LE BASSIGNY ENTRE LES SUÉDOIS ET LES CROATES
« gnirent bientôt le clocher etle toit de celle-ci, où s'étaient réfu- « giées plus de 400 personnes. Les assaillants pénétrèrent ensuite « dans l'édifice, où ils firent main-basse sur tout ce qu'ils rencon- « trèrent, n’épargnant pas même une quarantaine de petits enfants». Cependant ceux des habitants qui occupaient le dessus de la voûte, pressés par les flammes et résolus à vendre chèrement leur vie plutôt que de se rendre, ne laïssaient pas de répandre la mort dans les rangs ennemis : près de deux cents Croates étaient tombés sous leurs coups. (Exaspérés d’une telle perte, les chefs ordonnèrent « de mettre à feu et à sang tout le reste du bourg qui était encore « intact : l'incendie consuma cent soixante-cinq maisons, cinq pavil- « lons, deux églises ; quatre cents personnes de l’endroit y perdirent « la vie ». On évaluait à quarante-deux mille écus la perte totale essuyée par cette localité, la plus considérable alors de la région !. Aussi n'est-il pas surprenant que, dans les litanies des saints, les populations du pays de Langres aient ajouté aux invocations ordinaires l’expression naïve de la terreur que les généraux ennemis leur inspiraient*?, et que ce cri de détresse jeté à la miséricorde divine s’y soit perpétué jusqu'à la fin du siècle dernier #.
Il faut pourtant ajouter que les troupes royales, et particulièrement les Suédois du duc de Weimar, ne commettaient pas moins d’exactions et de pillages que les Croates : « Quelque chose qu’on € fit, 1] était impossible de les empêcher {», en sorte qu'il serait difficile de dire de quelle armée les habitants de cette partie de la Champagne avaient le plus à souffrir. De leur côté, « jouant de leur « reste », les villageois, « contraints de tenir les bois pour la plu- € part », ne faisaient aucun quartier aux ennemis qui leur tombaient
1 Histoire manuscrite de M. d'Regel, ap. Migneret, Hist. de la ville de Langres, p. 212 et 213. Cf. Journal de Clément Macheret, p. 54 et sq. Hortes devait voir reparaître des partis croates le 24 mars et le 16 avril 1639. — La Franche-Comté n’était pas plus heureuse que la Champagne : « Les Croates, dit Richelieu (p. 82), brûlaient tous les villages, tant de la « Franche-Comté que de la Champagne ; les nôtres faisaient de même dans « ladite Franche-Comté ».
? A Forkats, Galas et Piccolomini libera nos, Domine.
5 Migneret, ibid., p. 210.
# Mém. de Richelieu, p. 83.
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sous la main, et tuaient Suédois et Croates « à toute rencontre ! ». Il fallut, pour pacifier le Bassigny, qu’une convention de neutralité vint mettre fin à la fureur des entreprises que les villes et bourgs de la comté et du duché ne cessaient de faire les uns sur les autres ?.
Cependant Galas, pourvu des renforts qu’il attendait, s’est décidé à quitter Champlitte (22 octobre), pour passer la rivière de Vigeanne et tourner vers Dijon; mais il vint bientôt échouer au siège de Saint-Jean-de-Losne (28 octobre au 3 novembre), et, harcelé par La Valette et le duc de Weïmar, il dut regagner le Rhin. S'il n’y parvint point sans avoir subi de grandes pertes, il laissait derrière lui, pour continuer ses dévastations en Champagne, un fléau qui fournit particulièrement au clergé de Langres l’occasion de faire éclater son dévouement #.
La retraite de Galas fut pour le roi un nouveau sujet de contentement ; mais à peine en avait-il reçu la nouvelle, qu'il lui en arrivait une autre qui l’affligea profondément. Après avoir vainement sollicité l'honneur de ramener les troupes qui retournaient en Champagne, le comte de Soissons, craignant que Richelieu n’eût eu connaissance de son complot, s'était décidé à quitter furtivement
Ï Journal de CI. Macheret, p. 60.
2 Hist. de Bourgogne, t. IV, p. 655.
3 Champlitte devait être attaqué et pris le 27 août 1638 par le prince de Longueville, et, sur son ordre, aussitôt après, entièrement rasé. (Journal de Cl. Macheret, p. 94.)
4 La peste fit, en cette année, de tels ravages, que le village de Parnot en Bassigny, de 153 feux, n’en conserva que 26. Journal de CI. Macheret, p. 64.) L’année suivante, 1637, fut encore plus malheureuse, et le nombre des victimes s’accrut tellement à Langres, que, le 6 juillet, il y eut jusqu’à 240 maisons infectées. Le 12 juillet, il se fit une procession aussi solennelle que celle de la Fête-Dieu, mais accompagnée de beaucoup de larmes. Le 8, les prêtres de la ville avaient fait « entre eux une société de confré- « rie que celui qui viendrait à mourir serait assisté de tous les autrés par « le saint sacrifice de la messe ». Cette société comptait environ soixante membres en son commencement, « et, quatre mois après, elle en avait « septante-trois, et dix qui avaient déjà changé l’estre de ceste pauvre vie « pour une éternelle » (ibid., p. 77). «Et j'ai veu de vénérables chanoines « qui priaient Dieu qu'ils ne fussent point des derniers mourants, crainte « d’être privés de la pluralité des suffrages » (p. 79).