Fay-Billot ! et d'Hortes, paraît avoir laissé dans les esprits une impression profonde et répandu au loin l'horreur du nom Croate. « Les détails du sac du village d’Hortes sont parvenus jusqu’à nous, « dit l'historien de Langres ; par eux on jugera de ce qui se passait « ailleurs. Le 24 septembre 1636, la population, pour échapper à « la violence d’un détachement de Croates, s'était engagée à lui « payer le lendemain rançon et à lui abandonner les vivres qu'elle « possédait ; mais, quand l’ennemi se présenta le 95, il trouva les « rues barricadées et les habitants en armes. Ils étaient bien 4,000 « hommes, qui étaient venus pensant vivre à discrétion dans le « village. Trompés dans leur attente et rendus furieux par plusieurs « coups de fusils qui leur furent imprudemment tirés et qui leur « tuèrent quelques hommes, ils mirent d’abord le feu à deux rues « voisines de l’église, et les flammes, poussées par le vent, attei-

ville d’Epernay de réparer les barrières des portes et les tours des fossés (8 juillet). Ordre aux étrangers habitués dans la ville d’en sortir dans six mois, et aux habitants qui leur ont loué des maisons de les en faire sortir dans ledit temps aux peines portées par le conseil (6 août), etc. C’est en ces circonstances que les dames d’Avenay se retirèrent dans leur prieuré de Saint-Joseph de Châlons, imitant en cela d’autresreligieuses qui allaient au loin chercher des abris plus sûrs que leur monastère. 1 Vers le 20 septembre.

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