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SOUMISSION DU COMTE DE SOISSONS

Paris avec Gaston dans la nuit du 19 au 20 novembre, pour se rendre à Sedan chez le duc de Bouillon !, tandis que son complice se retirait à Blois. Rien ne fut épargné pour prévenir toute agitation intérieure, et les villes de la Champagne reçurent la défense d'écouter les sollicitations du comte de Soissons, « encore, ajoutait le roi, « que nous ne voulions prendre aucune mauvaise impression de ses « intentions ? ». Mais aussi rien ne fut omis pour ramener au devoir les coupables. Monsieur se rendit assez promptement (8 janvier 1637), sur la promesse qui lui fut faite de son pardon et de la ratification de son mariage. Mais, moins confiant en la générosité du ministre, le comte de Soissons ne devait faire sa soumission que six mois plus tard (26 juillet), et à la condition d’être autorisé à demeurer quatre ans à Sedan. Avis de cet accommodement fut aussitôt donné à Châlons (31 juillet) par le roi, qui devait le confirmer le 8 octobre suivant *.

Louis XHI pouvait d'autant plus justement se féliciter du rétablissement de la paix intérieure, que la guerre continuait à sévir au dehors. Le bruit des armes se rapprocha même un moment du nord de la Champagne, quand Piccolomini fut revenu d'Allemagne avec quelques renforts. Alors les Espagnols, au moment où leur échappait (20 septembre) la Capelle, tombée l’année précédente en

1 Frédéric-Maurice de la Tour, était fils de Henri de la Tour et de la deuxième femme de ce prince, Isabelle de Nassau, fille de Guillaume, prince d'Orange (Charlotte de la Marche était morte le 15 mai 1594). I fit profession dela religion catholique en 1637.

2 90 décembre, de Noisy. Archives de la ville de Châlons.

8 Le premier avis est daté du château de Madrid ; le second, de Saint- Maur-les-Fossés (Arch. de la ville). Peu avant cet événement, Louis XIII avait successivement ordonné au jeune archevêque de Reims de quitter Paris, où il menait une vie peu exemplaire, et de se retirer de Reims en son abbaye de Fécamp ‘29 juillet 1636) : « On le soupçonnait », dit Lévesque de la Ravallière (Bibl. naf., Collection de Champagne, t. XXXII, f° 490), « d’être dans les intérêts de M. de Guise, son père », Charles de Lorraine, que ses prétentions ambitieuses, peu d'accord avec la politique de Richelieu, avaient contraint d'abandonner son gouvernement de Provence (1631), pour se retirer en Jtalie, où il mourut le 30 septembre 4640. Mais on désirait surtout l’éloigner d'Avenay, où l'attirait trop fréquemment sa passion pour sa cousine, Anne de Gonzague.

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d6% . LA PROVINCE DE CHAMPAGNE. 1637.

leur pouvoir, vinrent attaquer Maubeuge, surprise un mois auparavant par La Valette!, et menacer la Picardie. Mais Maubeuge avait pour défenseur le frère cadet du due de Bouillon, Henri de la Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne, destiné à une si haute célébrité, et la frontière champenoise était couverte par le maréchal de Chätillon, qui, arrivé le 10 juillet à Sainte-Menehould, s'était tout d’abord emparé sur la Meuse de plusieurs places, d’où l’ennemi faisait des courses sur le territoire champenois ?.

Depuis le commencement de la guerre, en effet, dit Richelieu, & il y avait toujours eu en Champagne, pour empêcher l’entrée de « la frontière, une armée de dix mille hommes de pied et de quatre « mille chevaux * », et il semblait que la province dûüt jouir de quelque tranquillité ; mais l’entretien de cette armée de réserve était pour les populations une source de dépenses excessives et de difficultés regrettables 4. Celles-ci s’accrurent encore au temps où nous nous trouvons : la question des garnisons et des étapes devenait grosse de périls non-seulement pour les ressources financières, mais aussi pour les privilèges des villes.

Dès le mois de juin 1695, elle avait été entre les députés des villes de la province, réunis à Châlons sur l’ordre du gouverneur M. de Nevers, l’objet de délibérations et de conclusions, d’où était sorti un règlement qui fixait les bases de la police militaire en Champagne sur cette partie du service. Mais ce règlement, qui soulagea la province de plus de 100,000 écus en un an, ne fut pas longtemps observé. Quand, en décembre 1636, le régiment de Navarre se présente à Troyes pour être logé dans les faubourgs, si la ville lui oppose ses privilèges, le régiment exhibe les ordres du roi. On discute, on proteste, on en appellera à S. M., et néanmoins on s'accorde, en attendant une décision, sur la somme de 800 livres à fournir chaque jour pour l’entretien du régiment dans le voisinage. Le maréchal de

1 Dans les premiers jours d'août.

? Mém. de Richelieu, p. 148.

3 Richelieu, Succincte narration, p. 343.

x C'est à cette époque, mars 1637, que le régiment de Nettancourt, profitant de ce que le château d’Arzülliéres était abandonné depuis 1653, en pilla les archives qu’il jeta aux vents, ainsi que « les papiers des parti- « culiers qui y étaient réservés » (Arch. dép. de la Marne, E 248).

1637-1638. SUPPRESSION DE DIVERS PRIVILÈGES DES VILLES. d69

Châtillon survient, et une nouvelle convention fixe à 600 livres la contribution de la ville. À ce prix, Troyes se flatte d’en être quitte avec les garnisons.

Tandis qu’elle vit dans cette illusion, arrivent, le 11 mars 1637, des lettres du roi demandant à emprunter, pour la solde de ses armées, 20,000 I. sur la ville et les faubourgs. En vain Troyes, pour s'affranchir de cette nouvelle charge, rappelle-t-elle celles que lui imposent la garnison de Navarre et la subsistance, pendant deux mois, de 200 hommes généreusement offerts, en juillet 1636 1, pour le service de S. M. ; en vain objecte:t-elle la ruine de son commerce : on insiste, l'emprunt étant applicable à toutes les villes de France. Le conseil décide alors la réunion desmétiers, comme pour l'élection du maire, « ce qui s’est toujours fait en cas d'emprunt ». Mais l’intervention des métiers parait inutile à M. l’intendant Harouys ; elle ne saurait d’ailleurs avoir lieu sans l’autorisation du roi. Le conseil résiste ; sa résistance n’aboutit qu'à lui attirer une lettre du roi, qui demande la somme de 200,000 livres, sous peine de désobéissance. On en offre 75.000 (7 août 1637): refus du roi; 120,000 150,000 même (novembre), sous la condition d’être dispensé du logement des troupes : l’offre est enfin acceptée ; mais des retards surviennent dans les paiements, Troyes est de nouveau taxée à 200,000 I.

Cependant, en octobre 1638, reparaît le régiment de Navarre ; puis, à la fin de décembre, se présente celui de Picardie. [ls prétendent, au nom du roi, prendre leurs quartiers d'hiver dans la ville : le conseil leur oppose de nouveau ses privilèges, et pendant la contestation, les habitants ont à supporter « de grandes vexations » ; plusieurs maisons du faubourg Saint-Jacques sont démolies. Le marquis de Praslin et l'intendant, M. de Mesgrigny, arrivent, et on leur fait des offres suffisantes pour la subsistance des troupes, mais toujours sous la réserve du maintien des privilèges. Ce n’était point ce que voulait Richelieu, jaloux d’anéantir des franchises qu’il considérait comme autant d'obstacles à la constitution de l'unité française. Il fallut se résigner et faire sans délai avecle maréchal, appuyé de deux lettres du roi en date du 3 mars 1639, la distribution des logements.

! La dépense était de 63,000 L., dont 9,000 payées par le clergé.

La suppression de l’exemption de loger des gens de guerre devait naturellement entrainer celle d’un autre privilège non moins important et non moins cher à la ville.

Le maire avait eu seul jusque-là la garde des clefs de la cité, et chaque soir, après la fermeture des portes, elles lui étaient apportées. Le 17 mars, le roi, par lettre missive, fait savoir qu’il importe à son service d’être dans la sécurité la plus entière, et qu’il a besoin d’être averti à toute heure de ce qui se passe à Troyes. Il enjoint très expressément de remettre aux officiers des régiments en garnison les clefs de l’une des portes de la ville pour en prendre la garde tant de jour que de nuit, «avec défense de méfaire ni de médire « contre aucun de ses officiers et soldats ». Cet ordre émeut le conseil, qui, pensant échapper, par la protection de M. de Praslin, à la nécessité de s’y soumettre, lui fait un beau présent de deux douzaines de grands plats d'argent, valant près de 3,000 1. ; mais Praslin est impuissant, et à partir de mars 1639, le maire de Troyes perd en même temps le privilège d’avoir la garde des clefs de la ville et celui de donner le mot du guet !.

Ainsi en va-t-il ailleurs à la faveur des circonstances. Chaumont, en 1637, avait dû subir l’inflexible volonté de Richelieu. La Renouillère, en qualité de lieutenantdu roi, demandait l’entrée dans ses murs pour deux cents hommes qu’il avait ordre de lever, et l’on n’était pas éloigné de lui donner contentement, « comme chose « tendante à la conservation de la ville » ; mais on apprend qu'il s’agit d’un régiment entier. À l'avis qu’il en reçoit, le maire, qui était pour lors à la cour, ne manque pas d’invoquer les privilèges de Chaumont : « Les privilèges! » répond le ministre ; « il faut les « mettre au coffre cette année ».

Dès 1634, Epernay en avait vu l’usurpation accomplie par le comte de Soissons, et depuis cette année la ville fut pleine de troupes, pour l'entretien desquelles elle dut faire à Reims plusieurs emprunts, et demander au clergé l'autorisation de disposer de deux cloches qui étaient cassées.

La misère eroissant avec les charges, pour arriver à alléger cellesci, on décide, le 3 juin 1637, qu'on ira à Châlons présenter six poinçons de vin à MM. le maréchal de Châtillon, de Vaubécourt

! Boutiot, p. 363 à 369.

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